Hortense Archambault : le monde mis en scène

Pour les besoins du Festival d’Avignon dont elle est codirectrice, Hortense Archambault parcourt les théâtres du monde. De scène en scène, elle glane des expériences à partager avec ses festivaliers.

« Un sentiment de familiarité… oui, la plupart du temps, c’est ce que je ressens lorsque j’arrive dans un lieu pour y travailler. Dans mon métier, on voyage beaucoup pour rencontrer des personnes habitées par la même passion : le théâtre… Alors, même dans des contextes extrêmement éloignés, comme au Japon, très vite et avec une grande évidence, on évoque les mêmes choses. Ainsi, avec Vincent Baudriller, codirecteur du Festival, nous avons vécu des voyages très marquants à la découverte de l’univers des “artistes associés” que nous mettons à l’honneur, chaque année, à Avignon. Ces périples nous permettent de les percevoir plus profondément… Joseph Nadj, chorégraphe installé à Orléans, originaire de Kanizsa, en Serbie, nous y avait invités. Ce lieu, avec cette ambiance Mitteleuropa si particulière, a fortement imprégné son art. Alors, se retrouver avec lui, tout là-bas, dans son monde, au milieu d’une grande plaine magnifique et au coeur d’histoires incroyables – Attila est passé là ! – vraiment, ce fut un moment merveilleux. Depuis, je comprends mieux une partie de son travail.

Avec Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène, nous avons passé une semaine au Liban. Il l’a quitté à l’âge de 8 ans pour la France, puis s’est installé au Canada. Dans son village de naissance, il revoyait toute son enfance : les lieux, les odeurs, les couleurs… Tout à coup, presque miraculeusement, il s’est mis à s’exprimer dans sa langue maternelle, enfouie en lui jusque-là !

Lors de ces voyages, si détachés des contingences habituelles, on “converse” vraiment. C’est d’ailleurs peut-être cela qui m’intéresse le plus dans un voyage : échanger avec les autres, réfléchir, penser d’une manière différente… Bien sûr, les paysages aussi me séduisent. Lorsque je suis allée en Islande, un voyage personnel – même s’il y a aussi un théâtre là-bas ! – je les ai trouvé magnifiques ces paysages, tellement extraordinaires qu’ils en étaient presque imaginaires… On les a déjà beaucoup vus en images, mais être là, c’est tellement différent ! Et puis, on m’avait dit qu’il ferait froid, sombre, pluvieux… En fait, les ciels changent très vite ! Et parce que c’est une île, la luminosité est aussi très particulière, inattendue et inespérée.

Pour réussir un voyage, je crois qu’il faut avant tout être disponible, ouvert aux gens, à la lumière, aux couleurs, aux odeurs, aux saveurs… Je me souviens de celles des fruits exotiques de la Martinique : bananes, coeur de cocotier, patates douces, ananas… On croit les connaître, mais c’est lorsqu’on les goûte sur place qu’on les découvre vraiment !

C’est grâce au voyage que, tout d’un coup, on porte un regard un peu différent sur tout ça. Sur sa vie, son quotidien, ses objectifs aussi… D’une certaine manière, on revient d’un voyage légèrement changé. Un peu comme au sortir d’une représentation qui vous a marqué, qui a relevé de l’expérience ! C’est en cela qu’Avignon, pour moi, c’est un vrai voyage pour les festivaliers ! Je crois que le théâtre, comme le voyage, a quelque chose de cet ordre-là. C’est une autre réalité qui s’ouvre à vous. »

Cinq dates

  • 1970 Naissance le 14 juillet, à Bâle, en Suisse.
  • 1994 Après un DESS de gestion des institutions culturelles obtenu à Dauphine, intègre l’équipe du Festival d’Avignon, comme stagiaire.
  • 1995-1999 Administratrice de production adjointe de l’établissement public du Parc et de la Grande Halle de la Villette.
  • 2003 En septembre, avec Vincent Baudriller, prend la direction du Festival d’Avignon.