Djibouti, ses nouvelles ambitions

Interview : Aboubaker Omar Hadi, président de l’autorité des ports et zones franches de Djibouti

Président de l’autorité des ports et zones franches de Djibouti, Aboubaker Omar Hadi présente la stratégie de développement du pays.

ABOUBAKER-OMAR-HADI

Vous dirigez un grand ensemble économique dont l’activité portuaire de Djibouti est le centre. Comment décririez-vous la stratégie de développement actuel du pays ?

Aboubaker Omar Hadi – Les activités portuaires sont le poumon économique de Djibouti et elles l’ont toujours été. L’économie du pays repose sur le secteur tertiaire, les services tels le commerce, la finance, les banques, et puis les secteurs des transports et cela représente plus de 70 % de l’économie du pays. Nous n’avons pas d’agriculture et l’industrie est naissante. On espère qu’avec la zone franche, l’industrie pèsera de plus en plus dans l’économie du pays mais cela prendra du temps à développer. Pour l’instant, ce sont les infrastructures maritimes, terrestres et ferroviaires qui comptent. Comme nous le disons toujours aux gens qui ne connaissant pas la région : Djibouti n’est pas un grand marché, mais c’est la porte d’entrée pour un grand marché d’une dizaine de pays qui sont enclavés, qui représentent à peu près 400 millions de consommateurs. Ce que nous faisons, c’est pour que ces pays- là puissent commercer avec le reste du monde.

Les nouvelles zones franches vont-elle permettre à Djibouti d’opérer une transition industrielle ?

A-O H – Les deux zones franches sont aussi importantes l‘une que l’autre. La première est une zone de logistique, de commerce et d’industrie légère sur plus de 4800 hectares. Nous avons commencé par y développer une zone pilote de 240 hectares et nous allons continuer à la développer en fonction de la demande des clients. On essaie d’attirer dans cette zone franche des sociétés étrangères pour qu’ils viennent y produire des biens dont le marché sera le continent africain. Au lieu de produire ailleurs et transporter dans les pays africains, la production va se passer dans la zone franche internationale de Djibouti et à partir de là, on va ravitailler les pays limitrophes et les pays de la mer Rouge. La seconde zone franche est spécialisée dans l’industrie lourde : sidérurgie, usine de ciment, raffinerie de pétrole, chantiers de réparation navale, sur une superficie de 3096 hectares. Ces zones ne seront pas en compétition, mais seront complémentaires.

Comment analysez-vous l’intérêt de la Chine pour Djibouti, à travers les Routes de la Soie ?

A-O H – Les Routes de la Soie, c’est une longue histoire, surtout dans notre région d’Afrique de l’Est qui avait déjà des échanges avec la Chine par voie maritime et terrestre il y a six siècles. La Chine a voulu faire renaître ces routes. L’idée est de mettre l’accent sur les transports ainsi que sur l’énergie renouvelable. Chaque pays peut décider comment utiliser ces opportunités des Routes de la Soie : cela ne passe pas par des dons, mais par des prêts à taux bas et sur de longues périodes, qu’il faut être sûr de pouvoir rembourser. Mais l’Afrique est géographiquement au centre de la planète et chaque infrastructure peut bénéficier au reste du monde. Ces infrastructures, c’est quelque chose dont l’Afrique a réellement besoin pour se développer. Par exemple, il n’est pas prévu que le chemin de fer qui relie Djibouti à l’Ethiopie s’arrête à la capitale éthiopienne Addis Abeba, mais qu’il traverse tout le continent et continue vers l’Atlantique, jusqu’au golfe de Guinée. Le but, c’est de relier la mer Rouge à l’Atlantique. Cela va se dérouler sur de nombreuses années : c’est un vaste projet.

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