Les hôtels américains souffrent de la concurrence Airbnb

L’hôtellerie américaine a de moins en moins de marge de manœuvre pour fixer ses prix. En cause : le marché des locations à court terme incarné par Airbnb, dont la croissance exponentielle pèse toujours plus sur les performances économiques de l’hôtellerie traditionnelle.

La concurrence des acteurs comme Airbnb fragilisent l’hôtellerie américaine (Shutterstock Futuristman)

Depuis plusieurs années, certains hôteliers aux Etats-Unis ont minimisé l’impact des locations à court terme de type Airbnb sur leurs résultats. Mais un nouveau rapport de CBRE Research suggère que cette offre d’hébergements alternatifs et la croissance de l’offre hôtelière sont en train de laisser l’hôtellerie américaine exsangue. Le taux d’occupation des hôtels est en baisse et les tarifs stagnent, y compris dans les périodes de forte demande comme les salons ou les congrès. « Dans la plupart des marchés où la croissance de l’offre de location à court terme est élevée, l’augmentation en pourcentage du prix quotidien moyen est désormais inférieure au taux d’inflation et/ou aux évolutions historiques récentes », analyse le rapport de CBRE Research sur les locations à court terme, « A Maturing U.S. Market & Its Impact on Traditional Hotels« .

En raison de la flexibilité de l’offre des locations à court terme, qui peuvent très rapidement inonder un marché lors d’événements majeurs ou durant la haute saison, puis disparaître aussi vite du marché en basse saison, les hôteliers maîtrisent de moins en moins la possibilité de fixer leurs tarifs, selon le rapport. D’autant que l’offre sur le secteur de la location d’appartements a bondi. Entre 2015 et 2019, les locations a court terme ont augmenté de 851 000 chambres et l’on en prévoit 105 000 de plus en 2020. Les locations à court terme représentent désormais plus de 10% de la capacité des hôtels eux-mêmes. Soit plus de 1,5 million de chambres dans le segment de la location de courte durée, soit sept fois plus qu’en 2014. Selon l’étude de CBR, l’offre en locations de courts séjours dans quatorze villes US dépassent les 10%, Los Angeles ayant le plus fort taux à 22,3%, suivi de Miami à 19,2% et Austin à 18%. Detroit a le taux le plus faible avec seulement 3,1% de l’offre en chambres dans la location courts séjours.

Parts de marché des locations courts-séjours pour une sélection de villes américaines (2019, en %)

La dernière analyse du consultant STR sur l’évolution de l’offre et de la demande pour l’hôtellerie américaine confirme également cette tendance. Pour la première fois depuis 2009, l’industrie hôtelière américaine devrait connaître une année de stagnation de la recette par chambre disponible (RevPAR), selon les premières prévisions de 2020 de STR and Tourism Economics. Le prix moyen à la journée (Average Daily Rate) continue de croître mais à un taux bien inférieur à celui de l’inflation, et ce, depuis six trimestres consécutifs. En conséquence, l’hôtellerie américaine s’est adaptée aux prévisions de tarifs en stagnation ou en baisse. STR a indiqué qu’en 2019, les tarifs quotidiens moyens aux États-Unis ont ainsi atteint 131,21 dollars tandis que le RevPAR s’établissait à 86,76 dollars.

« 2019 a été la pire année de l’industrie depuis la récession en regard de la croissance du RevPAR, qui a connu une progression médiocre de 0,9 % après neuf ans de hausses de 3,2% », explique en préambule Amanda Hite, présidente de STR. « La bonne nouvelle, bien sûr, est que nous avons connu une nouvelle année record de la demande. Nous prévoyons que cette croissance va encore se ralentir cette année avant de connaître une légère hausse en 2021 ». Dans ses prévisions pour l’hôtellerie américaine publiée en novembre dernier, STR prévoit une augmentation du RevPAR de 0,5 % en 2020 et de 0,7 % en 2021. Tous les segments sont susceptibles de connaître une chute du taux d’occupation en 2020, la plus importante concernant l’hôtellerie dans le segment haut de gamme (4 étoiles). Les chaînes de luxe devraient afficher en revanche les plus fortes progressions aussi bien sur leur ADR (+1,2 %) que sur leur RevPAR (+0,9 %).