Écologie : à pleins poumons à Pékin. Enfin presque…

En l’espace de quatre ans, le Plan écologique 2013-2017 a déjà porté ses fruits. Résultat : on respire mieux à Pékin. Et bientôt mieux encore…

La capitale chinoise ayant son image en partie liée à la pollution, elle mène désormais une politique ambitieuse pour améliorer la qualité de l’air.
La capitale chinoise ayant son image en partie liée à la pollution, elle mène désormais une politique ambitieuse pour améliorer la qualité de l’air.

Elle a enfin chuté, la fameuse moyenne annuelle de concentration de PM2.5, ces particules fines néfastes pour la santé, notamment connues pour endommager les poumons et provoquer des cancers. Alors qu’elle était encore à 100 microgrammes par m3 d’air en 2009, elle a été réduite à 57 microgrammes en 2017.Un énorme progrès, mais pas encore le nirvana selon l’OMS qui recommande de ne pas franchir le seuil des 10 microgrammes. Pourtant, des milliards de yuans ont été dépensés suite au lancement, en 2013, du Plan écologique de Pékin qui visait à réduire la pollution comme à calmer la colère grandissante de la classe moyenne aisée, désormais soucieuse de sa santé. Au programme, la fermeture de 2 000 usines ; des cimenteries, centrales au charbon et autres industries lourdes en partie responsables du tristement célèbre smog pékinois. Autre mesure, le passage dans les immeubles résidentiels du charbon au gaz ou à l’électricité pour le chauffage.

Les effets sur l’environnement se sont révélés positifs, même si cela a entraîné des déplacements de population, certains habitants ne pouvant assumer l’augmentation des coûts engendrés par ces changements. Qu’à cela ne tienne, les choses bougent encore, et vite. Parmi les nouvelles règles, la mise en place de quotas. En fonction de la taille de son appartement, on se voit allouer une quantité mensuelle d’électricité au-delà de laquelle les prix flambent. On éteint donc la lumière, ou bien on paie. Radical, efficace. Ainsi va Pékin, le plus souvent à la baguette.

Véhicules électriques

Et ce n’est pas tout. La capitale a déjà réussi à éliminer plus de deux millions de véhicules polluants ces cinq dernières années. Si l’alternance de la conduite selon les numéros d’immatriculation a encore cours, ce sont désormais les restrictions à l’achat des voitures qui priment. Il faut ainsi attendre jusqu’à deux ans pour obtenir un véhicule classique, tandis qu’en revanche, une voiture électrique s’achète en un clin d’œil, l’acquéreur bénéficiant souvent d’un petit coup de pouce financier. Les marques chinoises de véhicules hybrides se positionnent d’ailleurs très bien sur le marché local.

Le vélo-partage connaît lui aussi un véritable essor. Exit les images d’Épinal du Pékinois à bicyclette branlante et col Mao. Aujourd’hui, les jeunes branchés se connectent par téléphone à Mobike ou à Ofo, deux start-up proposant des vélos colorés que l’on prend et dépose n’importe où. On paie à la distance parcourue, on circule dans les contre-allées. Et, comme Pékin est une ville plate, on ne risque guère d’arriver essoufflé au bureau.

Ces efforts intensifs ne sont pas le seul fait de la capitale, vingt-sept villes de Chine du Nord s’étant associées à Pékin dans une campagne soutenue par le gouvernement. Mais, si la fermeture des usines de la région est une réalité tangible – Pékin a redécouvert cet hiver le plaisir d’un ciel bleu et d’un air presque pur –, la réouverture de certaines unités dans d’autres régions plus reculées en est une autre. “Cependant, les normes pour ces nouvelles usines de remplacement sont beaucoup plus strictes”, affirme Yann Boquillod, fondateur de la start-up AirVisual. Polluer plus loin, mais polluer moins ? Une chose est sûre, la province du Hebei, qui entoure Pékin, souvent responsable du smog assaillant la capitale, a elle aussi vu ses concentrations de PM2.5 baisser. Même si on est encore loin de l’objectif des 35 microgrammes au m3

Rejetant la pollution, Pékin joue en parallèle la carte de la transparence, n’hésitant pas à informer la population des risques et des pics avec trente-quatre moniteurs mesurant la qualité de l’air à travers toute la ville. “Pour comparaison, Paris n’en compte que trois…”, constate Yann Boquillod. La Chine aurait-elle donc une vraie longueur d’avance ? On oublie souvent qu’elle est le premier producteur mondial d’énergies renouvelables, la championne de l’éolien et du solaire avec le développement sur le plateau tibétain de la plus grande centrale photovoltaïque au monde. Selon Nathalie Bastianelli, fondatrice de la plate-forme de promotion des initiatives de développement durable Webelong, les Chinois sont beaucoup plus performants dans ce domaine que nous ne l’imaginons. C’est au moment du pic de janvier 2013, où Pékin se trouvait dans le brouillard, qu’elle a lancé son premier événement, validé Cop21, pour lutter contre le réchauffement climatique. “Les gens qui vivent en Chine ont besoin de voir que les choses évoluent en ce qui concerne les grands enjeux de la pollution et du changement climatique, puisque déjà sept millions de Chinois ont été déplacés pour ces raisons”, raconte-t-elle.

Grands innovateurs, les Chinois mettent rapidement leurs idées en application. Mais qui sont-ils ? Exemples des invités de Nathalie Bastianelli : une entreprise de Shanghai qui réalise dix maisons en 24 h à partir de déchets de chantiers ; une start-up de Taïwan fabriquant du papier de pierre pour éviter de couper les arbres et une autre formant les chefs de grands restaurants au vegan afin de limiter la consommation de viande. Un enjeu majeur quand on sait que les Chinois représentent 28 % de la consommation mondiale de viande… “Il y a quatre ans, je cherchais les pionniers en Chine. Aujourd’hui, il y en a vraiment partout, et de très poétiques”, note Nathalie Bastianelli. Comme MaskBook, une artiste chinoise qui fabrique de beaux masques à partir des déchets du quotidien. Laquelle ne devrait pas tarder d’essaimer dans le monde industriel.