Jacques Garcia : Le temps retrouvé

Parmi les réalisations hôtelières particulièrement marquantes de ce décorateur reconnu internationalement, figurent La Réserve à Genève, le Métropole à Monte-Carlo et, depuis décembre dernier, La Mamounia à Marrakech. Un palace auquel il a redonné le lustre d’un vrai palais marocain.

Jacques Garcia © P.Y. Hervy-Vaillant

« Puisque vous écrivez pour un magazine de voyages, je vais être direct et vous dire mon ressenti.C’est presque devenu insupportable de voyager… tandis qu’autrefois c’était un grand plaisir. Par mon travail, je suis amené à prendre l’avion parfois toutes les semaines. Bien sûr, j’ai l’avantage de pouvoir souvent voyager en première classe. Mais je me rends compte que j’ai les mêmes contraintes que tous les passagers. Je ne fais aucune discrimination, je veux simplement expliquer que lorsque vous voyagez en classe éco ou en première, vous êtes confronté exactement aux mêmes problèmes, au départ et à l’arrivée.

D’abord il y a cette attente infernale, il faut être à l’aéroport très longtemps à l’avance, puis c’est le passage en douane – assez facile au départ, mais parfois de l’ordre du cauchemar à l’arrivée, comme aux États- Unis –, ensuite le contrôle qui devient de plus en plus pointilleux : retirer sa ceinture, ses chaussures, etc. Une fois dans l’avion, même si j’ai un siège un peu plus large que les autres et si la nourriture est meilleure – entre nous, elle est souvent du genre insipide –, je ne vois pas où est le réel avantage. Je trouve que les compagnies aériennes devraient se poser les vraies questions et commencer par envisager de nouvelles manières de voyager agréablement.Qu’au moins ceux qui paient plus cher – la plupart du temps pour des raisons professionnelles – puissent ne plus attendre des heures dans les aéroports pour des raisons de sécurité et que l’on définisse des normes beaucoup plus simples pour embarquer.

Lorsque j’arrive à destination, que ce soit Las Vegas, Marrakech ou Mexico, j’essaie toujours, dans le cadre de mon travail, de choisir un hôtel qui respire l’atmosphère du pays où je me trouve. Je n’aime pas beaucoup ces hôtels de chaînes, qui se ressemblent, sans âme, que l’on soit en Chine ou en Suisse. De même pour ces adresses design branchées qui alignent le même décor dans toutes les capitales. D’ailleurs, je trouve qu’à travers le monde, les pays et les provinces perdent peu à peu leurs identités ; tout se banalise, on retrouve partout les mêmes boutiques, les mêmes restaurants, alors que j’ai vraiment besoin sur les terres que je foule de ressentir l’identité du lieu, surtout si elle est forte. Alors, dès que je le peux, je descends dans des boutiques-hôtels, car là je retrouve une vraie atmosphère et je préfère sacrifier un peu de confort pour être dans un univers de charme.

En revanche, lorsque je ne suis pas en déplacement professionnel, je fais beaucoup de voyages culturels. Je suis un passionné de l’Orient, de la Syrie et aussi de l’Inde. Mais je parcours assez souvent l’Europe, si riche à visiter pour son histoire. Et, au moins deux fois par an, je pars sur les routes de France. La France, c’est magnifique, les paysages sont tellement variés. À chaque fois, c’est un plaisir de découvrir le restaurant gastronomique, le petit hôtel de charme, l’auberge typique, l’église romane et les brocantes ; ça, c’est vraiment la France. Et là, je me réjouis de dire “cocorico”! »

Cinq dates

  • 1965 Première sensation d’appartenir à un autre monde que je ne connaissais pas.
  • 1977 Achat dans le Marais de l’hôtel de Mansart, rue des Tournelles, que l’architecte de Louis XIV avait fait construire.
  • 1981 Ma première vraie et grande histoire d’amour.
  • 1992 Achat du château de Champ de Bataille, en Normandie.
  • Ensuite Devant l’ampleur des travaux et surtout du financement du château, il a bien fallu que je dépasse ma carrière de décorateur de maisons privées pour devenir aussi créateur d’atmosphère, pour un plus grand public, dans des hôtels et des restaurants.