Voyage au Kalimantan Oriental, site de la nouvelle capitale d’Indonésie

Au lieu de venir à Jakarta pour y rencontrer les membres du gouvernement et les institutions officielles, les futurs hommes d’affaires se rendant en Indonésie atterriront dans quelques années à Balikpapan pour se rendre dans la nouvelle capitale du pays sur l’île de Bornéo.

Jakarta
Jakarta devrait bientôt perdre son statut de capitale politique, au profit de la province du Kalimantan Oriental

C’est une tradition en Asie-Pacifique et elle ne date pas d’hier. Déjà en 1911, la couronne britannique construisait une ville nouvelle, dénommée New Delhi et devenant le centre politique des Indes Britanniques. Les Britanniques d’ailleurs créaient pratiquement à la même époque Canberra en Australie. Il y eut ensuite Islamabad au Pakistan qui remplaça Karachi comme capitale à partir de 1960. Et plus récemment, Putrajaya comme capitale administrative de Malaisie depuis 1999 et Nay Pyi Taw, capitale du Myanmar depuis 2005. C’est désormais au tour de Jakarta de bientôt perdre son titre de « capitale de l’Indonésie ». Cela fait 70 ans que l’on évoque un déménagement. Mais c’est seulement l’actuel Président Indonésien Joko Widodo qui a officiellement sauté le pas lors de son premier mandat, annonçant en avril dernier étudier un site approprié à une implantation. L’argument? Rééquilibrer le développement de l’Indonésie, trop concentré sur la seule île de Java. Récemment réélu à la tête du pays pour cinq ans, Joko Widodo a maintenant les mains libres pour peaufiner ses plans et enfin lancer le chantier titanesque de la future capitale.

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Il faut dire qu’il y a urgence. Jakarta est la ville du monde qui connait le plus rapide enfoncement de son sous-sol sous les eaux. Le Nord de la capitale, là où se trouve la ville historique près du port, s’est en effet enfoncé de 2,5 mètres en une décennie. La partie nord perd 25 cm en moyenne et le reste de Jakarta de 10 à 15 cm par an. Si rien n’est fait, en 2050, 95% du Nord de Jakarta aura disparu.

S’ajoutent des problèmes de pollution intense due à la surpopulation (officiellement plus de dix millions d’habitants mais en réalité 30 millions si l’on intègre les banlieues) et des embouteillages permanents. On estime que quelque 10 000 voitures individuelles supplémentaires rejoignent les routes de la capitale chaque année. De plus, Jakarta est exposée régulièrement aux tremblements de terre qui secouent l’île de Java. Il semble donc que l’actuelle capitale soit condamnée sur le long terme.

Bornéo, terre d’accueil de la future capitale

Début septembre, on a enfin appris où le futur centre politique de l’Indonésie sera situé. Le Président indonésien a sélectionné la province du Kalimantan Oriental, sur la côte Est de l’île de Bornéo. Le Kalimantan est relativement central, à 1 200 km de Jakarta, 1 500 km de Bali ou de Sumatra et à moins de 500 km de la quatrième île la plus peuplée de l’archipel, les Célèbes.

Le choix de la côte orientale de Bornéo a été également motivé par le fait qu’elle se trouve dans une zone à l’abri des tremblements de terre ou des inondations et qu’elle fait partie des provinces les plus riches d’Indonésie. Le PIB par habitant (exprimé en parité/pouvoir d’achat ou PPP) atteignait, selon les statistiques officielles, plus de 40 000 dollars par habitant en 2018 contre 14 000 dollars pour l’ensemble du pays.

Deux villes majeures, Balikpapan et Samarinda, sont présentes au Kalimantan Oriental. Balikpapan, qui devrait se situer à 50 km au sud de la future capitale, est de fait le centre économique du Bornéo indonésien. On y trouve l’industrie pétrolière, des plateformes d’exploitation du gaz avec un port important et le plus grand centre de raffinage du pays. De nombreuses entreprises internationales sont présentes dans cette agglomération de 850 000 habitants à l’instar de l’Américain ChevronTexaco ou des Français Schlumberger et Total.

L’aéroport de Balikpapan accueille actuellement huit millions de passagers avec des vols réguliers vers Brunei et Singapour. Le Kalimantan Oriental est également la première province du Bornéo indonésien à bénéficier d’une autoroute à péage, qui ouvre en cette fin d’année. Elle permettra de relier en 1h30 Balikpapan à Samarinda, la capitale régionale, et passe par le site de la future capitale.

Un investissement de 33 milliards de dollars

On estime que la future capitale indonésienne – aucun nom ne circule pour l’instant – devrait représenter un investissement de 33 milliards de dollars, le début des travaux étant estimé à 2021. Les premiers bureaux pourraient déjà être opérationnels en 2024. On estime que près de 1,5 million de personnes pourraient à terme quitter Jakarta pour rejoindre la nouvelle capitale.

Les autorités promettent que cette dernière sera aussi efficace que Séoul et aussi verte que Singapour avec de nombreux jardins. Elle sera également une « smart-city », une ville où la technologie permettra de gérer le quotidien avec un système de transport public intégré ou encore de régulation de la circulation automobile.

Une vision paradisiaque du futur qui pourrait malheureusement se heurter aussi aux réalités du pays. Corruption et compromission restent endémiques malgré des tentatives de circonscrire des habitudes vieilles d’un siècle. Ce qui devrait influencer les choix de développement. Les ONG environnementales craignent aussi que la nouvelle capitale accélère encore la déforestation de la jungle de Bornéo, l’un des plus importants poumons verts de la planète.

Le mouvement semble pourtant inexorable et les opportunités économiques vont certainement attirer les investisseurs étrangers vers cette partie de Bornéo. Quant à Jakarta, elle conservera son titre de capitale économique, financière et culturelle du pays… Ce n’est déjà pas si mal !