Interview : Pierre Descazeaux, directeur général marché France, Air France-KLM

Air France est devenue la 1ère compagnie au monde à commercialiser l’Airbus A380 vers l’Amérique Latine. Pierre Descazeaux, directeur général du marché France, revient sur l'importance à la fois sympbolique et stratégique de ce lancement. Propos recueillis à Mexico par Florian Guillemin.

Pierre Descazeaux, directeur général marché France chez Air France-KLM

Quelle est la portée du lancement de ce premier A380 à destination de Mexico ?

Pierre Descazeaux – Il est toujours positif pour une compagnie aérienne d’investir, que ce soit en ouvrant une nouvelle route – et nous en avons ouvert beaucoup ces dernières années – ou en mettant en place un appareil emblématique. C’est évidemment le cas de l’A380, qui reste un appareil extrêmement apprécié des clients et symboliquement très fort dans les pays qui l’accueillent. En l’occurrence, il s’agit du premier A380 en vol commercial sur une ligne régulière au Mexique, et même en Amérique latine. C’est donc un double événement pour Air France, mais aussi pour le pays. Nous avons d’ailleurs pu constater un formidable engouement lors de l’atterrissage du vol inaugural, un engouement à la fois populaire et politique.

Au-delà du symbole, Air France affirme aussi de nouvelles ambitions en termes de trafic…

Pierre Descazeaux – Effectivement. Le lancement de l’A380 à Mexico est un sujet relativement ancien, dans la mesure où la ligne attire beaucoup de clients : au total, Air France KLM transporte 600 000 voyageurs par an entre l’Europe et le Mexique. C’est donc une route importante, en plus d’être une route historique puisque nous sommes présents ici depuis plus de soixante ans. Mexico a donc toujours fait partie des projets de l’A380.

Pourquoi ce lancement intervient-il maintenant ?

Pierre Descazeaux – L’aéroport de Mexico est saturé. Nous sommes au maximum en termes de fréquences. Le seul moyen de nous développer était donc d’opter pour un appareil plus important. Depuis quelques années, et tout particulièrement au cours des douze derniers mois, nous avons travaillé au lancement de cet A380 ici, à Mexico. Les autorités locales ont validé ce projet, et des travaux d’aménagement ont eu lieu.

Quels sont vos objectifs ?

Pierre Descazeaux – C‘est un double défi : tout d’abord au regard de l’augmentation de capacité, puisqu’à partir de la fin du mois de mars nous proposerons un vol quotidien en A380 qui remplacera un quotidien en 747. Cela correspond à une augmentation de capacité de 20% : c’est beaucoup. Il faut donc que la demande soit au rendez-vous. Le deuxième défi concerne la classe affaires, dont la capacité est plus que doublée, à hauteur de 120% d’augmentation. Il faut, dès lors, susciter de la demande business. Nous sommes assez confiants vis-à-vis du marché mexicain, dans la mesure où la moitié des produits de luxe vendus en Amérique latine le sont au Mexique, ce qui montre qu’une partie de la population a les moyens de voyager dans des classes à haute contribution. Tout ne va pas se mettre en place dès la première année, il faudra vraisemblablement deux à trois ans, mais les premiers engagements sont déjà très prometteurs. C’est un investissement sur la durée, à l’image de notre présence au Mexique.

Pierre Desczeaux, aux côtés d'Eric Caron, Directeur régional Mexique

Vous semblez néanmoins optimistes quant à la capacité de la ligne à atteindre assez rapidement ces objectifs…

Pierre Descazeaux – L’un des atouts du Mexique repose sur la stabilité de sa croissance économique, au contraire d’autres pays d’Amérique latine. Depuis dix ans, la croissance se situe entre 2 et 3%, tandis que d’autres marchés passent brutalement de +10% à -10%… Le trafic augmente lui aussi régulièrement. Nous sommes donc effectivement optimistes sur la capacité de la ligne à absorber cette augmentation de l’offre en deux à trois ans. Viendra ensuite, l’inauguration du nouvel aéroport, qui est prévue pour 2020. A ce moment-là, la question se posera peut-être autrement. Il est certain qu’il faudra étudier la possibilité d’aller au-delà du vol quotidien en A380. Peut-être pas dans trois ans, mais deux ou trois ans plus tard… Nous sommes donc très confiants, nous avons le sentiment qu’investir dans la durée s’avèrera rentable.

Quel regard portez-vous sur les projets d’A380 que d’autres compagnies européenne prépareraient pour Mexico ?

Pierre Descazeaux – Le fait que tout le monde bouge dans le même sens peut nous montrer que l’on a pas tort. On n’a jamais raison tout seul. En étant optimiste, on peut se dire que nous avons eu raison les premiers. Forcément, si nous réussissons avec l’A380, il faut s’attendre à ce que les autres investissent aussi. Tout le monde va vouloir prendre sa part de la croissance. Mais au-delà de la dimension économique, industrielle, il y a aussi un aspect affectif. Quand vous êtes dans un pays depuis des dizaines d’années, comme le Mexique ou différents pays africains où nous fêtons régulièrement nos soixante ans, voire nos soixante-dix ans de présence, il y a une dimension historique, politique, affective, qui donne l’avantage à celui qui est le premier à agir, à avoir eu confiance dans le pays, à y investir. C’est facile d’être là quand tout va bien. Ça l’est moins quand ça ne va pas. Air France est toujours resté. Ces pays savent donc que nous sommes fidèles, et cela joue dans la façon de voir une compagnie aérienne. Il n’y a pas que du business dans notre métier, et tant mieux.

Quelles seront les prochaines destinations de l’A380 ?

Pierre Descazeaux – Je ne sais pas. On avait un temps évoqué le Brésil, mais il y a la problématique de l’aménagement des pistes. Tout reste possible mais cela demande des investissements de la part du pays, et il se trouve que ce qui était vrai il y a deux ou trois ans, quand le Brésil était en pleine expansion, ne l’est plus. Il va sûrement falloir attendre que la croissance redémarre. C’est un gros avion : il faut savoir le mettre en place au bon moment.

Arrivez-vous à chiffrer l’effet A380 ?

Pierre Descazeaux – Il existe, c’est certain, même s’il est difficile à chiffrer. Beaucoup de voyageurs, s’ils ont le choix, optent pour l’A380. Je pense que cela permet de prendre des parts de marché à la concurrence. Il y a un vrai engouement.