Nice : Sophia Antipolis, La quarantaine pleine de projets

La plus célèbre des technopoles de France a fêté ses quarante ans en 2009. Elle s’engage dans la voie de l’écologie, du tourisme raisonné et de l’émulation.

La grande route qui coupe la pinède donne accès à des bâtiments enfouis de loin en loin dans la nature, le tout étant situé à une quinzaine de kilomètres d’Antibes, dans une très forte odeur de résineux où bruissent les cigales. “Sophia Antipolis, c’est 1300 entreprises et 30000 salariés réunis autour d’une même volonté de recherche et de développement”, explique Annie Ovigny, attachée à la culture et à la communication de la Fondation Sophia-Antipolis, qui précise qu’ici, la brûlante question écologique a été d’actualité dès les années 70. “C’est pour cela que les bâtiments sont cachés dans la nature, c’est pour cela aussi qu’ils sont espacés et c’est encore pour cela qu’ils ne peuvent pas dépasser la taille des arbres”, poursuit-elle.

Et si toutes les entreprises du site sont spécialisées dans la recherche de pointe – les domaines comme l’Internet, la téléphonie mobile, les technologies de l’information ou le multimédia y ont toute leur place –, les sciences de la vie, celles de la gestion de l’eau ainsi que le développement durable sont des valeurs montantes. “Nous avions compris bien avant l’heure que l’écologie était cruciale”, déclare Annie Ovigny.

D’ailleurs, poussant jusqu’au bout sa vocation de centre de recherche, Sophia, dès ses débuts, s’est engagée dans la formation. “Tout a commencé en 1969 autour de Pierre Laffitte, alors directeur de l’École des mines de Paris”, rappelle Annie Ovigny. Aujourd’hui, le pôle universitaire compte 5000 étudiants et plus de 500 doctorants ; l’antenne de l’École des mines continue d’attirer les étudiants, partageant la pinède avec les écoles d’ingénieurs, IUT et IUP, mais aussi avec une école primaire bilingue anglais et l’université de Nice Sophia Antipolis, ouverte aux sciences humaines. “Tout tourne ici autour de la formation et de la recherche, c’est pourquoi il est important d’activer ce bouillonnement intellectuel à tous les niveaux”, explique l’attachée à la culture, dont le rôle est précisément d’organiser événements artistiques, colloques et forums autour desquels les chercheurs, les étudiants et le grand public se rencontrent et échangent. “Notre but était de créer une Florence du XXIe siècle et de l’installer dans la garrigue”, explique Pierre Laffitte, ce visionnaire devenu octogénaire, toujours débordant d’énergie et de projets.

“Un microclimat favorable à l’innovation”

Une Florence moderne et pour le moins prospère, car d’après les statistiques, ce seraient environ 6 millions d’euros que générerait chaque année ce vaste site de 24000 hectares comprenant non seulement des entreprises et des centres de recherche, mais aussi une dizaine d’hôtels, des logements, des commerces. Une belle source de revenus pour la région, qui équivaudrait à celle du tourisme. Et malgré les crises diverses qui ont jalonné le parcours de Sophia – un nom donné en hommage à l’épouse de Pierre Laffitte, qui s’appelait Sophie, mais aussi en référence à la sagesse antique –, le nombre d’employés et les revenus ont toujours continué de croître. Et les activités de se diversifier.

Depuis 2004, 71 pôles de compétitivité ont été créés, ainsi projets innovants, pour permettre aux jeunes chercheurs d’être soutenus dans leurs travaux. Même si la question du financement des projets reste parfois épineuse, des délégations du monde entier continuent de s’intéresser à la technopole. “Ici, il y a un microclimat favorable à l’innovation, l’essentiel étant de parvenir à une globalisation pleine de tradition, une sorte d’humanisme moderne”, explique Pierre Laffitte.

Alors, si la Silicon Valley française a réussi un parcours exemplaire, c’est qu’elle a que deux “incubateurs” chargés d’identifier et d’accompagner des été la seule technopole à stratégie internationale depuis ses débuts. “D’ailleurs, les tout premiers à s’être installés sur le site ont été des Américains”, souligne Pierre Laffitte en ajoutant que c’est ensuite le groupe L’Oréal qui a parié sur Sophia : “Nous y avons aujourd’hui l’un des plus grands centres de recherche dermatologique du monde.”

L’autre grande particularité de Sophia Antipolis, c’est sa capacité d’anticipation. “Dès les années 70, nous avions déjà développé des maisons solaires expérimentales, nous nous intéressions à l’écologie… et notre prochain grand projet sera lié à Euromed”, explique Pierre Laffitte. Un projet qui a été développé sur ordre de mission de l’Élysée pour encourager les pôles de compétitivité en s’appuyant sur un ensemble dédié à l’innovation en Méditerranée. “L’idée d’associer les pays de la Méditerranée à l’Europe double le nombre de cerveaux, ce qui est également dans l’intérêt de cette même Europe, remarque Pierre Laffitte. Si l ’Égypte, le Maroc et d’autres pays du Bassin méditerranéen doublent leur niveau de vie, cela ne peut qu’être intéressant pour nous aussi !”

Humanisme sans frontières

Après avoir fondé l’association Fils d’Abraham, créé un petit parc de recherches à Bethléem et signé un accord avec Bio- Negev en Israël, le décidément très actif octogénaire a créé Smart Valley, en Égypte, il y a cinq ans. “Aujourd’hui, 300 millions de touristes séjournent chaque année en Méditerranée et cela pose problème. Alors, avec l’Agence nationale de recherches, nous étudions la possibilité de nouvelles zones de tourisme en lien avec l’écologie, la technologie et la culture”, indique-t-il.

Et comme Pierre Laffitte est un entrepreneur humaniste sans frontières, l’un de ses nombreux projets serait de réaliser une grande plate-forme de services chargée d’aider les PME européennes dans leur développement à l’international. “Il n’existe pas d’espace européen d’innovation, alors il faut trouver un moyen de faciliter le développement à l’international, par exemple dans le cadre des pays d’Euromed. Nous avons les idées, nous avons la volonté et nous avons la ténacité. Cela devrait marcher.”