Hôtellerie : Trois variations sur fond bleu

Toutes les trois ont la même mer – et quelle mer ! – pour atout. Et tandis qu’avec de grands projets attendus, Marseille sort enfin de son anonymat hôtelier, Nice et Cannes s’attachent à entretenir leur image, entre valeurs traditionnelles et apports de modernité.

« Marseille change beaucoup », dit Myriam Potier, représentante du Radisson Blu, en balayant le Vieux Port de la main depuis la terrasse d’une suite. Certes, des quartiers comme le Panier ou la Belle de Mai, bien qu’ils soient devenus touristiques, demandent encore aux visiteurs une bonne dose de vigilance. Mais plus que jamais, Marseille travaille à sa nouvelle image de marque. Et pour cause : 2013 sera l’année où elle endossera le titre de Capitale européenne de la culture. Un cap qui va évidemment transformer la cité phocéenne en un centre névralgique de la culture, mais aussi en une véritable ville d’affaires. C’est ainsi qu’elle se confectionne une scène hôtelière digne de sa nouvelle prestance.

“Le Radisson Blu, ouvert en 2007, fut l’un des premiers d’une série d’hôtels haut de gamme”, ajoute Myriam Potier. Ce 189 chambres avec piscine chauffée sur le toit est le plus important quatre-étoiles de la ville et attire une clientèle exigeante. Conçu pour accueillir séminaires et conférences en tout genre (toutes ses salles sont inondées de lumière naturelle), il a élu domicile à proximité d’autres établissements, comme le New Hotel of Marseille. Cette enseigne d’une centaine de chambres très tendance, autour d’une belle piscine et d’un potager bio, a ouvert en 2006 dans le bâtiment XIXe de l’ancien Institut Pasteur.

Non loin, le Sofitel Vieux Port, un peu moins récent, s’est pour sa part offert un petit coup de jeune en 2009. Exit les couleurs sombres et le mobilier standardisé très années 90, bienvenue à la lumière, l’argenté, l’épuré. “Nous sommes récemment passés à cinq étoiles”, explique Chantal Dalasso, porte-parole de l’établissement, en désignant le thème décoratif du corail stylisé que l’on retrouve sur les murs des chambres ainsi que dans le fabuleux nouveau spa. Un cinq-étoiles, c’est certain. C’est même le seul et unique à Marseille. Pour le moment du moins. Car les projets hôteliers pleuvent. “Nous disposons de trois ans pour mettre Marseille en orbite, explique Maxime Tissot, directeur général de l’office du tourisme de Marseille. On parle beaucoup d’un Marriott qui devrait voir le jour vers 2015, mais la star de l’horizon 2013, c’est l’InterContinental qui s’installera dans le célèbre Hôtel-Dieu, actuellement en pleine réhabilitation.” Quoi de mieux pour un cinq-étoiles que cette magnifique bâtisse inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques ? Certes, il ne s’agira “que” d’un 140 chambres, mais il sera doté de 14 suites de 100 m2, d’une vaste de salle de conférences, de deux restaurants (dont un gastronomique), de jardins à l’orientale et à la française, d’un spa et de deux piscines.

La nouvelle vie des palaces

Cette éclosion marseillaise fait exception sur les rives de la Méditerranée où la tradition hôtelière est ancrée depuis longtemps. Pourtant, quelques nouveaux continuent d’entrer en scène, comme à Nice avec le petit joyau design qu’est l’Exedra, dernierné de la chaîne Boscolo. Dans un ancien hôtel particulier Belle Époque, son décor joue sur le blanc ponctué de touches de couleurs vives et de fauteuils Louis XV revisités. Pour un peu, on se croirait dans le “Marie-Antoinette” de Sophia Coppola. Une vraie friandise pour l’oeil. Comme ce plafond-plancher en verre un peu coquin, à l’étage de la penthouse… Le tout pour un investissement de 20 millions d’euros tout de même.

“Notre atout, c’est de pouvoir offrir une large gamme de possibles”, explique Monique Amey, responsable conventions de l’office du tourisme et des congrès de Nice. “Nous encourageons vraiment la venue d’hôtels design, mais nous tenons aussi à ceux qui offrent une image plus traditionnelle.”

Comme La Pérouse, monument niçois fraîchement rénové, havre de paix provençal caché derrière d’antiques murailles et des cascades de verdure. “Il y a aussi les grands établissements de la Promenade, comme le Palais de la Méditerranée, rénové en 2004, avec ses gigantesques suites, ses vastes salles de réunion…”, précise Monique Amey. Mais le plus grand et sans doute le plus heureux événement hôtelier de Nice reste la réouverture du Negresco en juillet. Après des mois de rénovation, le célébrissime palace s’apprête à dévoiler sa version XXIe siècle. Pour le moment, ce sont encore des dizaines de restaurateurs qui s’activent sous la verrière signée Gustave Eiffel. “Le Negresco étant classé monument historique, nous devons confier chaque élément à des spécialistes”, explique Giovanni Gulino, porte-parole de l’hôtel. Dans un coin, des tableaux, des meubles recouverts de draps blancs. Et puis une magnifique fresque de 1912 qui vient de revoir le jour après des années passées sous un faux mur. Un univers fastueux venu du temps jadis, mais aussi un avenir plein de promesses. “Le cinquième étage sera entièrement converti en executive floor équipé de toutes les technologies les plus récentes”, confie Giovanni Gulino.

Cette vie de palace sans cesse renouvelée, repensée, réactualisée se poursuit jusqu’à la Croisette, où la totalité des récents investissements hôteliers a atteint les 180 millions d’euros. Une somme colossale répartie entre quelques établissements chicissimes et dont le principal contributeur, avec sa toute nouvelle aile et ses trois ans de travaux, n’est rien d’autre que le Majestic Barrière. “En tout, 72 millions d’euros ont été investis : un tiers a été consacré à l’achat du terrain, un tiers à la construction et autant à la rénovation de l’ancien bâtiment”, explique Fabienne Butelli, représentante de l’hôtel. L’imposante nouvelle aile, qui semble avoir toujours fait partie de la blanche façade Art déco soulignée de stores rouges, est opérationnelle depuis le 15 mars. Mais elle n’a été officiellement inaugurée que le premier jour du festival.

Et quels trésors cache-t-elle, cette façade : un spa “U” (pour la nouvelle forme de l’hôtel, mais aussi pour la première lettre du mot “unique”), 42 nouvelles suites, dont l’extravagante Suite Dior, toute de gris et d’argent, ainsi que deux penthouses taille XXL, dont l’une de 450 m2 avec piscine privée sur la terrasse, majordome, salle de réunion avec vidéoprojecteur… Pour la clientèle affaires, c’est aussi un nouveau monde qui s’ouvre là, avec la création de deux salons – le Joy et l’Alexandre – et d’une board room équipée “very high-tech”.

Enfin, côté gastronomie, le Fouquet’s Cannes a fait peau neuve pendant l’hiver tandis qu’une Petite Maison de Nicole (en écho à la célèbre Petite Maison niçoise) vient de prendre ses marques. Au bout de la Croisette, le Martinez, autre grande star cannoise et autre façade Art déco, se métamorphose lentement et sûrement depuis sept longues années. “La réception, le hall, la création d’un spa Givenchy, la suite panoramique de 1000 m2 au septième étage (deuxième plus grande d’Europe) font partie de nos préoccupations quotidiennes… Rien que pour 2010, cinq millions d’euros ont été investis dans l’embellissement”, affirme Marie-Claire Boudaud, porte-parole de l’hôtel.

Depuis 2003, le budget rénovation a atteint les 60 millions d’euros. “En 2010, sept suites ont déjà été rénovées, dont celles des Oliviers et sa gigantesque terrasse”, poursuit Marie-Claire Boudaud. La particularité du lieu, c’est que l’esprit Art déco et Années folles a été magnifiquement préservé, des têtes de lit matelassées aux lithographies de grands maîtres (Dufy, Van Dongen…) en passant par les lustres en cristal et les lampes d’inspiration Giacometti. “Certes, nous sommes l’hôtel des stars du festival, mais pas uniquement…”, remarque Marie-Christine Buenaobra, directrice commerciale. En effet, et parce que le Martinez évoque inévitablement le cinéma, on en oublierait presque qu’il est aussi, le reste de l’année, un grand hôtel d’affaires. “Nous possédons quinze salles de séminaires et proposons en tout 2500 m2 de salons”, explique la directrice commerciale. C’est pourquoi un grand nombre d’événements corporate se tiennent régulièrement au Martinez. “Nous sommes un hôtel caméléon, avec un service très personnalisé et un petit esprit un peu décalé”, ajoute Marie- Christine Buenaobra, nommant Pedro Almodovar parmi ses plus fidèles clients. Autre distinction de taille : le restaurant La Palme d’Or qui, depuis 1991, a vaillamment gardé ses deux étoiles Michelin. “C’est un challenge de tous les jours”, conclut-elle, résumant ainsi l’esprit du palace.

Investissements massifs

Cette volonté de perfection, on la retrouve aussi, mais dans une tendance plus classique, au très sélect Carlton Inter- Continental. Là encore, une poignée de millions ont été investis ces trois dernières années pour maintenir un niveau d’excellence hors pair et une splendeur comparable à celle d’autrefois. “Nous ne cessons d’investir”, explique Narjiss Slaoui-Flacoz, directrice de la communication, en montrant la salle où s’est tenue la première réunion de la Société des Nations. “Aujourd’hui, on y accueille toujours de grands événements internationaux”, remarque-t-elle.

Presque attenant au Carlton, le Palais Stéphanie a pour sa part investi 40 millions d’euros dans des rénovations qui viennent tout juste de se terminer. Ancien Palais du Festival (jusqu’en 1991), cet hôtel passé cinq étoiles en décembre dernier annonce un style résolument septième art. Depuis les hauteurs du vaste atrium, le sol du lobby évoque une pellicule de film tandis que les chambres proposent des photos de stars supersize en noir et blanc en guise de têtes de lit. “Nous avons opté pour un luxe moderne, un rien branché, mais surtout pas bling bling… Nous avons utilisé des matériaux nobles, du cuir surpiqué aux murs, du marbre, des miroirs italiens”, explique Éric Paulus, directeur du développement. Côté business, tout est à portée de main : à côté de l’ancienne salle des festivals de 825 places, l’hôtel propose 16 salles de conférences. On est bien loin du très exclusif monde du cinéma.