Jennifer Flay – Muse de l’art contemporain

Historienne de l’art, originaire de Nouvelle-Zélande, Jennifer Flay s’installe en France en 1980. Directrice de la Foire internationale d’art contemporain, c’est elle qui a donné un rayonnement planétaire à la FIAC, qui propose cette année l’événement (Off)icielle, autour du principe de la découverte.

Jennifer Flay © X. Cariou

«Je suis née en Nouvelle-Zélande. Là-bas, on grandit en pakeha, le mot maori pour désigner les gens d’origine anglo-saxonne ou européenne. Très tôt, du fait de l’éloignement, les Néo-Zélandais, comme les Australiens, voyagent pour découvrir le monde. Déjà toute petite, j’avais cette intuition que j’allais vivre en Europe, étape nécessaire à la connaissance de soi. Même si, en Nouvelle-Zélande, on grandit en côtoyant une nature époustouflante, avec des fjords, des alpages, des plages de sable noir longues de dizaines de kilomètres au bord du Pacifique, une flore et une faune uniques au monde et des forêts subtropicales qui sentent le sous-bois.

Même si je suis installée en Europe depuis 1980, la Nouvelle-Zélande reste pour moi un jardin secret à vingt-six heures de vol de Paris. Peu de voyages aujourd’hui demandent une adaptation physique et sensorielle aussi importante, si ce n’est peutêtre une expédition en Antarctique… Déjà, à l’âge de 15 ans, j’avais conscience qu’il fallait que j’aille à l’étranger. Cette opportunité m’a été donnée quand je suis partie en Nouvelle-Calédonie pour apprendre le français en immersion. C’était pour moi une évidence. En 1980, grâce à une bourse du gouvernement français, j’ai pu réaliser mon rêve européen. Direction Paris, avec trois stops en route, en Inde, à Dubaï et à Rome.

Je voyage beaucoup pour mon travail, d’abord dans les principales foires internationales – celles de Bâle, New York, Londres, Hong Kong, Miami, Sao Paulo ou Mexico… Mais j’essaye surtout de partir à la rencontre de galeristes, que ce soit à Los Angeles, Chicago, Rio ou Bogota, sans compter New Dehli, Mumbai, Tokyo, Shanghai, Pékin, Séoul ou Beyrouth, car il y a maintenant de nouvelles scènes artistiques vraiment intéressantes.

Je voyage aussi à titre privé. Par exemple en 1984 je suis partie avec mon ami à Madagascar. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’infrastructures touristiques. Arrivés à Tananarive, nous avons pris le train jusqu’à Tamatave, sur la côte Est, où nous nous sommes retrouvés dans un boui-boui. Là, un jeune homme qui parlait français nous a proposé de nous emmener visiter l’arrière-pays. Nous sommes partis en trekking trois semaines dans les forêts tropicales sur les hauts plateaux, dans des endroits où la population n’avait jamais vu de touristes ! Le souvenir de cette aventure extraordinaire m’émeut encore.

Il y a d’autres endroits qui m’ont fascinée comme le domaine d’Inhotim à Belo Horizonte au Brésil. C’est un grand parc botanique où se trouve un musée à ciel ouvert, une folie créée par le magnat du minerai de fer Bernado Paz. On y découvre des sculptures monumentales des plus grands plasticiens actuels – Olafur Eliasson, Matthew Barney, Paul McCarthy ou Yayoi Kusama pour ne citer qu’eux – dans des pavillons qui leur sont dédiés. Une de mes prochaines destinations sera le Japon, pour les îles de Naoshima et Teshima, des lieux consacrés à la création contemporaine. Soichiro Fukutake, le mécène, y a créé un musée et une galerie en plein air où l’on retrouve des oeuvres de Christian Boltanski, James Turell ou Bruce Naumann.

Pendant les vacances en revanche, j’aime être dans un endroit calme sans bouger. Cet été par exemple, j’étais chez des amis sur l’île de Milos, en Grèce, où j’ai pu me ressourcer dans un cadre idyllique et sauvage, rare en Europe. En revenant à Paris, l’une des plus belles villes du monde, à nouveau j’étais éblouie, comblée, comme à chaque retour. Paris ne m’a jamais déçue. Cela illustre l’éternel “partir-revenir”. »

Propos recueillis par Jean-Emmanuel Richomme