L’air du temps : de la finance au high-tech

New York tire les leçons des épreuves économiques qui ont bouleversé le monde. Pour limiter sa dépendance vis à vis de la finance et diversifier les risques, la mégapole met le cap sur l’innovation.
Certes, New York vit encore et toujours au rythme des fluctuations boursières”, lance Christopher Gallagher, directeur de la chambre de commerce franco-américaine de New York. “La ville est évidemment axée sur les marchés financiers, car elle dépend des recettes fiscales tirées des énormes salaires associés à la finance. Mais elle réalise aussi qu’il est temps de diversifier son économie et d’amorcer des changements”, poursuit-il. Une évolution d’autant plus nécessaire qu’une forte croissance de la population est attendue d’ici 2025, amenée à passer de 8 à 9,5millions.
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D’où la nécessité de générer de l’emploi et d’élargir le réseau de transport, à l’image des grands projets lancés par la MetropolitanTransportationAuthority. Parmi les secteurs émergents : l’innovation. Ainsi, le nombre de brevets déposés à New York City a augmenté de 50 % en dix ans. “Récemment, le tout premier parc scientifique new-yorkais, l’Alexandria Center, a ouvert sur l’East River Park afin de promouvoir la recherche dans les technologies “vertes”, les sciences de la vie et la médecine”, raconte encore Christopher Gallagher. Ce lieu à l’architecture ultra design accueille des PME et des start-ups et leur propose des laboratoires, des espaces dédiés à la recherche et des salles de conférences de luxe. En un mot, il s’agit là d’un authentique hub international d’avant-garde.

Applied sciences NYC

New York étant historiquement la ville de l’édition et de la presse aux États-Unis, c’est donc ici que se développent les nouveaux médias, en synergie avec d’autres secteurs plus anciens comme la finance, le droit ou la mode”, reprend le directeur de la chambre de commerce. Parmi toutes les grandes initiatives du moment, figure en première place l’Applied Sciences NYC. “Il s’agit d’un projet de campus en sciences appliquées, d’une institution dédiée à la technologie et à l’ingénierie. En d’autres termes, d’un vrai “MIT” new-yorkais qui devrait ouvrir très rapidement et pour lequel sept universités nationales et internationales sont en lice”, explique Patrick Muncie, vice-président des affaires publiques de NYCEDC, une entité de la mairie de New York pour le développement économique de la ville.
 

Nouvelle élite high-tech

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Si, dans les années 80 et 90, la Silicon Valley a su devenir la capitale mondiale de la technologie, New York entend bien se muer en Eldorado high-tech du XXIe siècle.“Applied Sciences NYC servira de véritable catalyseur pour l’activité économique. En effet, la ville est déjà dotée de nombreuses universités prestigieuses, mais elle manquait cruellement d’une grande institution dans le domaine des sciences et de l’ingénierie”, continue Patrick Muncie. Cette école d’élite se verra offrir un vrai campus, possiblement réparti sur trois sites différents, dont Roosevelt Island. Consciente de l’enjeu, la ville pourrait apporter jusqu’à 100millions de dollars d’aide financière. “Quand on sait que New York accueille près de 600 000 étudiants – soit la population entière de Boston – aujourd’hui, on peut imaginer quel impact ce développement pourrait avoir sur le dynamisme économique de la ville”, conclut Patrick Muncie. En plus des futurs étudiants, ce campus devrait également accueillir un pool de chercheurs et attirer de nouveaux talents. Les estimations de son impact économique se rejoignent autour d’un chiffre de près de 6 milliards de dollars sur les 35 prochaines années. Applied Sciences NYC devrait en effet engendrer la création de centaines de nouvelles entreprises, de près de 22 000 emplois directs permanents – sans compter les dizaines de milliers d’emplois indirects – et générer 1,2milliard de recettes fiscales. 

Avant même l’achèvement de ce projet d’envergure, les secteurs de la santé et de l’éducation ont battu des records en2010 et prennent d’ores et déjà une part active dans le dynamisme économique de la mégapole. “Même si, bien sûr, les secteurs financiers restent prédominants, et que d’autres domaines traditionnellement présents, comme la mode et l’édition, gardent une place importante, concède Urvashi Kaul, directrice adjointe du Center for Economic Transformation de NYCEDC, l’emploi a retrouvé une croissance de près de 3 %, soutenue par les services – en particulier le tourisme, l’éducation, la vente et la santé – ,mais aussi par un autre secteur en développement, celui des high tech’ et des nouveaux médias, une niche qui a grossi de façon impressionnante ces dernières années.” En effet, le domaine technologique a progressé de 28,1% entre 2005 et 2010, passant de 69 620 emplois à 90 723 ,une croissance encore plus sensible dans le secteur des sciences de la vie et des sciences de la santé qui a connu, une hausse fulgurante (+73,6 %) sur la même période.
 
“Pourtant, l’un des principaux moteurs économiques de New York reste toujours ses immigrants. Petits commerçants ou entrepreneurs très dynamiques venus d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine, ils créent des entreprises souvent axées sur des produits en rapport avec leur pays d’origine”, reprend Christopher Gallagher. On oublie parfois que plus d’un New-Yorkais sur trois est né à l’étranger. “C’est une ville très mobile, où tout est possible, et qui continue de faire rêver”, assure-t-il. Et, c’est vrai, l’esprit d’entreprise est loin d’avoir déserté les avenues de la Grosse Pomme. En ces temps de crise, la volonté de réussite s’illustre parfaitement dans la vague des “foodtrucks”. Sur le modèle des marchands de glaces d’antan, des camions ont envahi les rues de Manhattan et deBrooklyn, servant là des tacos ou des spécialités coréennes, et ici des boreks au fromage ou des golzemes aux oignons – plats qui à eux seuls en disent long sur la diversité new-yorkaise. L’idée séduit tellement qu’un concours de food trucks a même été lancé en 2010 et qu’un site Internet, et même des applications iPhone, informent quotidiennement les New-Yorkais sur les menus du jour et l’emplacement de leurs camions préférés.
 

Food Trucks et mode ambulante

Joey Wolffer, pour sa part, a poussé le concept un peu plus loin en ouvrant un“fashion truck ”hyper tendance, posté dans le quartier des créateurs du Meat packing District. “Un peu lassée de l’industrie de la mode et désireuse de présenter de jeunes designers – notamment européens – qui sortent totalement de l’univers des chaînes de vêtements américaines, j’ai lancé mon Styleliner il y a un an et demi. Et c’est une vraie réussite”, raconte-t-elle en se serrant pour laisser entrer les curieux dans le minuscule espace. “Je vais bientôt partir en voyage à travers les États-Unis pour faire découvrir mon idée”, ajoute Joey Wolffer avec confiance.
 

French touch toujours payante

À New York, cette volonté entrepreneuriale n’a rien de marginal. Afin d’entretenir cette dynamique, la mairie, voyant un terreau fertile pour des success stories, a récemment fait transformer le Brooklyn Army Terminal, d’anciens entrepôts de l’armée, en un complexe destiné à accueillir des artisans d’art et des entrepreneurs dans le domaine de l’industrie légère. L’imposant bâtiment de Sunset Park, construit en 1918, voit désormais se côtoyer de jeunes hipsters, nouvelle génération de bobos qui travaille à la fabrication de verre artisanal, s’attèle à l’élaboration de bières locales ou à réparer des vélos anciens.
Face à cette énergie renouvelée, de nombreuses start-up françaises viennent tenter leur chance à Big Apple. “Les Français restent bien représentés dans des domaines comme le luxe, la mode, les cosmétiques, mais aussi, de plus en plus, dans la biotechnologie”, explique Élisabeth Leontieff-Hirshon, chef du pôle Mode- Habitat-Cosmétiques à Ubi france New York. “Cependant, pour réussir aux États- Unis,il faut de vraies stratégies, reprend-elle. Il est nécessaire de pouvoir développer rapidement un site internet performant, d’adopter un langage américain, d’avoir une bonne connaissance du marché, d’être très réactif, notamment dans la gestion des emails, de savoir comment faire des affaires à l’américaine, d’avoir la volonté d’investir du temps et de l’argent, de miser sur le long terme et d’entretenir des rapports plus directs et moins formels. ”Néanmoins, la créativité et le savoir-faire unique des entreprises françaises restent fortement sollicités. Tout autant que leur capacité d’innovation, toujours aussi appréciée. “Dès qu’il en est question, les Américains sont prêts à investir”, explique Yves Germani, du pôle Sciences et Biotechnologies de Ubi france New York. “C’est important, car, malgré la crise, les États-Unis représentent encore de 45 à 65 % du marché mondial selon les secteurs”, conclut-il.
 
À l’évidence, New York continue de faire rêver. Il suffit de regarder le nombre de films et séries sur fond de hauts buildings et de Central Park. De Never Sleeps à The Beaver en passant par Black Swan et Morning Glory, 345 émissions télévisées et 279 films ont été tournés à New York entre 2009 et 2010.L’industrie du filmet de la télévision y est en plein développement. Faut-il encore des preuves ?