Mama Shelter : un nouvel abri design et chaleureux à Lyon

“Nulle métropole ne peut se vanter d'être tendance si elle n'a de Mama Shelter”. Cette inscription pourrait s'inscrire au fronton des villes de France comme d'ailleurs. Et Lyon, après Paris, Marseille et Istanbul – depuis quelques semaines – , mais avant Bordeaux et Los Angeles, peut désormais se targuer de faire partie de cette académie très contemporaine cimentée par une philosophie : créer du lien social autour d'un hébergement design à prix serré, le tout sublimé par le talent de Philippe Starck et l'énergie de la famille Trigano.
Mama Shelter Lyon
Photo Francis Amiand

Abrité derrière une façade de briques noires qui n’est pas sans rappeler Brooklyn – le terrain de basket du square juste en face force même, sans le savoir, le trait de ressemblance – , le nouveau Mama Shelter de Lyon, diffuse depuis le 20 mars l’esprit d’une marque qui a déjà conquis le tout Paris et fait les belles pages des magazines de décoration avec son bric à brac de canapés Ikea customisés, de chaises bon marché, de meubles chinés, parsemé cà et là de quelques pièces rares.

À deux pas de la rue de l’Université et de la place Jean-Macé, à dix minutes des gares de Perrache et de La Part Dieu en transport en commun, l’établissement lyonnais a gardé tous les éléments qui ont fait la réussite du concept. Ses 156 chambres, dont quatre suites avec terrasse, jouent sur l’épure et le béton brut, mais aussi le confort avec une literie haut de gamme et draps en percale, une grande cabine de douche, un minibar, un iMac multimedia…
Mais l’essentiel se passe en bas, dans un immense lieu de vie au milieu duquel s’étend un bar sans fin, vraie marque de fabrique de Philippe Starck. En face, derrière les fourneaux de la cuisine ouverte, l’équipe travaille à reproduire une carte signée Alain Senderens, association de plats d’enfance revisités – cocotte de coquillette, jambon, oeuf mollet –, de recettes plus élaborées – cabillaud torréfié aux épices – et, Lyon oblige, les traditionnelles quenelles. Comme à Paris, Marseille ou Istanbul, le plafond, graffé à main levée par le calligraphe Tarek Benaoum, renforce l’énergie du lieu.
C’est là que les voyageurs d’affaires pourront cotoyer la vie locale, écouter de la musique live en soirée, s’asseoir à l’une des tables d’hôte et deviser avec leurs voisins. Avant, pourquoi pas, d’entamer ensemble une partie de baby-foot. “Le client veut d’abord bien dormir et nous lui donnons tout ce qu’il faut pour cela. Néanmoins, les chambres étant relativement petites, et sans room service, tout est fait pour qu’il ne reste pas seul dans sa chambre”, explique Serge Trigano, revenu dans la course hôtelière après les années Club Med, en compagnie de ses fils, Benjamin et Jérémie, actuel directeur général du groupe.
L’atmosphère ainsi créée plait au plus grand nombre. Car l’établissement de Lyon compte bien reproduire le succès du showroom parisien qui attire une clientèle hétéroclite de tous âges, voyageurs d’affaires ou touristes urbains, et affiche une fréquentation supérieure à 80%. Son restaurant, lui non plus, ne désemplit pas avec 400 couverts servis par jour. Pourtant, l’hôtel n’est pas des plus centraux, situé rue de Bagnolet au bout du bout du XXe arrondissement. Le prix des chambres, à partir de 79 euros en semaine, n’est pas pour rien dans cette réussite. “Nous voulions rendre l’expérience abordable au plus grand nombre, créer quelque chose entre les palaces inacessibles et les hôtels de chaîne sans saveur”, explique Serge Trigano.
Côté séminaires, les entreprises aussi se sont prises au jeu. “À Paris, notre salle de 40 personnes attire des entreprises du très chic VIIIe arrondissement, venues se dévergonder dans le populaire XXe”, s’amuse Serge Trigano. Dans ce grand carrefour business qu’est Lyon, le Mama Shelter compte là aussi sur la clientèle MICE et propose dans un premier temps trois salles, trois “ateliers”. Deux autres viendront s’ajouter lorsque seront achevés les travaux de la “villa Mama”, un bâtiment en cours de transformation juste en face de l’hôtel. Le plus grand de ces ateliers peut contenir 80 personnes, mais surtout, il est relié à la “bibliothèque”, espace ludique et convivial avec canapés baby-foot et jeu de fléchettes. “Les entreprises ont besoin de se projeter dans le futur, de faire évoluer la stratégie. Nous, on pose le décor qui favorisera l’inventivité”, explique Serge Trigano.

Presque un cas d’école pour hôtelier en mal d’inspiration, l’épopée “Mama Shelter” n’aurait pu jamais voir le jour. Elle doit beaucoup à l’opiniatreté de Serge Trigano et de ses partenaires Philippe Starcj et Cyril Aouizerate, qui ont vu les portes de nombreuses banques se fermer avant de mener à bien l’œuvre originelle. Une frilosité qui s’explique par un concept qui cassait de nombreux codes établis. La localisation fait tout, comme le définissait Conrad Hilton ? Le premier Mama Shelter est dans un quartier populaire, loin de La Défense ou de Notre-Dame. La restauration ne rapporte rien à un hôtel ? C’est elle qui génère la moitié du chiffre d’affaires à Paris. “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”: la phrase de Mark Twain illustre la réussite d’un groupe qui fait référence et attend de nouveaux établissements, à Bordeaux au début de l’automne 2013 et à Los Angeles en 2014. Avant d’apposer son empreinte design à Bruxelles, Berlin ou Rome ?