Jean-Pierre Giraud, président du French Business Group d’Abou Dhabi

Quels sont les terrains économiques occupés par les entreprises françaises à Abou Dhabi ?

Jean-Pierre Giraud – La présence française s’est beaucoup développée depuis l’arrivée de Total, il y a une quarantaine d’années. Aujourd’hui, bien sûr, les secteurs pétrolier et parapétrolier occupent toujours une place prépondérante, de même que la défense puisque la plupart des grands acteurs de ce secteur sont présents dans l’Émirat, que ce soit Thalès, Matra, EADS, Thomson ou Dassault. Mais parmi les 200 sociétés françaises enregistrées à Abou Dhabi, on retrouve, à côté des grands acteurs, une myriade de PME et de professions libérales : décorateurs, médecins, avocats, stylistes, coiffeurs… La France développe également sa présence culturelle, notamment depuis l’ouverture de Paris Sorbonne Abou Dhabi, une annexe de la Sorbonne de Paris inaugurée en octobre dernier. Avec près de 10000 Français vivant aux Émirats Arabes Unis – dont 4500 à Abou Dhabi –, nous représentons ainsi la deuxième communauté étrangère européenne aux EAU. À distance, bien sûr, des Britanniques, qui sont plus de 150000.

Comment les Émiratis ont-ils réagi aux réticences françaises face au projet du Louvre d’Abou Dhabi ?

J.-P. G. – Ils ont été surpris, mais pas vexés. Ce sont des gens pragmatiques et face à ces réticences, ils se sont rapidement tournés vers d’autres institutions comme le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Heureusement, les relations entre la France et Abou Dhabi sont tellement anciennes et solides que ces réticences n’ont pas suscité de crise entre les deux pays.

Quel regard portez-vous sur le changement de stratégie économique de l’Émirat ?

J.-P. G. – Je suis ici depuis 25 ans et je constate qu’Abou Dhabi commence la révolution qui s’est faite à Dubaï il y a une dizaine d’années. Le projet de l’île de Saadiyat et l’ouverture des nouveaux grands hôtels en sont les signes les plus visibles. Mais la révolution comporte d’autres aspects : de grands projets immobiliers, comme les villes nouvelles d’Al-Raha et Khalifa City, mais aussi de grands projets industriels, par exemple dans la transformation de l’acier et le raffinage d’aluminium. Des zones d’investissement spécialisées se créent ; qui ne sont pas exactement des zones franches comme il en existe à Dubaï, mis à part Energy Capital, qui vise à regrouper les sociétés liées aux secteurs du pétrole et de l’énergie. D’ici à trois ans, les spécialistes prévoient que l’Émirat aura complètement changé de visage.