Interview : Cédric Renard, Directeur Général Emirates France

Le 15 juillet, Emirates a relancé son Airbus A380 sur l'aéroport de Paris CDG. Cédric Renard, Directeur Général de la compagnie en France, explique la portée de l'événement, et fait un point sur la feuille de route de la compagnie et l'importance du marché français.

Emirates
Le retour de l'A380 d'Emirates a été célébré le 15 juilet à Paris CDG

Quel est votre sentiment à la vue de cet A380 qui se pose à nouveau à Paris ?

Cédric Renard – C’est un sentiment très fort, une véritable émotion parcourait les visages de tous ces passionnés de l’aérien. Nous avons voulu marquer cet événement particulier, parce qu’il s’agit d’un engagement fort d’Emirates par rapport à la reprise. De manière plus globale, Emirates envoie ainsi un message clair, puisque Paris fait partie des deux escales européennes avec Londres sur lesquelles l’A380 revient se poser, et nous allons aussi desservir Amsterdam. C’est un message vis-à-vis d’Airbus, et vis-à-vis de la France, un marché sur lequel Emirates investit beaucoup. C’est le signe que l’on croit en la reprise : nous passons à deux vols quotidiens avec l’A380 et le 777, Dubaï s’est rouverte aux touristes et aux voyageurs d’affaires depuis quelques jours, ce qui était un signe important, et en parallèle le réseau d’Emirates grossit. Nous sommes aujourd’hui à 55 destinations, nous augmentons les fréquences, les capacités. La reprise se fait étape par étape, de façon organisée.

Justement, ce retour de l’A380 ne marque pas véritablement le retour d’Emirates, qui avait repris du service à Paris…

Cédric Renard – Nous avons effectivement rouvert fin mai, en commençant par trois vols hebdomadaires. Nous sommes rapidement montés à quatre puis cinq vols, nous sommes repassés en quotidien au 1er juillet et depuis le 15 juillet en biquotidien. Mais Emirates a continué à assurer des vols tout au long de la crise, notamment sur l’activité cargo, que ce soit à Paris, à Lyon ou à Nice. Nous avons également organisé des vols charters pour transporter du matériel médical.

N’avez-vous pas été tentés par un appareil de plus faible capacité durant cette phase de reprise ?

Cédric Renard – Il nous reste encore quelques années à voler avec ce bel appareil qu’est l’A380. Certaines compagnies ont déjà fait le choix de l’abandonner, mais cela crée beaucoup de passions, d’émotions. C’est un avion qui plait beaucoup, avec un choix de configuration particulier chez Emirates. Cet avion est plébiscité, il y a un attachement des Français et des Européens à cet appareil qui les a fait rêver. Dans la flotte Emirates, on compte 142 Boeing 777 et 115 Airbus A380. C’est un avion emblématique, qui fait partie de la marque de fabrique d’Emirates, et nous sommes ravis de le repositionner sur CDG.

Quels sont les taux de remplissage ? Y a-t-il déjà la demande pour une telle capacité ?

Cédric Renard – Nous voulons accompagner la reprise de la demande, et envoyer un message fort de confiance, en montrant que Emirates est de nouveau présent. Les taux de remplissage sont bons, supérieurs à 50% et en croissance. Nous pouvons nous appuyer sur un équilibre intéressant entre les clients des classes Première, business et économique. On voit aussi beaucoup de demandes de dernière minute, et la réouverture de Dubaï est bien sûr un accélérateur pour nous, nous permettant de franchir une nouvelle étape.

Comment la crise a-t-elle affecté la configuration de cet A380 à Paris ?

Cédric Renard – Il s’agit de la configuration classique, et nous avons complété notre signature de marque « Fly Better » par le « Fly Safer », soit tout un ensemble de mesures sanitaires. Par exemple, tous nos équipages sont dotés d’équipements de protection individuels, il y a une assistance service en cabine pour tous les vols supérieurs à 1h30, pour s’assurer que tout est bien surveillé, le service a été adapté, et nous offrons un kit d’hygiène à tous nos passagers. C’est primordial aujourd’hui : nous avons confiance dans la reprise, mais pour que nos clients aient envie de voyager, il faut que cela soit fait dans des conditions optimales. Il faut aussi montrer qu’il n’y a aucun risque à voyager sur Dubaï. La destination a rouvert le 7 juillet, tout y a été mis en place pour que les voyageur se sentent en sécurité, avec des tests en amont ou en arrivant à Dubaï. Emirates a véritablement pris la mesure de la situation.

Emirates a scellé l’avenir de l’A380 il y a quelques mois, et est aujourd’hui la seule compagnie l’utilisant à Paris : n’y a-t-il pas une certaine ironie ?

Cédric Renard – Je ne perçois pas les choses de cette façon. La flotte d’Emirates comprend aujourd’hui 257 appareils long-courriers, Emirates a représenté plus 50% du carnet de commandes de l’A380. Une flotte évolue, il y a eu une commande officialisée en novembre dernier au Dubaï Air Show de 50 Airbus A350, pour un montant de 16 milliards…

Où en êtes-vous de la reprise des services premium ?

Cédric Renard – Le service de chauffeur, proposé gratuitement aux passagers des classes affaires et Première, est de nouveau opérationnel, y compris à Paris, avec toutes les précautions sanitaires nécessaires. Nous avons aussi rouvert le salon à Dubaï, mais pas encore celui de Paris.

Ne craignez-vous pas que les passagers soient plus frileux qu’auparavant vis-à-vis des vols avec escale ?

Cédric Renard – Il y a toujours eu des vols directs et des vols indirects et Emirates a toujours été capable de séduire une large clientèle, que ce soit en classe économique, en business ou en Première. Nous pouvons aussi compter sur une variété de clients plus large que de nombreuses compagnies, avec les touristes, la clientèle loisirs haute contribution, la clientèle affaires… Dubaï est aussi une destination à part entière, qui attire d’ailleurs beaucoup de français. En 2018, près de 350 000 Français se sont rendus à Dubaï soit une progression de 17% par rapport à l’année précédente. Il y a aussi la perspective de l’Exposition Universelle qui a été repoussée à 2021. Et Emirates a un réseau très équilibré, sur l’Afrique, l’Asie Pacifique, les Etats-Unis… Nous sommes donc confiants par rapport à ces atouts. Et la signature de marque « Fly Better » se révèle vraiment, est très appréciée de nos clients et ce dans toutes les classes. Emirates a été bénéficiaire pendant 32 années consécutives. Nous prenons malheureusement comme toutes les compagnies des mesures pour nous adapter. Mais nous sommes peut-être parmi les premiers à vouloir se remobiliser et c’est ce que nous faisons aujourd’hui à Paris CDG.

La crise va-t-elle vous pousser à repenser durablement votre stratégie en France ?

Cédric Renard – Avec son programme au départ de Paris, de Nice et de Lyon, Emirates avait trouvé sa clientèle avant la crise. Cette clientèle existe toujours. A nous de donner confiance, de recréer les conditions pour que ces clients voyagent avec plaisir, que ce soit pour le tourisme ou pour les affaires. Notre modèle va évoluer, notamment sur cette logique du « Fly Safer » : c’est notre responsabilité en tant que compagnie aérienne de faire en sorte que les voyageurs aient confiance quand ils remontent dans un avion, a fortiori dans un appareil Emirates. Mais la feuille de route en France est la même : trois vols quotidiens depuis Paris, un depuis Nice, et un depuis Lyon. La relance des vols au départ de Lyon et Nice est prévue dans le courant de l’été. Nous restons évidemment vigilants par rapport aux conditions sanitaires, aux autorisations gouvernementales, et au niveau de la demande. Emirates investit depuis longtemps en France, non seulement à Paris mais aussi en province, à Lyon et à Nice.

Où en est le projet de nouvelle classe premium ?

Cédric Renard – Je n’ai pas de scoop à annoncer, malheureusement. Je vous confirme que nous allons installer une quatrième cabine à bord de nos avions, mais je n’ai pas encore vu les destinations, les types d’avions, les configurations… Donc je ne peux pas en dire plus. Emirates réunit un large panel de voyageurs, et la classe économique est déjà très appréciée, elle est souvent comparée à des classes intermédiaires d’autres compagnies, de par les aménagements, le service à bord. Je suis donc sûr que nous serons capables de proposer un service unique sur le marché, qui offrira un argument commercial supplémentaire aux équipes d’Emirates France.