Quand le low-cost fait alliance avec le Premium

Easyjet et Singapore Airlines, Emirates et FlyDubai, GOL et Air France ou encore Westjet et Cathay Pacific : voilà quelques exemples d'unions atypiques entre compagnies aériennes premium et low cost. Des mariages qui permettent d’offrir plus de destinations aux voyageurs d’affaires, parfois au détriment de leur confort…

Cathay Pacific
Cathay Pacific est la dernière compagnie en date à avoir rejoint l'offre Worldwide by easyJet, au mois de janvier

On les croyait aux antipodes. On s’aperçoit en fait que la cohabitation est possible, au point d’envisager même une coopération étroite. Les compagnies low-cost n’ont pas seulement révolutionné le transport aérien sur le trafic point à point. Elles s’immiscent désormais sur le terrain du long-courrier avec leurs propres vols, et au travers d’accords de partenariat avec des transporteurs traditionnels ou premium.

Depuis quelques années, on voit en effet éclore des accords de coopération entre low-cost et compagnies premium pour le transfert des passagers long-courrier vers des lignes court courrier exploitées par les transporteurs à bas coûts. Championne en la matière, la compagnie easyJet – qui, depuis longtemps, ne fait pas mystère de ses ambitions sur le marché du voyage d’affaires – a lancé en septembre 2017 « Worldwide by easyJet ». La compagnie s’est associée à la low-cost canadienne Westjet et à Icelandair pour connecter ses lignes européennes aux vols des deux transporteurs au départ de Londres Gatwick.

intégrer d’autres compagnies aériennes à Worldwide by easyJet en 2019 et étendre nos activités à d’autres aéroports clés

Un an après, easyJet indiquait dans un rapport financier qu’elle travaillait en partenariat avec 10 compagnies aériennes, incluant Emirates, Singapore Airlines et Virgin Atlantic, mais aussi Corsair, NEOS, Norwegian ou La Compagnie. Et l’annonce de l’intégration de Cathay à la plateforme vient de tomber le 22 janvier. « Nous sommes très heureux d’accueillir Cathay Pacific et sommes certains qu’ils seront très appréciés par nos clients à la recherche d’un moyen simple et intégré de relier l’Extrême-Orient et au-delà depuis l’Europe », témoigne Johan Lundgren, Pdg d’easyJet, qui prévient : « Nous prévoyons d’intégrer d’autres compagnies aériennes à Worldwide by easyJet en 2019 et d’étendre nos activités à d’autres aéroports clés pour easyJet en Europe ». Pour l’heure, onze aéroports permettent des correspondances mais seuls les aéroports de Londres Gatwick, Berlin Tegel, Milan Malpensa et Venise permettent d’avoir un accès libre à tous les vols d’easyJet. Il existe cependant des opportunités de correspondances limitées sur les autres plateformes, comme à Paris Orly pour des vols en partenariat avec Corsair ou La Compagnie.

L’avantage du système est de permettre une réservation en une seule fois sur le site d’easyJet. La compagnie garantit les transferts, permettant ainsi, en cas de correspondance ratée, de prendre le vol suivant sans frais supplémentaire. Des services de coupe-file et de transfert de bagages sont disponibles dans certains aéroports. Selon le rapport d’easyJet sur les neuf premiers mois de l’année 2018, le nombre de correspondances ratées était très faible : moins de 0,5%.

Selon Easyjet, Chicago est la destination en correspondance la plus populaire sur Worldwide by easyjet, la compagnie low-cost indiquant que plus de 5000 trajets en correspondance ont déjà été réservés depuis le lancement de ce service.

Mais easyJet n’est pas la seule compagnie à travailler sur un tel schéma. Mieux encore que son homologue européen, la low-cost canadienne Westjet a signé des accords de partage de code avec 17 transporteurs aériens, tous dans la catégorie « Premium ». On trouve aussi bien Air France que Hainan Airlines, Japan Airlines et Korean Air que Latam et Delta Air Lines. Le dernier partenaire en date est l’Australien Qantas.

Le transporteur canadien a également des accords interlignes avec 25 autres compagnies traditionnelles permettant aux passagers d’enregistrer leurs bagages de bout en bout et de recevoir en une seule fois l’ensemble de leurs cartes d’embarquement. L’atout de Westjet est de s’orienter de plus en plus sur un modèle de compagnie hybride avec une offre sur les long-courriers similaires à celles de compagnies traditionnelles. Le tout nouveau Boeing 787-9 Dreamliner, dont la compagnie vient de prendre livraison, propose ainsi trois classes de service dont une Premium Economy et une classe Affaires. L’appareil se lancera d’ailleurs à partir d’avril sur la ligne Calgary-Londres Gatwick ainsi que Calgary-Paris.

Autre modèle de synergie réussie entre low-cost et compagnie traditionnelle, le tandem Emirates/Flydubai permet de bétonner la part du pavillon des compagnies dubaïotes au départ de l’Emirat. Lancé en octobre 2017, ce partenariat a de fait profité aux deux compagnies qui coordonnent désormais leurs dessertes et leurs horaires. Selon Emirates, en 2018, les deux compagnies ont transporté sur des vols en code share près de 3,3 millions de passagers sur 84 destinations combinant aussi bien des destinations affaires comme Bucarest que loisirs comme Zanzibar. Le partenariat a permis à Emirates d’apposer son code sur 67 destinations de Flydubai tandis que cette dernière apparaît sur 115 destinations d’Emirates.

Selon Sheikh Ahmed bin Saeed Al Maktoum, Chairman and Chief Executive of Emirates Group et Chairman de flydubai, l’accord a permis de rationaliser l’offre des deux transporteurs, en évitant les doublons dans les horaires et en permettant aux passagers un enregistrement de bout en bout sans rupture de charge. Cette année, le code share s’étendra à Budapest et Naples. Une partie des vols de FlyDubai décolle désormais du Terminal 3 d’Emirates à Dubaï.

Par ailleurs, il faut aussi noter l’excellent partenariat unissant le Brésilien GOL et Air France/KLM qui cette année célébrera son dixième anniversaire. Né comme pur transporteur low cost, GOL est, suite à la disparition de Varig, devenue la plus grande compagnie du Brésil. Le partenariat entre les deux entités a ainsi conduit au lancement de vols sur Fortaleza, positionné comme un hub sur le Brésil avec des vols vers une cinquantaine de destinations en correspondance à l’arrivée du vol Air France. GOL entretient d’ailleurs des accords de partenariats avec Delta Airlines, Aeromexico et Aerolineas Argentinas, entre autres…

correspondances mises à part, est-ce que le passager affaires s’y retrouve dans cette offre hybride ?

L’avantage de partenariat avec une low-cost réside surtout dans la possibilité de se poser dans des destinations que seules les low-cost desservent désormais, les grands transporteurs se concentrant sur leurs hubs et sur les lignes profitables. Finalement, correspondances mises à part, est-ce que le passager affaires s’y retrouve dans cette offre hybride ?

Certes, les voyageurs long-courrier feront peut-être grise mine en se retrouvant dans une cabine au confort plus rudimentaire, typique du low-cost. Les compagnies concernées argueront que le passager est de fait au courant de son transfert d’une compagnie premium à un low-cost. Il n’empêche que pour un voyageur d’affaires volant en business sur un long courrier, la différence de traitement peut être importante. Sauf sur Westjet qui dispose d’une classe affaires en long-courrier, et GOL qui propose à ses passagers en Premium Economy un siège offrant plus d’espace pour les jambes ainsi que l’accès à un salon sur ses principaux aéroports. Aux chargés de voyages de bien préciser à leur client quelle compagnie sera utilisée sur une correspondance, afin d’éviter toute déconvenue.