Moscow City : La Russie au futur

« City est l’organisme qui, à l’image de l’Epad à la Défense, gère le fonctionnement du nouveau business district et de ses activités économiques », annonce son très jeune vice-président, Dmitri Grandkin. Le but : faire de ce site encore en construction un quartier d’affaires de haut vol d’ici trois à cinq ans. Créé en 1992 pour attirer les investisseurs vers Moscou, City réalise vite qu’il lui faudra être un projet d’envergure. “Il était impossible d ’envisager une implantation dans le centre historique de Moscou, explique Dmitri Grandkin, car non seulement il manquait de bureaux de classe A, mais on voulait développer un lieu où tout soit accessible en clusters1, sans avoir à parcourir la moitié de la ville pour rencontrer ses interlocuteurs.” Un point crucial à Moscou, où rien n’est à échelle humaine, à commencer par le métro surdimensionné… et à poursuivre par le cauchemar des taxis sans compteur.

Le lieu, situé à 4 kilomètres à l’ouest de la place Rouge, le long de la Moskva, s’est vite imposé : 60 hectares d’anciennes carrières de pierre, d’usines désaffectées et de friches industrielles qui ne demandaient qu’à être reconvertis. “C’était vraiment le seul espace qui restait à Moscou pour accueillir un projet d’une telle dimension”, continue le viceprésident. Aujourd’hui, des entreprises comme IBM, General Electric, Renaissance Capital, Citigroup, Hyundai, General Motors accourent au fur et à mesure que les bureaux ouvrent. C’est que le prestige de ce futur quartier d’affaires tient aussi à une décision politique d’importance : l’hôtel de ville et la Douma y auront bientôt leurs quatre tours de 300 mètres. Ce qui, accessoirement, permettra aux centaines de petites administrations éparpillées à travers la capitale d’être enfin centralisées.

Mais les projets sont longs à voir le jour, très longs. “Il a d’abord fallu reconsidérer toutes les infrastructures des environs”, affirme Dmitri Grandkin. En tout, 10 milliards de dollars qui auront servi, entre autres, à ouvrir deux nouvelles stations de métro, Delovoy Tcentr et Mezhdunarodnaya. Sans compter les 10 autres milliards consacrés à la construction. Puis est venue la crise. Certains projets ont été abandonnés, la plupart simplement retardés. On a longtemps parlé d’une tour Norman Foster… on en parle un peu moins. “Aujourd’hui, 18 % du site sont opérationnels, mais on vise les 39 % pour la fin 2010”, assure le vice-président. À terme, 4,5 millions de m2 d’espace (dont 2,5 millions de bureaux) devraient accueillir 300000 employés et quelques milliers d’habitants.

Mouvance verte et service haut de gamme

Du résidentiel donc, mais également des écoles, comme celle de Skolkovo, une business school, célèbre en Russie, qui s’intéresse de très près à Moscow City, et un vaste centre commercial de 200000 m2 prévu pour la fin de l’année. Cette volonté d’optimiser les possibles (travail, shopping, détente, logements, administrations, parcs, etc.) et de limiter l’utilisation des véhicules s’inscrit parfaitement dans la mouvance verte actuelle.Tout comme la présence d’une sérieuse infrastructure hôtelière. En 2012, un Sofitel et un Novotel devraient voir le jour. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le premier groupe hôtelier à avoir misé sur Moscow City n’est pas français. Il est américain. “Moscow City sera le nouveau visage de Moscou, explique Jaco Leroux, manager du Grand Hyatt Moscow Residences & Spa, ce sera le Canary Wharf de Russie, mais en version très très haut de gamme. Alors, malgré les aléas économiques, les projets du Hyatt ont été maintenus, bien qu’un peu chamboulés. “Le boutique-hôtel initial s’est transformé en 18 appartements de grand standing, avec services hôteliers aux 49e et 50e étages de la tour ouest de 62 étages”, explique Jaco Leroux. Une reconversion réussie puisque depuis leur ouverture il y a un an, ces résidences affichent complet. “Nous pensions attirer une clientèle d’expatriés, mais ce sont des Russes fortunés qui sont les plus avides de ces produits haut de gamme.”

Cette toute première résidence opérée par une chaîne hôtelière internationale cinq étoiles a initié une demande bien réelle et surtout très spécifique. Exemples de ce qui fait son succès : les portes dérobées dans le lobby qui dissimulent des salles d’attente pour gardes du corps et chauffeurs privés… ou encore, dans les appartements, les systèmes de domotique très sophistiqués ainsi que l’opulence de produits d’accueil signés Chopard. Alors, les espoirs d’ouverture d’un hôtel de 368 chambres dans la tour est reprennent peu à peu. “C’est une simple question de temps”, précise Jaco Leroux en ajoutant qu’avec ses 93 étages, il s’agira du plus haut hôtel d’Europe. Au 92e étage sont déjà prévus des salles de réunion et un restaurant, au 93e un night-club et un bar. Les deux tours devraient être reliées par une passerelle par laquelle on pourra accéder, dans la tour ouest, au sublime spa des 60e et 61e étages, qui devrait ouvrir avant la fin 2010. En même temps qu’un restaurant franco-japonais de 700 m2 au 62e étage avec une vue à 360 degrés sur tout Moscou.

La prochaine “place to be” moscovite

Et des promesses au-delà de la gastronomie : une véritable forêt de bouleaux, le portrait stylisé d’Ivan le Terrible de taille surhumaine, des lustres version Russie orientale, un lounge dédié à Pierre le Grand, une bibliothèque avec cheminée, un salon privé surplombant la piscine.

En somme, un lieu qui sera la prochaine “place to be” moscovite. “Nos deux Federation Towers seront les icônes de Moscow City”, conclut Jaco Leroux. Des icônes d’une valeur de 1,2 milliard de dollars. On dirait que la Russie business version XXIe siècle n’a plus rien à envier à celle des tsars.