Parc de loisirs L’envolée des parcs de loisirs

“Au cours de ces quinze dernières années, les parcs de loisirs ont connu une augmentation spectaculaire de leur fréquentation, passant de 3 millions de visiteurs annuels à près de 70 millions en 2006. Soit un chiffre d’affaires d’environ deux milliards d’euros !”, explique Sophie Huberson, secrétaire générale du Snelac, syndicat national des espaces de loisirs, animaliers et culturels, précisant que “la France compte près de 300 sites de loisirs, dont 30 % de parcs d’attractions et parcs à thème, 30 % de parcs animaliers, 30 % de sites ludo-éducatifs et 10 % de parcs aquatiques.”

D’après Odit France (Observation, développement et ingénierie touristique), malgré sa maturité le marché reste porteur. Avis partagé par Sophie Huberson : “Il continue à se développer ! Ainsi, nous assistons à la concentration de nombreux équipements au sein de groupes européens, comme la Compagnie des Alpes dont font notamment partie les parcs Walibi, le Bioscope ou bien encore Planète Sauvage. Parallèlement, de nouvelles attractions sont créées : parcours acrobatiques en hauteur, espaces de jeux indoor, sites à dominante culturelle ou environnementale…” Le Snelac souligne également “que si la fréquentation tend à se stabiliser, l’allongement de la durée de visite, la qualité des prestations proposées de même que le renouvellement de l’attractivité concourent à une augmentation du chiffres d’affaires”.

D’autre part, ces dernières années, l’offre a non seulement continué à se diversifier, mais elle s’est intensifiée. De nouveaux parcs ont vu le jour, comme Walt Disney Studios à Disneyland Resort Paris, en 2002, ou le Bioscope, en Alsace, en 2006. D’autres ont procédé à des extensions ; par exemple, la Cité de l’Espace, à Toulouse, a doublé sa capacité d’accueil grâce à l’ouverture, en 2005, de l’Astralia, le sixième continent. Soit un espace supplémentaire de 4000 m2. Enfin, régulièrement, de nouveaux projets sont annoncés. Ainsi, au printemps 2008, le parc Eana devrait ouvrir ses portes à quelques minutes de Rouen, à Gruchet-le- Valasse, en Normandie. Ce sera un parc de développement durable, comme l’indique Marc Scognamiglio, responsable commercial du syndicat mixte du Valasse : “Au cœur d’un domaine de 60 hectares de nature et d’histoire, il s’affichera comme une véritable bulle de planète reconstituée autour d’une abbaye du XIIe siècle, témoignage de l’évolution humaine à travers le temps. Notre objectif est de sensibiliser le visiteur à la fragilité des écosystèmes en lui donnant notamment des clés pour s’informer sur les solutions alternatives salutaires pour notre futur.” Selon Odit France, “depuis une dizaine d’années, les investissements des parcs de loisirs ont représenté, en moyenne, 40 % du chiffre d’affaires total”.

Séminaires et incentives

Les équipements dédiés à la clientèle affaires font partie des dépenses réalisées par ces parcs, comme le confirme Sophie Huberson. “De plus en plus de sites de loisirs se sont équipés pour recevoir les groupes, aussi bien dans le cadre de séminaires que d’opérations incentive. Malgré une part de chiffre d’affaires non significative, ces offres spécifiques au tourisme d’affaires sont en constant développement. Tout simplement parce que la clientèle des entreprises entre en complémentarité objective avec celle des individuels, en particulier pour des raisons évidentes de planning de fréquentation.”

Parmi les précurseurs dans ce domaine, Disneyland Resort Paris s’affiche de loin comme le leader, non seulement en France, mais en Europe. “Nous recevons annuellement près de 12,6 millions de visiteurs, dont 50 % de Français et le reste d’Européens. Ce qui nous positionne comme la première destination européenne !” rappelle Carlo Olejniczak, directeur de Business Solutions, service affaires du parc. “En 2006, la clientèle affaires a représenté plus de 123600 nuitées et 1100 manifestations allant de 10 à 3000 personnes, dont 200 ont généré une privatisation partielle ou totale d’un de nos deux parcs. Quant à la taille moyenne des groupes, elle est de 173 participants.”

Sur ce marché du tourisme d’affaires, la France occupe également la première place avec 59 % des nuitées, loin devant le Royaume-Uni, le Benelux et l’Allemagne, représentant respectivement une part de 21 %, 9 % et 5 %. “Pratiquement tous les ans, nous investissons en nouveaux équipements ou attractions. En 2006, nous avons inauguré une structure événementielle de 6500 m2; nous avons aussi proposé de nouvelles soirées thématiques comme Sauvez l’univers, inspirée du film Toy Story 2, et élargi notre panel d’activités de team building. Avec notamment le karting sur glace, le speed boat sur le lac Disney ou encore Disney Film Academy, un incentive sur le 7e art”, précise Carlo Olejniczak. En 2007, année des quinze ans du parc, les festivités devraient encore s’étoffer. Par exemple, dès cet été, deux nouvelles attractions autour des films Cars et Nemo seront programmées, et en 2008 les visiteurs pourront goûter au grand frisson avec “la tour de terreur”.

Même politique d’investissement pour un autre mastodonte des parcs d’attractions, Europa-Park. Situé à Rust, près de Fribourg, en Allemagne, il se positionne comme le plus grand parc de loisirs saisonnier mondial, avec près de 4 millions de visiteurs. “La saison hivernale a enregistré une augmentation de plus de 50000 personnes par rapport à 2005 et notre complexe hôtelier a un taux d’occupation de plus de 90 %”, se réjouit Séverine Delaunay-Rust, responsable marketing. L’ouverture en 2004 du Colosseo, le plus grand hôtel italien hors de l’Italie, qui contrairement au reste du site est ouvert toute l’année, a contribué à ce succès.

En effet, représentant un investissement de 50 millions d’euros, il a permis d’augmenter la capacité hôtelière du parc de 1450 lits. “En 2007, nous allons étendre encore notre offre en ouvrant un nouvel établissement quatre étoiles inspiré de l’architecture des anciens monastères portugais. Construction dont le coût s’élève à près de 10 millions d’euros. Parallèlement, nous présenterons à partir d’avril de nouvelles attractions, dont À la découverte d’Atlantis, une expédition dans les profondeurs de l’océan à la recherche de la cité perdue”, annonce Séverine Delaunay-Rust.

Des sites à privatiser

Du côté du tourisme d’affaires, le parc organise près de 1000 prestations par an, réparties dans dix salles de conférences d’une capacité de 10 à 1500 places, et des dizaines de soirées thématiques sont proposées aux entreprises. Évidemment, le site peut être privatisé partiellement ou entièrement, de même que le parc Astérix, Disneyland Resort Paris et Europa-Park, qui entrent dans la catégorie parcs de loisirs. “Même si nous pouvons, dans le cadre d’une privatisation, recevoir jusqu’à 6000 personnes, nos infrastructures sont plus particulièrement adaptées aux séminaires de 300 à 500 participants, précise Rodoph Lauron, responsable événements et congrès. Sur les deux millions de visiteurs que reçoit le parc d’avril à octobre, entre 3%et 5 % font partie de la clientèle affaires.” Soucieux de rester performant, le deuxième parc de France procède régulièrement à des investissements. Ainsi, près de 500000 euros sont consacrés à l’entière rénovation de son amphithéâtre. “Totalement équipé son et image, insonorisé, doté de nouveaux sièges et d’un éclairage dernier cri, il pourra recevoir des réunions allant jusqu’à 500 personnes. Nous comptons sur cette nouvelle structure pour développer notre activité affaires”, souligne Rodolphe Lauron.

Science et culture

Même stratégie marketing du côté des parcs scientifiques et culturels. Depuis 2005, le parc du Futuroscope a accentué ses actions vers la clientèle affaires, en particulier celle des congressistes. “Nous avons adhéré à diverses associations professionnelles, dont France-Congrès, l’AIVFC, association interactive des villes francophones de congrès, et Ouest-Congrès qui regroupe neuf palais des congrès de l’Ouest de la France. D’autre part, nous avons obtenu l’an dernier le label Quali- Congrès”, déclare Isabelle Cadas, responsable du développement commercial de Futuroscope Congrès Événements.

Parallèlement aux nouvelles attractions mises en place, l’offre “challenge” du parc s’est étoffée par une quatrième proposition à dominante plus sportive, tandis qu’un service de gestion individuelle des hébergements et inscriptions pour les congrès a vu le jour. “Sur les 1,5 million de visiteurs que nous recensons, environ 130000 sont des clients affaires. En 2006, nous avons géré 383 manifestations dont une majorité de dossiers événementiels et de séminaires résidentiels. Or il semble qu’en 2007 nos actions congrès portent leurs fruits. Car d’après nos prévisions, nous devrions toucher près 20 % de cette clientèle contre 10 % les années précédentes”, prévoit Isabelle Cadas. Enfin, en corrélation avec cette volonté du parc de s’affirmer comme véritable destination congrès, l’hôtel Plaza Futuroscope, l’un des neuf établissements du site, édite une brochure destinée à cette clientèle, Futuroscope Resort.

Réunions et réceptions

Au centre de la France, en Auvergne, de mars à octobre, Vulcania, d’une manière plus modeste, accueille également les entreprises. Sur environ 300000 visiteurs en moyenne par an, près de 6500 sont des participants à des séminaires. Cible qui représente entre 8 % et 10 % du chiffre d’affaires. “Plusieurs espaces sont réservés à l’organisation et à la réception d’événements, de séminaires et diverses manifestations”, déclare François Heid, responsable commercial et marketing. Pouvant recevoir jusqu’à 400 personnes pour une réunion, et jusqu’à 1 000 invités pour un cocktail privatif dans le parc, Vulcania propose divers challenges, dont Mission Vulcania qui permet aux groupes de découvrir le parc de façon ludique. “Nous offrons aussi la possibilité aux incentives d’effectuer des survols des volcans à bord de montgolfières ou d’hélicoptères et répondons également à toutes les demandes de prestations sur mesure”, précise François Heid. D’autre part, Vulcania adhère à Auvergne Congrès, regroupement d’acteurs régionaux privés et publics, dont l’objectif est de promouvoir la région au travers d’actions communes : participation à des salons, édition et diffusion de brochures, organisation de workshops…

À connotation également scientifique, la Cité de l’Espace, à Toulouse, répond depuis sa création, en 1997, aux demandes des entreprises. “Nous n’avions alors que deux petits espaces dédiés aux réunions, explique Guadalupe Ramirez, responsable du tourisme d’affaires ! Aujourd’hui notre Espace Affaires propose diverses formules aux entreprises : réunions, séminaires, journées d’étude, lancements de produits, soirées de prestige… Par exemple, au Pavillon des Expositions les groupes, allant jusqu’à 900 personnes, peuvent bénéficier d’une visite guidée agrémentée d’un cocktail dînatoire. Ou encore, aux beaux jours, des dîners de gala peuvent se tenir sous la station Mir.” Quant à l’Astralia, le sixième continent, il immerge les visiteurs dans l’espace grâce notamment à deux salles de spectacles pouvant aussi servir de lieux de réunion : un cinéma grand format Imax de 300 places et un planétarium de 280 sièges. “En 2006, la Cité de l’Espace a accueilli 18000 participants à des manifestations professionnelles. L’ouverture de l’Astralia nous a permis d’augmenter la fréquentation de la clientèle affaires de 35 % ! En 2007, avec les dix ans du parc et les cinquante ans de la conquête spatiale, cette croissance devrait être encore plus forte”, estime Guadalupe Ramirez.

Cette politique d’élargissement de l’offre touche également les parcs animaliers et les aquariums. Ainsi le parc du Cerza, Centre d’études et de reproduction zoologique Augeron, à quelques kilomètres de Lisieux, a inauguré un concept d’hébergement unique en France : des safaris lodges. Soit 26 pavillons sur pilotis, entièrement construits et aménagés dans le respect de l’environnement, au beau milieu de la Clairière d’Asie. “Pouvant accueillir chacun jusqu’à six personnes, ils permettent aux clients de passer une nuit entourés de wallabies, de cervidés et diverses espèces d’oiseaux”, décrit Guillaume Laloux, directeur d’exploitation.

Ces séjours s’adressent notamment aux groupes qui veulent coupler une séance de travail dans l’une des salles du site avec une soirée thématique au restaurant du Cerza, suivie d’une nuit version africaine, et prolonger le lendemain par une visite du parc animalier. “Nous démarchons les entreprises seulement depuis avril 2006, date à laquelle nous avons mis en place des outils spécifiques pour cette cible, dont une documentation spéciale et des rallyes pédestres thématiques. Mais déjà nous comptabilisons une douzaine de séminaires, réunissant de 8 à 250 personnes”, se réjouit Guillaume Laloux. Pour compléter cette offre, ce dernier prévoit l’ouverture, cet été, d’un auditorium de 220 places et la mise en œuvre, sur une demi-journée, d’un challenge thématique sur l’environnement.

Dans le même esprit, le safari-parc Planète Sauvage, situé entre Nantes et Pornic, présente aux groupes d’une vingtaine de personnes des packages : entrée du parc, raid en 4×4, dîner et bivouac au milieu d’antilopes, de loups, de zèbres et de gnous. “Des barrières de sécurité et la présence d’un guide toute la nuit évitent tout risque”, rassure France Simon, responsable des groupes. Notre originalité, ce sont nos séjours en pleine savane africaine… à quelques minutes de Nantes ! Généralement, les invités participent en fin de journée à un raid en 4×4 dans le parc et assistent avec des guides aux soins des animaux. Ensuite, ils sont déposés directement à leur bivouac où les attendent un dîner au menu exotique, suivi d’une nuit sous des tentes d’une capacité de cinq personnes chacune. Le lendemain, après le petit déjeuner, les groupes ont la journée libre au parc.”

Dans un tout autre univers, le Grand Aquarium de Saint-Malo propose aux entreprises des nuits en présence de requins, de tortues et d’un gigantesque mérou ! Moment exceptionnel réservé à une dizaine de participants. Après une balade en petits sous-marins et une visite privée des lieux, ces derniers assistent au repas des squales, dînent au milieu des aquariums et dorment sur place, sur des matelas pneumatiques. À quelques vagues, la Cité de la Mer, à Cherbourg, a une autre approche du grand bleu. Situé dans l’ancienne gare maritime transatlantique de Cherbourg, la dernière en Europe, le parc est spécialisé dans la découverte des grands fonds marins et reçoit les entreprises depuis son ouverture en 2002.

“On a marché sous la mer”

Outre différents espaces atypiques tels que des aquariums, des salles Art déco et une ancienne gare ferroviaire, la Cité de la Mer offre la possibilité aux groupes d’organiser des cocktails ou des repas VIP dans le Redoutable, le seul sous-marin nucléaire visitable au monde. “Nous recevons une soixantaine d’événements par an. Chiffre en croissance constante”, indique Stéphane Lelarge, responsable de la commercialisation événementielle. “Progressivement, toutes les salles d’origine sont restaurées. La rénovation doit s’achever à la fin 2008, avec la création notamment d’un centre de congrès de 350 places.” Parmi les dernières nouveautés du parc, l’arrivée de cinq petits sous-marins et la réfection du pôle sous-marin nucléaire avec la mise en place d’espaces interactifs. D’autre part, des visites guidées du Redoutable – vu de l’extérieur dans sa darse – sont proposées ainsi que des rencontres avec un sous-marinier et la présence d’un biologiste lors d’une opération. Enfin, début 2008, une nouvelle attraction sera lancée : On a marché sous la mer, un parcours virtuel dans les grands fonds.

Là encore, comme dans tous les parcs de loisirs, les créations sont constantes. Reste aux entreprises la difficulté à faire un choix dans la pléthore des propositions en compétition.