Philippines : le retour en grâce

Philippines : Le retour en grâce

Longtemps à l'écart de l'émergence de l'Asie du Sud-Est, les Philippines reviennent dans la course. Le pays enregistre le taux de croissance le plus élevé de la zone et mise sur deux secteurs porteurs : les call-centers et l'industrie du jeu.

L’Archipel sort de son sommeil

On a souvent dit des Philippines que l’archipel avait raté son accès au status de “petit dragon” asiatique, contrairement à ses voisins d’Asie du Sud-Est. L’heure de la revanche a sonné, le pays affichant depuis cinq ans les meilleurs résultats économiques de toute l’Asie, juste derrière la Chine. La croissance moyenne du PIB a cru chaque année de 6,2 % en moyenne durant cette période.

Malaise économique en Chine, baisse des prix du pétrole et du gaz affectant l’Indonésie et la Malaisie, croissance anémique en Thaïlande… Les incertitudes se multiplient sur la zone ASEAN, qui englobe les pays d’Asie du Sud-Est. C’est pourquoi les regards se tournent désormais vers les Philippines. Juste retour de chose pour un pays considéré pendant des décennies comme le “vilain petit canard” économique de l’Asie du Sud-Est.

Depuis maintenant une dizaine d’années, l’économie philippine connaît une vraie renaissance, largement soutenue par le gouvernement de Gloria Macapagal Arroyo, présidente du pays de 2001 à 2010. Cette dernière, économiste de formation, avait placé ses deux mandats sous le signe d’un nouveau dynamisme. Pari réussi, puisque la croissance du PIB aura été de 5 % en moyenne sur la période. Et le mouvement n’a fait que s’amplifier. En 2010, la croissance du PIB atteignait 7,5 %, record absolu des trente dernières années. En parallèle, entre 2000 et 2014, le PIB par tête d’habitant – basé sur la parité du pouvoir d’achat – a doublé, passant de 2 450 à 4 119 dollars US.

Si l’an passé, la croissance est retombée à 6,2 %, cette performance est cependant bien meilleure que chez la plupart de ses voisins de l’ASEAN. À regarder de plus près, les Philippines bénéficient de trois atouts propres à séduire l’implantation des entreprises, en commençant par une situation géographique beaucoup plus favorable que les apparences ne le laissent croire. Certes, l’archipel est à la marge de l’ASEAN et il faut compter entre trois et quatre heures de vol depuis Manille pour atteindre Bangkok, Kuala Lumpur, Singapour ou Jakarta. Mais il en faut tout autant pour se retrouver à Tokyo, Pékin ou Séoul ! Ce qui fait de la capitale des Philippines la ville la plus centrale entre Asie du Sud-Est et du Nord-Est.

Il y a ensuite l’atout démographique. Avec plus de 100 millions d’habitants, les Philippines sont le pays le plus peuplé de l’ASEAN après l’Indonésie. Surtout, la nation enregistre une forte augmentation de la classe moyenne. Les experts considèrent ainsi que la classe moyenne philippine représente 45% des 22 millions de foyers que compte le pays.

Enfin, dernier avantage, la langue. Le fait d’avoir été une colonie des États-Unis durant près de 50 ans a laissé un legs précieux aux milieux économiques : celui d’une population maîtrisant à la perfection la langue anglaise. Et ce, dès leur plus tendre enfance.

Avec leur accent américain quasi parfait, les Philippins sont du coup particulièrement courtisés par le monde des entreprises pour travailler dans les call-centers. On estime ainsi à un million le nombre de personnes à être assis, casque vissé sur les oreilles, à répondre aux demandes de clients venant des États- Unis, d’Australie ou d’Irlande. Le tout, bien sûr, à des coûts salariaux sans équivalent.

Philippines

Dès lors, Manille est devenue la capitale incontestée des call-centers et du service après-vente, détrônant jusqu’aux métropoles indiennes. Des multinationales comme Citibank, Safeway, Chevron ou Aetna ont ainsi transféré ces dernières années leurs services client dans la métropole philippine. Selon les enquêtes d’opinion, la clientèle apprécie particulièrement le sens inné du service des habitants, incroyablement calmes et polis, même dans les situations les plus inextricables !

C’est aujourd’hui au tour du tourisme et des loisirs de capitaliser sur les Philippines. De Manille à Davao dans le sud, de Puerto Princesa à l’Ouest jusqu’à Boracay ou Cebu dans l’archipel des Visayas, les hôtels de luxe et résidences hôtelières poussent comme des champignons. Une récente étude du cabinet de consultants STR Global indique que plus de 13 500 chambres d’hôtel sont en cours de développement dans le pays, la plupart d’entre elles étant prévues dans la capitale. L’offre totale devrait bondir de près de 30 %, soit près de 62 000 chambres. Cet engouement s’appuie notamment sur le boom de l’industrie du jeu, mais aussi sur la croissance économique et l’élévation générale du niveau de vie en Asie.

Une croissance sans heurt ? À voir, car il y a un revers à la médaille et il est de taille : celui d’infrastructures déficientes comptant parmi les moins performantes du continent. Ainsi les aéroports sont pour la plupart au bord de l’implosion, les liaisons ferroviaires quasi inexistantes, tandis que le réseau autoroutier atteint à peine 400 km. En 2012, selon les statistiques de l’ASEAN, le pourcentage de routes asphaltées aux Philippines ne représentait que 27 % du réseau routier total, loin des 81 % de la Thaïlande ou même des 57 % de l’Indonésie. Selon le World Economic Forum, les Philippines se classaient ainsi au 98e rang mondial côté infrastructures en 2014, très loin derrière la Malaisie (25e rang) ou la Thaïlande (61e rang).

Le gouvernement met les bouchées doubles pour rattraper ce déficit qui explique certainement la marginalisation économique de l’archipel pendant si longtemps. Près de 56 milliards de dollars sur la période 2011-2016 ont donc été prévus. Cependant, cet objectif a peu de chance d’être achevé, corruption et favoritisme jouant malheureusement leur rôle, comme souvent en Asie. Quoiqu’il en soit, des projets ambitieux de nouveaux ponts, d’autoroutes et de voies ferroviaires ont bel et bien été lancés. Mais il va falloir faire vite, le monde est pressé.

Les Philippines en chiffres

Composition du PIB (en 2012)


Philippines

Les services génèrent désormais la majorité du PIB du pays. Sans surprise, ce sont les régions de Manille et de Central Luzon qui contribuent le plus au PIB philippin avec 62,4% à eux deux, suivis des îles de Mindanao avec 14,1%, des Visayas avec 12,8% et du reste de Luzon avec 10,8%.

Source : CIA Worldbook, 2013

6 000 dollars

Selon l’estimation de la cellule de réfexion économique américaine IHS, le PIB par habitant aux Philippines devrait atteindre en 2024 les 6 000 dollars annuels. Cette croissance de l’économie sera relayée par le boom des technologies, de l’électronique et de l’immobilier.

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S’y rendre

Les liaisons aériennes Europe-Philippines ont connu quelques améliorations ces deux dernières années avec, d’abord, le retour de Philippines Airlines qui propose quatre vols hebdomadaires sans escale entre Londres Heathrow et Manille. Côté Europe, seules KLM et Turkish Airlines proposent des liaisons sans escale sur Manille. La meilleure alternative reste les transporteurs du Golfe. Emirates, Etihad, Qatar Airways ou Oman Air desservent tous la capitale des Philippines, souvent à raison de deux ou trois vols quotidiens.

Formalités : Passeport en cours de validité. Pas de visa.


Décalage horaire : + 6 h en été ; + 7 h en hiver.

Monnaie : le peso philippin (PHP). 1 euro = 52,5 PHP (sept. 2015).

Indicatif téléphonique : +63.

5,5%

C’est le chiffre probable de la croissance du PIB des Philippines en 2015, une performance remarquable dans un climat de fort ralentissement économique en Asie du Sud-Est et en Chine. Après être tombé à 5 % pour les trois premiers mois de 2015, la croissance s’est accélérée au second trimestre à 5,6 %. L’économie reste portée par le boom des services qui continuent d’aligner les excellentes performances, avec une hausse de plus de 6% depuis début 2015.

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