Marseille : Des idées plein les bassins

Le premier port de France, qui est aussi le troisième port pétrolier mondial, joue désormais la carte de la diversité et poursuit le développement de ses infrastructures, anticipant l’avenir avec confiance. Malgré les vents de crise.

Le plus vieux port de France a ses particularités, sa personnalité. Dès la fin du XIXe siècle, alors qu’il travaille à plein, son expansion naturelle est vite contrainte par le paysage urbain. La solution à cette saturation précoce n’arrive que bien plus tard, dans les années 60.C’est alors qu’on décide de tirer profit d’un autre bassin, celui de Fos, à 70 kilomètres à l’ouest de Marseille. Proclamé “projet d’intérêt national”, le deuxième site se développe autour du golfe de Fos en tant que port industriel et devient rapidement le port pétrolier national.

Aujourd’hui, les terrains gérés pour le compte de l’État représentent 10000 hectares, soit environ la superficie de Paris, contre 500 hectares pour la ville même de Marseille. Certes, une grande partie reste zone protégée de la pré-Camargue, mais les possibilités d’extension sont importantes, et dans l’ensemble déjà plutôt bien exploitées. En témoigne le nombre d’emplois liés à l’activité portuaire, qui s’élève aujourd’hui à 41300, répartis sur 2741 établissements et représentant, en tout, 8 % du salariat privé de tout le département. Alors, et malgré les houles économiques et quelquefois sociales, le Grand Port maritime continue sa conquête de l’espace. Premier port de Méditerranée, Marseille Fos est aussi le quatrième port européen et le troisième port pétrolier mondial, après Rotterdam et un regroupement d’entités texanes. “L’atout de Marseille en matière de pétrole, c’est d’abord la présence des quatre raffineries locales situées autour de l’étang de Berre et de celles reliées par pipeline à Strasbourg et Lyon, ainsi que vers l’Allemagne et la Suisse”, explique Claire Battédou, porte-parole du Grand Port maritime. Le record, c’est que Marseille Fos répond à 40 % des besoins en pétrole brut au niveau national et à 20 % pour l’Allemagne.

Toujours est-il qu’en termes de tonnage, même si le pétrole constitue la principale activité, le port s’accroche fièrement et fermement à son statut de généraliste. “Avec le temps, les demandes en pétrole risquent de baisser, et tout tend à prouver que la diversification, le développement d’un ’hub’ pour le Bassin méditerranéen et l’Afrique, les sites logistiques de distribution européens à forte valeur ajoutée, comme Ikea, par exemple, les nouveaux clusters industriels et d’échanges de conteneurs restent la meilleure arme pour préparer l’avenir”, poursuit Claire Battédou. Aussi, le gaz naturel liquéfié (GNL), les marchandises diverses (voitures, acier, cellulose, fruits, viande…), les vracs solides et liquides (céréales, charbon, ciment, minerais, huiles alimentaires…) sont-ils eux aussi les atouts du moment.

Le nouveau terminal 2XL, actuellement en phase d’achèvement, sera dédié aux conteneurs. Comme le seront également les futurs terminaux 3XL et 4XL, prévus pour 2018.Tout cela permettra de mettre l’accent sur le transport de marchandises unifié en provenance de Chine, d’Inde, du Brésil, des États-Unis, de Turquie, mais aussi sur les exportations européennes. L’atout : un support logistique et un entreposage, ainsi que 350 hectares de centres de distribution. Par ailleurs, la stratégie de diversification concerne aussi le GNL, puisque GDF et Total viennent de construire un nouveau terminal à Fos, investissement de plus de 300 millions d’euros, actuellement en phase de test. D’autres, comme Shell et Vopak, prévoient déjà d’en faire autant. “Les conteneurs et marchandises diverses constituent une part importante des activités du port de Marseille”, explique Dirk Becquart, le tout nouveau directeur du développement, en fonction depuis mars 2010. Certes, le pétrole représente encore 60 millions de tonnes par an, contre 35 millions pour les marchandises diverses, mais ce chiffre est en évolution. D’autant que le port développe ses axes fluviaux et ferroviaires. Déjà, Marseille assure 60 % des échanges maritimes de la région de Lyon par l’axe fluvial Rhône-Saône. “L’idée, c’est d’aller le plus loin possible avec le plus de marchandises possible”, affirme Dirk Becquart.

Connexions fluviales

Aussi, les collaborations jouent-elles à plein. Depuis plus de dix ans avec le port intérieur de Lyon, et plus récemment avec ceux de Dijon, Arles, Mâcon, Avignon, Valence…. “Marseille Fos s’est lancé dans le transport fluvial de conteneurs il y a une dizaine d’années avec, à l’origine, un échange de 12 000 conteneurs par an”, reprend le directeur du développement. Aujourd’hui, ce sont 60000 containers qui circulent sur le fleuve avec l’objectif de doubler la part du fluvial (passer de 5 % à 10 % du trafic) ainsi que celle du ferroviaire (passer de 14 % à 30 %) en 2013. En somme, la future compétitivité de Marseille se base sur le développement d’un pôle logistique constitué de zones d’entrepôts, de nouveaux terminaux et de réseaux fluviaux.

Cible d’avenir : Les croisiéristes

Le Grand Port maritime de Marseille, c’est aussi le symbole d’une métropole en constante évolution. “Une interface harmonieuse entre la ville et le port est vraiment un objectif de taille”, souligne Dirk Becquart. Un exemple, le Silo d’Arenc, cet ancien “grenier” qui sera géré en partie par la Ville mais restera propriété des autorités portuaires. Projet phare de la candidature de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture 2013, le Silo deviendra bientôt une salle de spectacles de 2000 sièges.

Pour le moment, elle est aussi et encore une source d’inspiration, un tremplin vers d’autres projets. Comme celui du centre commercial de luxe, les Terrasses du Port, qui se profile à l’horizon 2015, et qui commencera bientôt à pousser au-dessus des zones portuaires, à proximité du terminal de croisières et du ferry pour la Corse et le Maghreb. “C’est le haut de gamme qui a été choisi pour ce centre commercial, notamment par l’investisseur Hammerson, car la clientèle cible, ce sont les croisiéristes de plus en plus nombreux, même si le centre sera bien sûr ouvert à tous”, continue Dirk Becquart. Alors qu’en 1992, ils n’étaient que 9000, aujourd’hui, ce sont 700 000 croisiéristes qui chaque année passent par la case marseillaise. D’ailleurs, la cité phocéenne est peut-être déjà en train de voler la vedette à Nice, longtemps resté le premier port de croisières en France.

Face à une telle affluence de bâtiments de luxe, en 2003, Marseille s’est offert un terminal dédié qui contribue désormais pleinement à son essor. Car en moyenne, un croisiériste “tête de ligne” (c’est-à-dire qui débute sa croisière) dépense 200 euros dans la ville de départ. “Et encore, le marché français de la croisière n’en est qu’à ses débuts”, déclare le directeur du développement. Pour Marseille, ce marché représente actuellement 5,8 millions d’euros de retombées directes et indirectes annuelles. L’objectif : passer rapidement à un, voire deux millions de croisiéristes à l’année. Un plan ambitieux, mais certainement réalisable, auquel la ville, la chambre de commerce et le port travaillent activement, et surtout en symbiose. Un projet parmi tant d’autres. Comme celui d’un vaste centre de réparation navale pour les paquebots et les yachts. “La crise a certes retardé certains projets, mais elle n’a pas réussi à les couler”, conclut Dirk Becquart. Avec ou sans jeu de mots.