Moscow City : à qui la tour ?

Isabelle Haas, directeur général de CGTT Voyages, spécialiste du voyage d’affaires en Europe de l’Est

Est-il aujourd’hui plus facile qu’avant de préparer un voyage d’affaires en Russie ?

Isabelle Haas : Implanté sur la zone depuis 40 ans, nous avons connu des périodes plus ou moins complexes… De plus en plus d’entreprises s’intéressent à la Russie, notamment parmi les PME-PMI ; mais le paradoxe, c’est qu’il est devenu de plus en plus compliqué de se déplacer en Russie. Il faut prévoir ses déplacements bien plus en amont qu’avant. Et les délais et formalités d’obtention des visas restent un frein important.

Y a-t-il des améliorations en vue sur ce point ?

I. H. : Il y a eu un projet de supprimer totalement le visa, comme c’est déjà le cas pour les ressortissants de certains pays de l’Est. Ce n’est plus vraiment d’actualité. En revanche, de nouveaux tarifs de visas devraient être publiés très prochainement. Autre nouveauté : la suppression du test HIV que devaient faire les hommes d’affaires pour obtenir un visa d’un an.

Une fois passées ces formalités, quelles sont les principales difficultés auxquelles peuvent être confrontés les voyageurs d’affaires intéressés par la Russie ?

I. H. : Le principal frein, notamment pour les PME-PMI, ce sont les tarifs exorbitants que l’on trouve sur place, à Moscou, bien sûr, mais aussi en province où sévit également la sous-capacité hôtelière. La plupart des projets hôteliers ne devant pas voir le jour avant 2009, la carence n’est pas près de s’éteindre. Concernant l’aérien, c’est un peu la même chose : il n’y a pas de vols low cost vers la Russie au départ de la France, alors que le low cost s’est énormément développé vers d’autres pays de l’Est. Autre problème : l’organisation pratique du voyage. Même s’il est beaucoup plus facile qu’avant de circuler sur place, il est toujours impossible d’organiser son voyage depuis la France, de réserver ses billets de train notamment. En outre, les vols intérieurs, malgré les améliorations, restent souvent peu fiables. Autre frein, pour Moscou : les embouteillages, qui rendent de plus en plus difficile de mettre en place un agenda de rendez-vous.

Ces écueils sont-ils amenés à perdurer ?

I. H. : J’observe, depuis cinq ans surtout, une véritable volonté gouvernementale de rénovation des infrastructures touristiques. Cela passe notamment par l’amélioration des chemins de fer, l’achat de nouveaux avions, la mise en route de près de 300 projets hôteliers dans le pays. En ce qui concerne la desserte du territoire russe, des compagnies internationales comme Lufthansa, Austrian ou Turkish Airlines commencent à sortir du traditionnel duo Moscou-Saint- Pétersbourg pour ouvrir des vols vers d’autres villes. Cela correspond à une attente du marché affaires : aujourd’hui, le marché russe ne se limite plus à ces deux villes majeures. Il n’en reste pas moins que la plupart de nos visiteurs préfèrent encore passer par Moscou, ne serait-ce que pour nouer des contacts.

La Russie pâtit encore d’une image de pays “dangereux”. Le danger est-il réel pour un voyageur d’affaires ?

I. H. : Cette image de pays “mafieux”, compliqué, où l’on risquait de se faire agresser dès la sortie de l’aéroport a considérablement évolué. Il faut le dire : dans le quotidien d’un voyageur d’affaires qui reste dans les circuits classiques, il n’y a pas plus de dangers que dans une capitale d’Europe de l’Ouest.

Autre image négative : celle d’un pays où la pratique des langues étrangères reste inexistante. Est-elle encore d’actualité ?

I. H. : La barrière de la langue reste un problème. Mais si, autrefois, même dans les hôtels, il était difficile de se faire comprendre en anglais, et même si tout reste écrit en cyrillique, il y a des progrès, notamment dans les jeunes générations.

La participation aux salons reste la meilleure opportunité de découvrir le marché russe. Que proposez-vous aux voyageurs d’affaires désireux de participer à ces salons ?

I. H. : Même si cela reste inférieur à la représentation des collectifs allemand ou italien, il y a effectivement une demande de participation de plus en plus forte de la part des entreprises françaises, due notamment à la mobilisation d’institutions comme Ubifrance ou le Medef. D’autant plus que les salons sont beaucoup plus professionnels qu’avant et que cela reste le moyen le plus simple de rencontrer des décideurs de province. C’est pourquoi nous avons créé une cellule dédiée aux salons au sein de notre service affaires. Sur l’année, il y a une vingtaine de salons pour lesquels nous proposons des packages, soit pour les visiteurs, soit pour les exposants. Mais mieux vaut s’y prendre longtemps à l’avance, puisqu’il reste très difficile de trouver des chambres en période de salon.

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