Interview : Bill Barnett, PDG C9 Hotelworks

Créateur et PDG du cabinet de consultants C9 Hotelworks, Bill Barnett, expert de l'Asie, parle en exclusivité pour Voyages d'Affaires de l'évolution des déplacements d'affaires dans cette partie du monde. 

Bill Barnett, PDG de C9 Hotelworks

Quel est le principal handicap d’un retour du tourisme en Asie ?

Bill Barnett – Comme dans le reste du monde, l’Asie est confronté à des choix cruciaux. On a affaire à une collision entre des impératifs de santé, de politique et un soutien économique. Du coup, il y a très souvent un conflit au sein du gouvernement sur la direction à prendre. Quel facteur doit-on favoriser en priorité ? Quel consensus peut-on obtenir au sein d’un même gouvernement ? Les pays où les pratiques démocratiques sont souvent aux antipodes de l’Occident sont certainement favorisés dans cette crise. La Chine, Singapour, le Vietnam par exemple ont une bonne maîtrise de la situation épidémique. Les décisions y sont rapides, souvent coercitives. Les gouvernements locaux parlent d’une seule voix, sans consultation…

Et pour les autres pays d’Asie?

B. B. – Au Japon, en Corée ou en Chine, les voyages domestiques constituent un important réservoir de soutien au secteur de l’hôtellerie. Au Japon par exemple, quelques 4,5 millions de nuitées ont été réalisées après l’attribution d’une prime en juillet. En Chine, le tourisme domestique permet d’amortir la baisse dans l’hôtellerie. Les experts estiment que l’hôtellerie chinoise contiendra le déclin du taux d’occupation à 5 % sur l’année. En Asie du Sud-Est, la situation est plus compliquée, notamment en Indonésie ou en Thaïlande. Les consultations politiques s’étirent en longueur. Et les changements d’orientation fréquents sèment la confusion.

Quels sont les éléments nécessaires à une reprise?

B. B. – Un vaccin va définitivement changer la donne et permettre un retour à la confiance. Car actuellement, c’est la peur qui règne chez beaucoup de voyageurs. C’est un sentiment auxquels les Asiatiques sont plus sensibles qu’ailleurs. Le facteur « peur », par exemple, va influer sur les déplacements multi-destinations. Beaucoup de gens vont hésiter dans un futur proche à effectuer un circuit combinant plusieurs villes, de crainte de multiplier les possibilités de contamination ou encore les mesures de quarantaine.

Les pays où les pratiques démocratiques sont aux antipodes de l’occident sont favorisés dans cette crise. La Chine, Singapour, le Vietnam par exemple ont une bonne maîtrise de la situation épidémique. Les décisions y sont rapides, souvent coercitives.

Comment envisagez-vous l’avenir des voyages d’affaires dans la région ?

B. B. – Je crois qu’il va y avoir une concentration pour les voyages d’affaires dans les grandes métropoles. Elles sont en effet les plaques tournantes économiques de tout le continent. Et par plaque-tournante, je pense à des hubs comme Bangkok, Shanghai, Singapour ou TokyoHong Kong risque de souffrir pour sa part de ce sentiment de « peur » des visiteurs internationaux. Mais la cause de cette peur est due à son environnement politique. On retrouve ce même phénomène de crainte dans les déplacements des voyageurs d’affaires entre la Chine et les Etats-Unis en raison des tensions latentes.

Comment voyez-vous l’évolution de la demande dans l’hôtellerie ?

B. B. – En général, la chute des prix dans l’hôtellerie rend les établissements quatre ou cinq étoiles très bon marché. Cela va donc se traduire par une baisse de la demande dans le secteur de l’hôtellerie moyen de gamme, les trois étoiles. En parallèle, les chaînes devraient monter en puissance, parce que les voyageurs vont se sentir plus en sécurité sanitaire que dans des hôtels de marque inconnue.

Quand prédisez-vous une amélioration substantielle de l’activité touristique et un retour à une certaine normalité ?

B. B. – Il faut avant tout que les conditions d’entrée soient plus simples car sinon, je prédis la faillite de nombreux hôtels dans les trois à six mois à venir, car ils manqueront de liquidité. Il devrait y avoir une amélioration en 2021 et un retour à une certaine normalité en 2022. J’aimerais ainsi être optimiste, mais je crois qu’il vaut mieux se préparer au pire.