Interview : Markus Ruediger, Porte-parole de Star Alliance

Dans un secteur aérien en pleine mutation - fusions, faillites, réorganisations - les trois alliances aériennes mondiales peuvent s'avérer d'autant plus attractives pour des compagnies en quête de stabilité. A condition pour le transporteur de répondre au cahier des charges. Markus Ruediger, Porte-parole de Star Alliance, fait un point sur les problématiques actuelles du marché, les pistes de réflexion de l'alliance, et ses ambitions dans les mois à venir.

Le secteur aérien sort d’une année 2012 mouvementée. Ce contexte peut-il inciter les compagnies à se rapprocher des alliances ?

 
Markus Ruediger – 2012 a été difficile, même si certains marchés se portent bien. Dans ce cadre, rejoindre une alliance ne donne pas de garantie en termes de bénéfices. Comme le résumait notre ancien président, une alliance s’apparente à un club de fitness : payer pour être membre ne suffit pas pour garder la forme si l’on n’utilise pas les machines mises à disposition…
 
Quels sont les projets de Star Alliance ?
 
M. R. – Nos projets s’inscrivent dans une logique globale. Nous souhaitons réaffirmer les avantages offerts aux voyageurs, comme les comptoirs d’enregistrement dédiés, la priorité dans les files d’attente ou l’accès aux salons. À cet égard, après Francfort, Paris, Londres, Los Angeles et Nagoya, il nous semblait judicieux d’ouvrir un salon commun à Buenos Aires, puisque plusieurs de nos compagnies desservent cet aéroport.Nous souhaitons développer cette démarche.
 
Comment préparez-vous le départ annoncé de TAM sur ce marché latino-américain ?
 
M. R. – TAM a pris une décision suite à sa fusion avec LAN, ne pouvant d’ailleurs pas rester dans la même alliance qu’Avianca Taca. Au terme de son contrat avec nous, elle optera pour une autre alliance. Nous étudierons le moment venu notre stratégie au Brésil, Star Alliance étant bien implantée dans les autres pays de la région.
 
Quels sont les projets de Star Alliance sur d’autres marchés comme la Chine, l’Afrique et l’Inde, où la situation semble confuse ?
 
M. R. – Après Shenzhen Airlines fin 2012, Eva Air doit rejoindre Star Alliance cet été, nous permettant de répondre à la demande croissante de liaisons entre la Chine et Taiwan. Nous sommes également bien positionnés en Afrique avec Egyptair, Ethiopian et South African Airways, en plus du développement de Turkish Airlines dans la région. Nos membres travaillent à encore améliorer le réseau.En particulier en Afrique de l’Ouest, où il nous manque une plaque tournante, mais il n’y a pas vraiment de grande compagnie avec laquelle nous pouvons travailler sur place. En Inde, nous souhaitons intégrer une, voire deux compagnies. Des négociations ont été lancées avec Air India, mais elles ne progressent guère. Nous étudions les différentes options.Cependant, le marché indien est complexe, étant donné les difficultés de Kingfisher et les discussions de Jet Airways avec Etihad.
 
L’accord conclu entre oneworld et Qatar Airways peut-il vous donner des idées ?
 
M. R. – Nous ne voyons pas l’intérêt d’intégrer une compagnie du Golfe, puisque nos réseaux ne sont pas complémentaires. Cela ajouterait davantage de fréquences, mais pas forcément d’accès à de nouveaux marchés. Grâce à Turkish Airlines et Egyptair, notre maillage est assez fort pour couvrir le Moyen-Orient et le Golfe. Il manque encore des compagnies reliant entre elles les villes du Golfe, mais ce n’est pas évident à trouver.
 
Et les compagnies low-cost ?
 
M. R. – Nous pourrions étudier une forme de coopération pour couvrir certains marchés régionaux, mais pas une intégration totale. Leurs business models sont différents et une alliance implique des coûts, la gestion d’un programme de fidélisation… Les low-cost effectuent des liaisons de point à point, alors que l’alliance fonctionne au niveau global et permet aux voyageurs d’affaires d’effectuer des déplacements plus complexes.