Moscow City : à qui la tour ?

« Àpartir de 10000 dollars le mètre carré, et c’est vraiment un prix plancher. » Porte-parole de City JSC, l’organisme en charge de la coordination du grand chantier, Natalya Orekhova annonce clairement la couleur : les chercheurs d’aubaine immobilière ne seront pas vraiment servis à Moscow City, le nouveau quartier d’affaires qui se construit dans le district de Presnensky, à quatre kilomètres au nord-ouest du Kremlin.

Un chantier d’envergure – 12 milliards de dollars d’investissement – que l’on compare déjà à La Défense ou aux Docklands rénovés de Londres. Un projet dont avait bien besoin la ville de Moscou, “ville aux 60 000 millionnaires” selon la rumeur, “ville la plus chère du monde” selon le cabinet de conseil Mercer et cœur financier d’un pays en plein boom où la croissance annuelle moyenne frise les 7 % depuis 2003, mais où le parc de bureaux reste très nettement inférieur à celui que l’on peut trouver à Londres, Paris et même Berlin.

Annoncé dès 1992, longtemps retardé suite à la crise de 1998, le chantier Moscow City est enfin pleinement lancé et l’on peut déjà admirer ses premières réalisations, entre le pont Bagration, la Tower 2000 et le complexe de la Naberezhnaya Tower. Les entreprises, un temps circonspectes, commencent à suivre : “Quand le gouvernement de Moscou a décidé en 2002 d’installer ici ses futurs bâtiments administratifs, cela a crédibilisé le projet et stimulé les entreprises à s’intéresser à Moscow City. Aujourd’hui, dans les 160000 mètres carrés de bureaux déjà disponibles, on trouve des entreprises comme IBM ou Gazprom”, témoigne Natalya Orekhova. Et les ouvriers ne sont pas au bout de leurs peines : à terme, ce sont deux millions de mètres carrés de bureaux classe A, répartis sur une vingtaine de sites, qui devraient sortir de terre, accompagnés par une capacité de parking de 30000 voitures.

Une ville dans la ville

Mais si Moscow City restera d’abord un quartier d’affaires, il ne se résumera pas à un empilement de bureaux puisqu’on y trouvera également un grand Aquapark, une salle de concert et, bien entendu, tout ce qu’il faudra de commerces, de restaurants et d’hôtels de standing. Une véritable ville dans la ville pour laquelle, entre la construction de nouvelles lignes de métro, d’une bretelle vers le troisième périphérique et la création d’un train rapide depuis les aéroports de Vnoukovo et Sheremetievo, tout a été fait pour faciliter l’accès, qui reste un problème crucial dans une ville où les embouteillages continuent de miner la vie des voyageurs d’affaires.

Les lecteurs de magazine du monde entier vont devoir s’habituer à la silhouette des quelques réalisations phares de ce vaste chantier où l’on n’a pas lésiné sur l’attrait des lignes et des courbes. En parcourant les maquettes, on peut déjà anticiper les réalisations les plus importantes. Ainsi, la City of Capitals et ses deux tours de 275 et 235 mètres qui symboliseront les villes de Moscou et Saint-Pétersbourg. Ainsi encore, le complexe Fédération, dominé par une tour de 350 mètres qui, outre une plate-forme d’observation située au 89e étage, devrait accueillir à son sommet un nouvel hôtel Hyatt qui promet d’être spectaculaire. Ainsi enfin, la tour vrillée du “palais des Mariages” qui, comme son nom l’indique, devrait notamment accueillir tout ce qui se fait en matière de propositions commerciales pour organiser, habiller, restaurer et fleurir une cérémonie nuptiale.

Grands promoteurs au rendez-vous

Mais la star annoncée de Moscow City reste évidemment la Russia Tower, conçue par Norman Foster and Partners, et dont la hauteur a finalement été relevée à 612 mètres, soit 500000 mètres carrés de surface disponible où s’empileront les bureaux, les appartements de luxe, les chambres d’hôtel, les commerces, les restaurants ainsi que des espaces de conférences qui devraient rapidement compter parmi les plus recherchés de la capitale.

De ce chantier où, entre le turc Enka et l’autrichien Strabag, les grands promoteurs de l’Europe entière semblent s’être donné rendez-vous – même si les groupes russes restent quand même majoritaires –, le terme final, longtemps très indécis, reste encore un peu flou. Selon Natalya Orekhova, “tout doit être fini pour 2010, sauf pour la Russia Tower, prévue pour 2012”. Avis – très avancé – aux amateurs de vertige.