Hongkong Hôtellerie : Au vrai chic hongkongais

Plus d’une vingtaine d’établissements hôteliers de catégorie luxe rivalisent d’inventivité et d’excellence sur la scène hongkongaise. Voici une traversée fort étoilée de la ville. Non exhaustive, évidemment.

Placardés sur toutes les vitrines, collés entre les décorations rouge et or célébrant le Nouvel An chinois, les posters du premier guide Michelin Hongkong-Macao ponctuent les rues du quartier de Central. “Le Tout-Hongkong ne parle que de ça, raconte Nicola Chilton, porte-parole de l’hôtel Four Seasons, mais c’est un événement controversé, car les Chinois n’apprécient pas tous que leur cuisine soit jugée par des experts européens ; même s’ils sont fiers qu’un chef local ait été le seul à rafler trois étoiles.” Pourtant, face à la salle archicomble à l’heure du déjeuner, on ne peut pas vraiment dire que cette marque d’honneur, et surtout les prouesses de Chan Yan Tak, le chef du désormais célèbre Lung King Heen, laissent toute la ville indifférente. Autant le dire tout de go, les Hongkongais raffolent de leurs palaces. “Plus de la moitié de la clientèle de nos bars et restaurants est locale”, poursuit Nicola Chilton, claquant à petits coups secs ses hauts talons sur le marbre blanc de l’immense lobby. Devant les deux invraisemblables piscines extérieures plongeant sur la baie, elle déclare qu’il “faut obligatoirement maintenir des standards très élevés”.

Même discours au Mandarin Oriental, dont le restaurant Pierre, de Pierre Gagnaire, lieu inspiré d’un tableau de Soulages, vient de se voir attribuer deux étoiles. “Ici, les hôtels ont la réputation de compter parmi les meilleurs du monde, explique Connie Wong, directrice, ils sont un symbole de qualité s’inscrivant dans la continuité.” À Hongkong, où les restaurants ouvrent et ferment avec célérité, les grands hôtels sont synonymes de constance. On ne sera donc pas surpris que, sur les sept restaurants deux fois étoilés, six soient affiliés à des hôtels, dont certains, comme le Four Seasons, le Shangri-La ou le Langham, s’enorgueillissent de deux, voire trois tables étoilées.

Clientèle locale exigeante

Mais toutes ces étoiles peuvent bien scintiller au-dessus des fourneaux, l’émulation qui règne à Hongkong n’a pas attendu 2009. “Nous sommes sans cesse obligés de nous remettre en question, d’améliorer nos produits, ajoute Connie Wong. Notre hôtel est le tout premier de la chaîne Mandarin ; il a ouvert en 1963 et nous y apportons constamment de la nouveauté.” L’établissement a été entièrement rénové et redécoré en 2006. La clientèle locale, dont fait partie madame L.Tam, banquière dans le quartier de Central, admet volontiers que “les Hongkongais préfèrent les spas, les bars ou les restaurants d’hôtels, car ils sont certains d’y trouver le meilleur service et la plus haute qualité”. “D’autant que, précise-t-elle, à un moment où l’économie est en difficulté, beaucoup d’établissements indépendants font des coupes dans leur budget et offrent des produits et des services moins raffinés ; pour leur part, les grands hôtels maintiennent leur très haut standing, sans aucun compromis.” Cette fréquentation locale doit être envisagée comme un véritable atout pour la clientèle d’affaires qui bénéficie, évidemment, d’attentions particulières. “Nous venons de lancer un système de transfert à bord d’une petite voiture électrique qui accueille les clients dès leur descente d’avion”, dit Teresa Shum, porte-parole du Mandarin Landmark, voisin du Madarin Oriental, mais dont la petite taille – 113 chambres – le classe dans la catégorie boutique-hôtel. “Nos chambres comptent toutes parmi les plus spacieuses de la ville”, souligne Teresa Shum.

La chambre a des allures de suite

Certes, au Landmark, la vue n’est pas aussi époustouflante que dans la plupart des grands hôtels de la ville – qu’il s’agisse du Mandarin Oriental ou du Four Seasons lors d’un dîner au Lung King Heen ou à l’occasion d’un verre au Caprice, ou de l’Intercontinental, le temps d’un cocktail au Lobby Lounge ou d’une dégustation gourmande au Spoon de Ducasse. Mais au Landmark, même la chambre la plus “standard” prend des allures de suite, avec une clarté qui tient autant à la sobriété de l’ensemble qu’à une abondance de vitres et de miroirs. Et ce qui fait aussi l’originalité de cet hôtel ouvert en 2005, c’est un spa de 2500 m2 aménagé sur trois étages, où l’on circule dans des bains de vapeur ponctués de lits de marbre rehaussés d’une profusion de cristaux d’améthyste. “Je faisais de la gym ici, avant même de travailler au Landmark, s’amuse la responsable des relations extérieures, car en ville, les salles de sport sont bondées et beaucoup moins élégantes ; moins zen aussi. En général, la clientèle d’affaires apprécie énormément cette atmosphère apaisante.”

C’est aussi à cause de l’importance de la fréquentation hongkongaise que la plupart des spas d’hôtels offrent des “menus” d’une exceptionnelle variété. En fait, des listes sans fin… comme au Four Seasons, avec ses massages aux pierres de jade ou ses soins du visage à la fleur de lotus.

Le Peninsula, cette institution qui a fêté ses 80 ans en 2008, se distingue notamment par ses sept restaurants, dont le fameux Felix conçu par Philippe Starck, et aussi par son célèbre héliport sur le toit. “Nous nous efforçons non-stop de créer de nouvelles attractions. Par exemple, récemment, nous avons fait l’événement avec l’ouverture d’un lounge, le Salon De Ning”, explique Winvy Lung, responsable des relations publiques. Si beaucoup de clients hongkongais entretiennent un lien privilégié avec un établissement particulier, au Peninsula, c’est la nostalgie de la grande époque coloniale britannique et du high tea qui règne encore.Avec les souvenirs qui vont avec, les ombres de dames anglaises au teint si clair, les gentlemen encore plus british que leurs homologues de la City, les thés et les gâteaux demi-sucrés, les whiskies et les cigares boisés. Mais au-delà de cette élégance raffinée, à l’opposé de l’audace esthétique contemporaine du tout nouveau W, l’éventail d’hôtels de luxe est presque infini dans cette drôle de Chine.Qui ne se contente pas de faire le bonheur des seuls Hongkongais. Loin s’en faut.