Edouard Fochive, économiste et expert de logistique au Cabinet Projet Assistance Conseils

Economiste et expert de logistique au Cabinet Projet Assistance Conseils (CPAC), Edouard Fochive présente les forces économiques de Douala et dessine son futur.

Dr_Fochive

Comment se situe Douala par rapport à la capitale Youandé ?

Edouard Fochive – Si Yaoundé est la capitale économique du pays, Douala en est la capitale politique ainsi qu’une ville portuaire, le Cameroun ayant deux façades maritimes : Douala et Kribi. Mais la façade opérationnelle aujourd’hui en matière économique, c’est plutôt Douala. L’attraction de la ville est telle que Douala étant la mamelle nourricière du pays. Il y a eu ce phénomène d’exode rural dont les populations sont parties des zones arrière pour converger vers cette zone de façade maritime, ce qui a amené la population à atteindre aujourd’hui presque quatre millions d’habitants. L’objectif premier aujourd’hui est de lutter contre la pauvreté et d’insérer cette immense population qui est partie de l’arrière-pays vers cette zone portuaire qu’est Douala et faire de cette ville une véritable plate-forme d’économie maritime de la zone CEMA.

Quelle est la stratégie mise en place pour y parvenir ?

E. F. – Il y a tout d’abord le principe d’amélioration du niveau de vie de ces populations qui ont convergé vers la zone portuaire. Il y a bien entendu, aussi, le développement économique qui veut s’appuyer sur l’amélioration de la compétitivité de la ville. Et enfin il y a l’amélioration des conditions environnementales et de la gouvernance. Sans souscrire à des critères de gouvernance, la ville ne peut pas réussir à atteindre ses objectifs.

Quels grands secteurs attirent les investisseurs étrangers ?

E. F. – La particularité de Douala, c’est d’offrir aux investisseurs une base industrielle avec des matières premières locales, à savoir le bois, le café-cacao, tout ce qui est lié à la pétrochimie. Ce sont vers ces secteurs que les investisseurs se dirigent en priorité.

Quelles améliorations avez-vous vu ces dernières années au niveau des infrastructures ?

E. F. – Douala étant la ville portuaire du Cameroun, mais aussi celle de pays sans corridor maritime comme le Tchad et la République Centrafricaine, les routes jouent un rôle important pour relier la zone portuaire aux plateformes industrielles nationales et aux pays arrière. Il y a un gros développement de ces routes ainsi que des plateformes logistiques. A Douala même, la pénétrante ouest va vers les grandes zones de production agricole. A l’est, une voie relie le port à la zone centrale, les zones industrielles logistiques, les routes vers les pays voisins, et aussi le grand stade omnisport qui va accueillir la Coupe des Nations. Les travaux se poursuivent pour finaliser l’amélioration des infrastructures : il faut finir de relier Douala à Yaoundé, il faut relier la capitale politique à Bafoussan qui est la grande zone de production agricole : tout cela est en cours.

Comment voyez-vous le futur de Douala ?

E. F. – Douala va, à l’horizon de 2035, devenir la grande ville portuaire de la région, entre le port de Limbé et le port de Kribi et avec ces trois ports à façade maritime, Douala sera la véritable porte d’entrée de la zone d’Afrique centrale. Certes, il y a des défis : la crise dans les régions anglophones ne joue pas en faveur de Douala, mais la mise en route du futur port en eaux profondes de Limbé va être un atout économique pour cette zone anglophone à travers la reconstitution d’un moteur économique. Quant à la crise du port, passés quelques dysfonctionnements en termes de cadences des livraisons, la reprise de la gestion du terminal à conteneurs de Douala s’est aussi soldée positivement, comme l’a confirmé le chiffre d’affaires au premier semestre.