New York, New technology

Depuis la crise de 2008, la haute technologie a tracé son chemin au coeur de la ville-monde, qui vole ainsi la vedette à Silicon Valley.

NEW YORK, NEW TECHNOLOGY

Pas un New-Yorkais qui, au détour de la conversation, ne prononce ces mots. Et pour cause. Le phénomène est devenu plus qu’une tendance, c’est de fait un mode de vie. Les publicités pour de nouvelles “apps” pour smartphone, que chacun trouvera bientôt indispensables, envahissent les couloirs du métro. C’est peut-être ça, la clé du boom de Silicon Alley : à New York, on consomme autant qu’on invente. On veut des solutions pratiques à chacun de ses problèmes professionnels ou personnels.

Dans une récente étude, le Center for Urban Future, un think tank pour la stimulation de l’économie newyorkaise, a révélé qu’en cinq ans, le nombre de start-ups avait augmenté de 30 % dans la ville. Pendant ce temps, les chiffres déclinaient sur le reste du territoire américain. “New York est devenue la seconde place pour les high tech après la Silicon Valley”, explique Christian Gonzalez-Rivera, attaché de recherche au Center for Urban Future. Alors que les universités technologiques étaient traditionnellement localisées sur la côte Ouest ou bien à Boston et son célèbre MIT, New York relève le défi en construisant un vaste campus sur Roosevelt Island. “À New York, plus de la moitié des investissements de capitaux vont à la technologie”, continue Christian Gonzalez-Rivera. Le “Tech Triangle”, ce triangle d’or de la technologie qui, depuis Manhattan, enjambe l’East River jusqu’au Queens et à Brooklyn, a commencé à se développer au milieu des années 90 dans le quartier du Flatiron, autour de la 5e avenue et de la 23e rue, dans les anciens ateliers de couture du Garnment District. “C’était aussi le quartier de l’édition et de la publicité. Comme ces secteurs ont eu besoin d’Internet pour se développer, cela a stimulé les start-ups”, analyse le chercheur. Les jeunes entreprises en quête d’espaces à bas prix ont peu à peu gagné du terrain. “Lorsque le quartier a commencé à reprendre de la valeur, les entreprises sont allées plus loin, à Long Island dans le Queens, où on trouve encore d’anciens entrepôts pas très chers, et à Brooklyn”, raconte Christian Gonzalez-Rivera.

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L’attrait des New-Yorkais pour la nouveauté,
un terreau fertile pour les technologies du futur.

Parmi les start-ups de Flatiron, on notera Cellfsh, fondée en 2004 à Paris et qui est devenue un leader en matière de contenu mobile en France avant de partir à la conquête de l’Amérique. “En 2006, quand nous nous sommes installés, il n’y avait pas encore de smartphones (NDLR : le premier iPhone est sorti en 2007), et la France était plus avancée que les États-Unis en matière de téléphonie mobile, se souvient Julien Mitelberg, son cofondateur. Aujourd’hui, Cellfsh se concentre sur la musique, le produit le plus consommé sur mobile. “Nous avons racheté Bandsintown, une app’ qui informe sur les tournées des artistes et en fait découvrir de nouveaux”, poursuit-il. Résultat : 10 millions d’utilisateurs à travers le monde. Un succès avéré. Tout comme celui de “NY Tech Meet Up”, le premier organisateur de soirées sur le thème de la technologie. “Les premiers événements ont attiré trois personnes”, confie Andrew Rasiej, son président. “NY Tech Meet Up” compte désormais près de 40 000 membres. “New York tire profit du fait d’être un monde en miniature, capable d’appliquer les inventions d’Internet à des domaines aussi divers que la finance, la musique, la publicité, les médias, l’éducation, le droit ou la mode”, continue Andrew Rasiej.

Si la Californie continue à produire la nouveauté, c’est New York qui invente la plupart des applications. La raison : la diversité de cette ville où les programmeurs sont des hommes et des femmes, blancs ou latinos, asiatiques ou noirs, culturellement tous différents. “Silicon Valley a créé le pont entre le XXe et le XXIe siècle. New York invente les véhicules qui le traversent”, conclut Andrew Rasiej.