Interview : Allan Ballester, Pdg de Tepee

À partir du 15 octobre, il sera possible pour les voyageurs d’affaires d’utiliser le service proposé par Tepee, une plateforme de couchsurfing pour les professionnels. Allan Ballester, le Pdg de Tepee, revient sur l’idée à l’origine de la start-up et sur la façon dont la sécurité des voyageurs d’affaires sera assurée.

Tepee
Allan Ballester (à droite) et l'équipe de Tepee

Comment résumeriez-vous le service proposé par Tepee ?

Allan Ballester – Tepee permet à des professionnels en voyage d’affaires d’être accueillis par d’autres professionnels de manière gracieuse.

Comment est née l’idée Tepee ?

A. B. – L’idée est née en mai 2016, lorsque j’étais responsable des ressources humaines de Décathlon en Angleterre. J’ai demandé à toutes les personnes présentes sur Lille, où se trouve le siège de Décathlon, si l’idée de recevoir chez elles d’autres employés de la même entreprise pendant un déplacement professionnel les intéressait. J’ai alors obtenu une liste de 74 personnes. J’ai ensuite contacté tous les employés qui s’étaient inscrits à une formation donnée au siège et qui allaient donc se rendre à Lille. Je leur ai proposé le service que je développais, avec une approche locale, culturelle et humaine. C’est de cette manière que les premières expériences sont nées. À ce moment-là, Tepee s’appelait Décathlives.

Justement, comment cette première expérience avec Décathlon s’est-elle déroulée ?

A. B. – Merveilleusement bien ! Il n’y a pas de relation économique entre le voyageur et l’hébergeur, donc il n’y a pas d’attentes particulières entre les deux. Ce sont deux personnes qui se rencontrent et partagent leurs imperfections : par exemple, l’appartement ne sera pas forcément rangé ou la personne sera en retard. Concernant la première expérience Décathlives, une voyageuse chinoise était accueillie chez une hôte moldave qui habitait à Lille. Ça s’est très bien passé. Elles ont cuisiné ensemble un repas moldavo-chinois, et elles ont pu se rendre ensemble le lendemain au siège de Décathlon. Aussi, la voyageuse a pu visiter la ville alors qu’elle avait l’habitude de rester à Villeneuve d’Ascq, où se trouve le campus Décathlon. Depuis cette première expérience en mai 2016, nous en avons totalisé plus de 3000. Nous voulions élargir le service à d’autres entreprises que Décathlon, c’est pourquoi nous avons créé notre propre start-up. Tepee est administrativement née en juin 2018, et elle va naître « digitalement » le 15 octobre.

Comment Tepee fonctionne-t-il pour l’entreprise, pour le voyageur lui-même, et pour l’hébergeur ?

A. B. – C’est très simple : nous avons mis en place une plateforme sur laquelle des salariés peuvent proposer d’héberger d’autres professionnels. Il y a deux possibilités pour l’hébergeur : soit il n’ouvre son habitat qu’à des personnes travaillant pour la même entreprise que lui, soit il est prêt à accueillir les professionnels de n’importe quelle entreprise. Le voyageur sélectionne l’hébergeur dont la personnalité l’intéresse le plus après consultation de son profil, et lui propose une demande de séjour, qui peut bien sûr être refusée. Il a aussi accès au profil du demandeur, notamment avec des liens vers ses comptes LinkedIn ou Facebook. Si les personnalités se plaisent mutuellement, et que les dates de séjour « matchent » entre les deux professionnels, alors la réservation est validée.

Tepee serait donc le fruit du mariage entre Airbnb et Linkedin… ?

A. B. – Oui, si ce n’est qu’Airbnb, c’est payant…

Dans ce cas, comment vous rémunérez-vous ?

A. B. – Nous proposons à nos utilisateurs de déterminer le prix qu’ils souhaitent payer pour la prestation proposée. Lorsque les voyageurs font leur première réservation, ils sont invités à déterminer le montant de leur participation. Le prix minimum est de 1 euros par mois, soit 12 euros par an, qui constitue l’abonnement minimum. Les voyageurs ont simplement une note de frais à remettre à leur employeur afin d’être remboursés.

Avez-vous des concurrents en France ou dans le monde ?

A. B. – De notre point de vue, toute autre solution de voyage est concurrente à Tepee ! Nous avons l’ambition de donner aux professionnels l’envie de modifier leurs habitudes de voyage. Les voyageurs d’affaires peuvent tester Airbnb, un hôtel 5 étoiles tout compris, mais aussi la solution Tepee s’ils ont envie de se faire plaisir humainement. La solution d’hébergement proposée par Tepee présente beaucoup d’avantages pour les professionnels en déplacement : l’élargissement de leurs réseaux professionnels et sociaux ou encore la possibilité de pratiquer des langues étrangères. Tepee a déjà permis des rencontres hors du commun : certains voyageurs sont revenus chez leur hébergeur en dehors du cadre professionnel, d’autres ont été recrutés, certains ont même créé des entreprises ensemble.

Existe-t-il des critères de sélection des hôtes, notamment pour répondre au devoir de protection ?

A. B. – De prime abord, on pourrait penser qu’une personne utilisant Tepee n’est pas en sécurité : c’est l’inverse. Lorsqu’on y réfléchit, être hébergé chez un professionnel local est une solution plus sécurisée que tout autre hébergement. C’est d’autant plus vrai dans les zones à risques, puisque l’hébergeur connait la langue du pays et les quartiers à éviter. Tepee permet alors de renforcer la sécurité des employés dans ces régions. De plus, nous contrôlons manuellement l’identité et les informations de toutes les personnes s’inscrivant sur la plateforme Tepee. Même si cela nous prend du temps, nous procédons à une vérification complète des données.

Et en cas de problème ?

A. B. – À la différence du couchsurfing classique, lorsqu’un professionnel s’inscrit sur Tepee il indique pour quelle entreprise il travaille. Grâce à nos vérifications, le risque qu’un problème survienne est très inférieur au risque existant pour un voyageur classique dont aucune information n’a été vérifiée. Aussi, le voyageur d’affaires sait qu’il engage une entreprise derrière lui. Nous ne pouvons pas affirmer qu’il est impossible qu’un professionnel agisse de manière incorrecte, mais sur plus de 3000 expériences, aucun problème n’est à déplorer. Si un voyageur d’affaires détériore le matériel de l’hébergeur alors la responsabilité civile professionnelle est engagée. Lorsque les voyageurs et les hébergeurs discutent en tant qu’employés d’une entreprise, ils ont un engagement double qui limite les risques.

Quelle est la feuille de route de Tepee ?

A. B. – Nous allons d’abord stabiliser l’activité de Tepee et régler les éventuels dysfonctionnements. Nous avons déjà effectué plus de 100 expériences avec des professionnels de différentes entreprises et tout s’est très bien passé, comme pour des professionnels de la même entreprise. Ensuite, l’excellence de service sera notre priorité : nous privilégions la qualité à la quantité. D’ailleurs, nous avons limité jusqu’ici le nombre d’utilisateurs de Tepee afin d’assurer la qualité du service. En fonction des nouvelles expériences nous intégrerons peut-être des fonctionnalités auxquelles nous n’avions pas pensé à l’origine. Par exemple, prendre en compte l’emploi du temps classique d’un voyageur professionnel, qui n’est généralement disponible que le soir. On pourrait aussi lui envoyer des « tips » sur sa destination, ou y organiser des événements. Voire mutualiser une voiture de location pour une arrivée groupée à l’aéroport. Nous voulons travailler au-delà de la sphère de Tepee et favoriser la collaboration entre les professionnels. En optant pour un hôtel 5 étoiles, un voyageur d’affaires vivra systématiquement la même expérience. A l’inverse, chaque séjour Tepee sera différent, car il ne sera pas acheté, ni standardisé.