Paul Chemetov, architecte et urbaniste, président du conseil scientifique chargé de superviser la consultation internationale sur l’avenir du Paris métropolitain

" On propose un grand “métropolitain automatique”."

Avant de parler de ce qu’il faut faire, que ne faut-il, à votre avis, pas faire avec ce “Grand Paris” ?

Paul Chemetov – Il faut arrêter avec l’attitude “nouvelle frontière”, celle qui a guidé la création des villes nouvelles de Delouvrier, du périphérique et aujourd’hui du Grand Huit proposé par Christian Blanc. Il faut bien regarder ce qui se cache derrière les mots. On propose un grand “métropolitain automatique”. Qu’est-ce que ça veut dire ? Quelque chose sans humain, et sous terre. Sans contact ni avec les hommes, ni avec la réalité physique. L’inconscient surgit au galop dans tout ça. Mais c’est toujours la même question : la réalité est dérangeante. Sauf que c’est avec elle qu’il faut travailler. Le Grand Paris est déjà là : il faut le voir, le révéler, le transformer.

À quelle échéance ?

P. C. – La ligne 13, le RER, les autoroutes du matin… Tout cela est insupportable. On ne va pas attendre je ne sais combien d’années. Vous ne pouvez pas demander à des gens d’avoir deux heures de transport tous les jours. Vous ne pouvez pas non plus les discriminer en leur disant “plus vous êtes pauvres, plus vous paierez cher pour aller au turbin”. Quand je lis dans l’un des projets, “la vie normale, c’est de trouver son travail, son école, ses commerces, ses loisirs quotidiens à moins de trente minutes de transport de chez soi”, ça me paraît participer du bon sens, même si, à une demi-heure, on ne peut pas assumer toutes les fonctions centrales. Le maillage : voilà la priorité. Pour un trajet entre Villeneuve-Saint-Georges et Romainville, il est plus simple de passer par Paris… C’est absurde, et surtout c’est très inégalitaire. Pour aller d’ici (ndlr : porte d’Ivry) à Clichy-sous-Bois, en transports en commun, c’est une heure et demie. Pour aller à Neuilly, cela ne prend pas une heure et demie, et c’est pourtant à peu près à la même distance. Si l’on veut rétablir l’égalité entre les citoyens et leur donner les mêmes devoirs, encore faut-il leur donner le sentiment physique d’appartenir à un même monde.

Un nouveau maillage, ça ne se fait pas du jour au lendemain…

P. C. – Ça peut se faire assez vite. Quand vous pensez que le pauvre Fulgence Bienvenüe, avec ses terrassiers et ses pics à pioche, a fait les deux lignes majeures du métro parisien en deux-trois ans… Aujourd’hui, on a des tunneliers. Mais on a aussi une bureaucratie qui freine, parce que freiner, c’est une façon de manifester son pouvoir.

Justement, qui doit imposer son pouvoir pour l’aménagement du Grand Paris ?

P. C. – La gouvernance doit être celle du projet. Certains projets mobiliseront l’échelle de la Région, d’autres un demi-département, une communauté de communes… Certes, Paris est une priorité nationale, mais il n’y a aucune raison