Jérôme Bastianelli – Voyages en harmonie

Nommé directeur général délégué du musée du quai Branly en juillet dernier, Jérôme Bastianelli est un passionné d’arts premiers, de Marcel Proust et de musique classique.

Jérôme Bastianelli © Musée du quai Branly, photo Cyril Zanettacci

« Fils unique, j’ai beaucoup voyagé avec mes parents. Ils étaient professeurs de mathématiques et, pour eux, les vacances ne consistaient pas à se reposer en bord de mer. Chaque été, nous partions en Italie, en Grèce, en Allemagne. Adolescent, j’avais une passion – presque une idolâtrie – pour la musique classique, en particulier celle de Wagner. Alors nous avons visité Bayreuth. Plusieurs compositeurs ont d’ailleurs guidé nos escapades. Nous sommes partis sur les traces de Beethoven à Bonn, de Schubert à Vienne, de Mozart à Salzbourg… L’une des plus chargées en émotions fut la Bavière, les incroyables châteaux de Louis II comme Neuschwanstein, avec à l’intérieur plein de références aux opéras de Wagner… Il y avait là toute une symbolique qui me fascinait.

J’ai aussi beaucoup aimé l’Amérique du Sud, la rencontre avec une autre culture. Quand j’ai pris mes dernières vacances d’étudiant, je suis parti six semaines en Bolivie, n’ayant en poche qu’un billet aller-retour sans savoir ce que j’allais y trouver. J’ai pas mal voyagé en bus, puis je me suis fait des amis et nous avons traversé dans un petit 4×4 des panoramas superbes, le désert de sel d’Uyuni, l’Altiplano andin, et à l’est, la jungle où nous avons marché quelques jours. C’était très impressionnant, d’autant que je ne suis pas rassuré devant les animaux sauvages…

Lorsque j’étais en poste au ministère des Transports, j’ai été amené à me rendre en Australie suite à un accident d’Airbus. Comme le pays n’avait pas de laboratoire pour déchiffrer les boîtes noires, nous avions été dépêchés à Canberra et confinés dans les bureaux pendant huit jours. Alors frustré, je me suis juré d’y retourner. D’autant qu’au musée, nous avons d’excellents contacts avec les Australiens, notamment avec Lena Nyadbi, une artiste aborigène de près de 80 ans qui a conçu une oeuvre exposée sur le toit-terrasse de la médiathèque.

En 2014, j’ai participé à une mission au Japon avec l’Intermédiathèque de l’Université de Tokyo qui a confié au musée du quai Branly un espace d’expositions permanentes, le quai Branly* TOKYO. C’était la quatrième fois que j’allais dans cet archipel. À chaque fois, c’est un grand bonheur… C’est très dépaysant, très reposant, très simple dans le sens où, si vous oubliez des affaires dans un restaurant, vous les retrouvez sans problème. J’aime beaucoup les Japonais, leur culture, leur cuisine, leur politesse et leur amour de la musique classique. Et puis, il y a les paysages typiques, les architectures éphémères à cause des tremblements de terre, les grands buildings aux structures parfois originales. J’ai aussi le fantasme des îles, peut-être un prolongement de mon enfance. Ma famille étant d’origine corse, tous les ans nous retrouvions nos cousins en Balagne. La Corse est d’une grande beauté et je me demande toujours comment on peut quitter une telle île. Je suis très curieux d’en découvrir d’autres, même les plus petites, un peu comme un “chasseur d’îles”… À chaque fois que j’en visite une nouvelle, je note un numéro en plus dans mon palmarès. J’aime celles de l’Atlantique nord, notamment les îles bretonnes comme Sein où j’ai un ami médecin. Également l’archipel des Hébrides, au nord-ouest de l’Écosse, c’est là que Mendelsshon a voyagé et a trouvé l’inspiration pour Les Hébrides qui évoque, entre autres, le flux et le refux de l’océan. Tout un voyage… »

Ses dates clés

1970

Naissance à Paris.

1990

Entre à l’École polytechnique.

1995

Dirige le laboratoire des “boîtes noires” au Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité aérienne (BEA).

2006

Rapporteur à la Cour des comptes.

2015

Nommé directeur général délégué du musée du quai Branly.

À venir au musée du quai Branly : “Sepik, Arts de Papouasie-Nouvelle- Guinée”, du 27 octobre 2015 au 31 janvier 2016.

 

Proust, Ruskin, La Bible d’Amiens, Sésame et les Lys et autres textes, édition établie, présentée et annotée par Jérôme Bastianelli, collection Bouquins, Robert Laffont.