Martinique :Alizés et verts tropiques

Martinique, l’île du Rhum

Impossible d’y échapper, le rhum est partout. À commencer par l’apéritif servi dans l’avion… Il faut dire que le rhum de la Martinique est l’un des plus réputés du monde – il a obtenu une AOC –, qu’il y fait l’objet d’un véritable culte, d’une vraie culture et appartient, à l’évidence, au patrimoine créole. Avec, dans son histoire, des personnages hauts en couleurs, comme son “inventeur”, le père dominicain Jean-Baptiste Labat, et des distilleries historiques, avec des bouteilles millésimées à plus de 1000 euros…

On le consomme agricole, blanc, paille ou vieux mais aussi, un peu plus doux, en fin d’après-midi, devant un coucher de soleil rose en ti’punch ou en planteur. Avec modération, bien sûr.peu de légèreté au quotidien des hommes d’affaires de passage. Les groupes, pour leur part, profitent de la piscine ou de la petite plage qu’elle surplombe, et surtout des 800 m2 de salons, salles de conférences et de réunion parfaitement équipés dont l’hôtel dispose. Le soir, piano-bar sur fond de paquebots illuminés ou cocktail sur l’immense terrasse.

La Terre vue du ciel

Soudain le vide. Un gouffre de… mettons 300 mètres, plus peut-être, qui se creuse sous l’hélicoptère en un dixième de seconde. L’engin ne bronche pas, les passagers, si ! Déjà, lors du passage entre les pitons du Carbet, d’anciens volcans aujourd’hui couverts de végétation, lors donc de ce chaloupé entre deux vertigineuses parois en canyon, on n’en menait pas large dans la cabine. Mais là, l’effet prend carrément des tournures de fête foraine… Pourtant, au décollage, tout était soft. Élévation, départ en droite ligne, accélération… Dessous, plein de petites maisons, des champs de canne à sucre, de bananeraies policées et puis l’Atlantique… L’océan-lagon, tout en camaïeu, avec ses hauts fonds transparents dont le plus fameux, là où, en pleine mer, l’eau arrive à peine à la taille et que l’on a surnommé la “baignoire de Joséphine”. Et des îlets, et la barrière de corail, et la baie du Galion, et la presqu’île de la Caravelle, et la forêt tropicale, immense, moumoutante de tous ses verts, exempte de toute présence humaine.

Sans aucun doute, un survol, aussi court soit-il, de la Martinique, est non seulement une expérience à tenter, mais aussi l’une des meilleures façons d’appréhender une géographie quelque peu nébuleuse aux yeux du nouvel arrivé.

Grenadines-sur-paradis

Une pluie d’îles minuscules au sud de Sainte-Lucie, des bouquets de forêts luxuriantes jetés sur l’océan, des plages de sable blanc, des eaux turquoise et limpides, des villages lilliputiens et une population nonchalante, comme épargnée par les soucis de ce bas monde… En dehors de Saint- Vincent et de sa capitale Kingstown, l’archipel des Grenadines est composé de 600 petites îles et îlots dont moins d’une douzaine sont habitées. Parmi elles, la célèbre Moustique, lieu de villégiature des milliardaires.

La yole martiniquaise

La yole ? une embarcation traditionnelle d’une dizaine de mètres, dérivée de celles qu’utilisaient autrefois les Amérindiens. Un joli bateau à voile carrée transformé en engin de compétition lors du Tour de Martinique, qui a lieu tous les ans, au mois d’août. Un spectacle haut en couleur, aussi prisé que le carnaval. Les esquifs sont légers, et l’équipage formé de onze costauds car, à la moindre faute, la “yole ronde” a vite fait de verser. Les pêcheurs les utilisent encore ; mais dans ce cas, elles sont à coque plastique et armées d’un puissant moteur. Ils les privatisent volontiers pour des balades en mer.

Un îlet Robinson

Un îlet, c’est un confetti de terre, de roches ou de sable, qu’une main avisée aurait jeté sur la mer, si possible dans le lagon turquoise, protégé par la barrière de corail. Dessus : un bouquet de cocotiers, une végétation rase, parfois les deux. Autour, une alternance de rochers et de criques de sable blanc. Des îlots Robinson, en quelque sorte. De ceux qui font rêver sur les publicités affichées l’hiver dans les villes de la métropole. L’îlet Oscar est comme ça, avec, la nuit, en toile de fond et lors d’une barbecue-partie, les lumières du cap Le François.

Fort-de-France : Autour de la Savane

L’idéal, ce serait d’arriver à Fort-de-France par la mer, entrer dans sa baie, magnifique, et découvrir la ville se découpant sur fond de montagnes verdoyantes. Hélas, on y arrive le plus souvent par la route, abordant du même coup et en guise d’introduction, une banlieue faite de HLM et d’embouteillages monstrueux. C’est bien dommage car le centre historique de la capitale, très compact au demeurant, ne manque pas d’un certain charme. On le visite facilement, en une matinée, en commençant très tôt par le marché couvert, tropical s’il en est, avec ses étals de fruits à profusion, ses produits artisanaux, ses décoctions magiques destinées à retrouver toutes les ardeurs, ses bruits, ses odeurs et ses couleurs…

Et puis on baguenaude dans les rues adjacentes, tracées en damier, animées, encombrées, où les magasins et les échoppes en tout genre jouent du coude à coude. Des madras bariolés, des bijouteries, quelques jolies maisons de bois, le marché aux poissons… Et aussi la cathédrale Saint- Louis et sa structure métallique, la place de la Savane, cinq hectares de verdure au cœur de la ville actuellement en complète rénovation, et la fameuse bibliothèque Schœlcher, ancien pavillon à structure métallique transportée pièce par pièce de l’Exposition universelle de 1887, à Paris.

L’enfer vert est un paradis

Il pleut. À torrent. Il tombe des gouttes grosses comme ça, chaudes, sensuelles, et qui frappent à grands bruits mats la jungle tropicale. Et puis l’averse cesse aussi soudainement qu’elle est venue, laissant la place à des rais de soleil qui soulèvent des brumes de chaleur et accrochent de leur lumière le verni des fougères arborescentes. L’air se charge d’odeurs de mousse et d’humus, les oiseaux revivent les tropiques.

Les montagnes du nord de la Martinique sont sauvages, humides, magnifiquement couvertes de végétation, percées de “traces” historiques, ces fameux sentiers de montagne, sillonnées par de petites routes en lacets, traversées, du côté de Rivière Blanche, de rivières que l’on franchit à gué, l’eau montant jusqu’à mi-roues des 4×4…

Pus haut, plus au nord, des cascades dont le fameux Saut Gendarme, avec à ses pieds un trou d’eau où s’égaient des enfants ; plus loin, c’est un village, perdu, minuscule, avec son bistrot et son église joliment perchée sur la colline, une église toutes portes et fenêtres ouvertes d’où s’échappent les voix angéliques de jeunes filles en répétition pour le prochain dimanche. Un enchantement.

Saint-Pierre : Atmosphère, atmosphère

C’est puissant, Saint-Pierre. Avec des images d’apocalypse qui s’accrochent à des pans de murs déchirés, de noirs souvenirs ruisselant dans des caniveaux d’origine coulant à ciel ouvert, des jeux de lumière qui flottent sur des ruelles pavées dégringolant jusqu’à la mer. C’est toute une atmosphère, Saint-Pierre, palpable, tangible…

C’est que l’éruption de la montagne Pelée, au matin du 8 mai 1902, a tué dans l’ancienne capitale de la Martinique. Et beaucoup. En quelques secondes, sa nuée ardente l’a même complètement rasée de la carte et réduit en cendres ses 28000 habitants. Sauf deux… Dont le fameux Cyparis, protégé par les épais murs d’une geôle où on l’avait enfermé pour cause de bamboche carabinée. C’est qu’à l’époque, Saint-Pierre était la ville la plus drôle, la plus légère de toutes les Antilles ; un petit Paris, disait-on. Et belle avec ça. Faite d’une architecture coloniale dont on peut, aujourd’hui, admirer la facture grâce à la reconstruction à l’identique, place Bertin, de l’ancienne maison de la Bourse. Aujourd’hui donc, Saint-Pierre est une ravissante bourgade alanguie au bord de sa plage de sable noir, une “ville d’art et d’histoire” depuis 1990, où l’on passe des restes de l’ancien théâtre aux ruines de la prison, des murs des vieux docks à ceux de l’église du Fort… Son front de mer héberge l’un des marchés les plus vivants et les plus authentiques de la Martinique.

Depaz : Maison de maître et distillerie

C’est l’histoire d’une rhumerie installée aux confins de Saint- Pierre, c’est l’histoire d’une jeune homme étudiant à Bordeaux au début du siècle, c’est l’histoire de ce fils, seul rescapé de l’éruption de la montagne Pelée ; et c’est aussi l’histoire d’un bâtisseur qui a reconstruit la maison de famille et la rhumerie qui va avec.

La distillerie Depaz est l’une des plus célèbres de Martinique, autant par la qualité de ses produits que par ses innovations écologiques. On visite, bien sûr. On découvre le petit musée, on déjeune au restaurant privatisable à l’occasion, on déguste un petit verre de rhum agricole et l’on pense aux cadeaux de retour dans une boutique particulièrement bien achalandée.