Portraits : Avoir 30 ans à Tel-Aviv

Ils approchent de la trentaine, la traversent ou l’ont tout juste dépassée. Ils ont entre 27 et 41 ans, mais ont en commun un même esprit d’entreprise et l’envie de se laisser porter par la vague ultra dynamique du business cool qui ravit Tel-Aviv.

Portraits - Avoir 30 ans à Tel-Aviv

Adi Assif-Gutman

Adi Assif-Gutman. © Ludovic MAISANT
© Ludovic MAISANT

36 ans, architectewww.ygaa.net

L’été, il nous arrive de venir au bureau en tongs. Ça ne surprend personne.

Après des études d’architecture à l’École des Beaux-Arts de Bezalel, j’ai continué mon cursus à Harvard. à mon retour des États-Unis, en 2010, j’ai rejoint le cabinet d’architectes de mon compagnon. Ensemble, nous avons voulu passer de projets commerciaux à des projets publics comme des écoles, des musées, des quartiers. Cela a été difficile au début, car nous n’avions pas d’expérience. Mais nous nous sommes construits une réputation. Aujourd’hui, nous travaillons sur des projets de villes nouvelles. D’ici deux à trois ans, nous nous lancerons dans la construction du North-­West Tel-Aviv, un nouveau quartier à grande échelle. Car il y a pénurie de logements et les loyers sont élevés. Il faut donc remédier à ce problème. Ce qui me plaît à Tel-Aviv, c’est que les relations de travail sont très détendues, voire amicales. L’été, il nous arrive de venir au bureau en tongs. ça ne surprend personne.

L’adresse qu’elle aime : le café-librairie Tolaat Sefarim, 9 square Rabin.

Matan Liberman

Matan-Liberman. © Ludovic MAISANT
© Ludovic MAISANT

27 ans, co-fondateur de la start-up Semperiswww.semperis.com

Ici, la communauté tech se serre les coudes.

Après le lycée, comme tous les Israéliens, j’ai fait l’armée où j’ai obtenu un poste de développeur informatique. Puis un copain m’a proposé de lancer notre propre business, Semperis, une entreprise de logiciels dans le domaine de l’aide en situation de catastrophe. Je n’avais que 24 ans, je ne connaissais rien à rien. Il a fallu apprendre à faire des levées de fonds. Intégrer le “Microsoft Accelerator” nous a beaucoup aidés. C’était il y a trois ans. Maintenant, nous avons vingt employés à Tel-Aviv, trois à New York, et toujours plus de clients. En Israël, les gens ont l’esprit d’entreprise. 90 % des start-up qui réussissent à lever un million de dollars finissent par se planter ; mais on recommence et à la longue, on réussit ! Au début, je devais paraître crédible malgré mon âge. Alors, pour rencontrer des clients, c’était costume-cravate. En revanche, pour les rendez-vous informels avec des gens de la tech, je suis décontracté. Ici, la communauté tech se serre les coudes.

L’adresse qu’il aime : le bar Simta, 122 rue Dizengoff.

Hagit Kassif

Hagit Kassif. © Ludovic MAISANT
© Ludovic MAISANT

32 ans, créatrice de mode, fondatrice de la marque Roomeurwww.roomeur.com

J’avais 27 ans et je n’avais pas froid aux yeux, ni peur de l’échec.

Après mes études à l’école Shenkar, en 2011 je suis allée vivre à New York, où j’ai travaillé quelque temps pour Diane von Fürstenberg. Puis j’ai repris mes études au Royal College of Art de Londres. C’est là que j’ai eu envie de créer ma marque. Je n’avais que 27 ans et je n’avais pas froid aux yeux, ni peur de l’échec. J’ai créé Roomeur, jeu de mots entre “rumeur” et “roommate”. Mon showroom et la création étaient à New York, ma production à Tel-Aviv. Mes collections ont vite intégré le magasin Curve et la New York Fashion Week. J’ai créé huit saisons de prêt-à-porter féminin, mais lorsque j’ai divorcé il y a un an, une nouvelle idée m’est venue : pourquoi dépenser des milliers de dollars dans une robe de mariée qu’on ne porte que quelques heures ? Alors j’ai lancé une ligne de robes un peu champêtres, naturelles, bien dans l’esprit israélien Cela a eu tant de succès que j’ai dû mettre ma collection de prêt-à-porter sur pause, mais je compte la reprendre bientôt. Ce que j’aime, c’est le contact avec les clientes. Elles me racontent leur histoire, je les habille de manière personnalisée. Puis elles m’envoient leurs amies. Depuis peu, on peut acheter mes robes sur le site Etsy. C’est une joie de dépasser les frontières israéliennes et américaines…

L’adresse qu’elle aime : dans son quartier, le café Delicatessen, 79 rue Yehuda H-Levi.

Esther Olive

Esther Olive. © LUDOVIC MAISANT
© LUDOVIC MAISANT

29 ans, co-fondatrice de Secret Gardens Tourssecretgardenstours.com

Les gens d’ici ont la chutzpah, cette espèce de franc-­parler qui rend tout si naturel.

Je suis arrivée en Israël par amour. Je faisais du bénévolat dans un orphelinat népalais quand j’ai rencontré en Inde mon amoureux israélien. J’ai tout lâché pour le rejoindre. C’était il y a cinq ans déjà. Je ne parlais pas un mot d’hébreu, ne connaissais rien à la culture israélienne, mais j’ai vite appris. Comme j’avais fait des études de langues et de tourisme en France, j’ai décroché un job dans une agence de voyages. Mais je me suis vite rendu compte que le tourisme en Israël avait du mal à sortir des sentiers battus. On proposait toujours les mêmes circuits, et pour des groupes trop nombreux. Alors, avec mon amie et collègue Judith, une Italienne, nous avons décidé de lancer notre propre agence, Secret Gardens Tours, il y a un an. Le concept : dépoussiérer le tourisme en Israël, faire découvrir les multiples visages et cultures de ce beau pays. Nous concoctons des programmes à la carte, souvent à thèmes, toujours haut de gamme. Nous ciblons des hôtels d’excellence, des activités originales, des sites exceptionnels ou insoupçonnés, et proposons à nos clients d’aller à la rencontre des gens. Voyager sans rencontrer personne, c’est une absurdité. Surtout ici, où les relations humaines sont si faciles, les gens si ouverts et sympathiques. Ils ont la chutzpah, cette espèce de franc-parler qui rend tout si naturel. C’est un des aspects que j’aime le plus de mon pays d’adoption !

L’adresse qu’elle aime : le café Rothschild 12, sur la célèbre avenue Rothschild.

Nimrod Assif

Nimrod Assif. © Ludovic MAISANT
© Ludovic MAISANT

41 ans, avocat indépendantwww.combatscam.com

En Israël, il y a vraiment un esprit d’entreprise.

J’ai passé cinq ans aux États-Unis, au début des années 2000, pour passer le barreau de New York et travailler dans un grand cabinet, Sullivan & Cromwell. Puis j’ai eu envie de rentrer en Israël pour utiliser l’expérience que j’avais acquise. En créant mon cabinet, j’ai pensé proposer une spécialité nouvelle en Israël : le recours collectif. Il s’agit de poursuivre en justice des entreprises au nom d’un groupe de personnes, en général des consommateurs. Il m’a fallu deux ans pour goûter les fruits de mon travail. Je savais que c’était risqué, mais cela ne m’a pas empêché de franchir le pas. Évidemment, passer d’un statut de salarié à Wall Street à quasiment rien, c’était déstabilisant. Mais en Israël, il y a vraiment un esprit d’entreprise. Cela m’a porté. Et je savais que les services que je proposais étaient innovants. Désormais, j’ai des clients dans toute l’Europe… Ils entendent parler de moi par le bouche-à-oreille ou dans les journaux. Les cas sont très complexes et donc intéressants. Je n’ai d’ailleurs jamais hésité à demander de l’aide aux avocats plus seniors que moi. Pour discuter, je les emmène dans mon restaurant de hummus préféré, dans le vieux Jaffa.

L’adresse qu’il aime : le restaurant de hummus Abu Hassan, 14 rue Shivtei Israel, à Jaffa.

Mor Cicurel

Chef Mor Cicurel. © Ludovic MAISANT
© Ludovic MAISANT

30 ans, chef et propriétaire des Moonshine Bar et Night Kitchenwww.nightkitchen.co.il

À Tel Aviv, tout le monde est en quête de nouveaux lieux, de nouveaux concepts.

Il y a huit ans, après l’armée, puis un grand voyage en Amérique du Sud, j’ai eu envie de me plonger dans la vie nocturne de Tel-Aviv. J’ai commencé comme barman, puis manager. Je me suis intéressé à l’art des cocktails, ce qui était nouveau pour moi. Puis il y a deux ans, j’ai ouvert mon propre bar, Moonshine, dans l’esprit de l’Amérique de la prohibition, avec plein de cocktails originaux. Quand j’ai vu que Moonshine plaisait, j’ai eu envie de cuisiner. Alors j’ai appris sur le tas dans un restaurant de chef, Night Kitchen. Mais, au bout de six mois, je me suis dit qu’il fallait rendre le lieu plus fun. Alors j’en ai discuté avec le fondateur, j’ai pris mes parts dans l’entreprise et j’ai contribué à en changer l’atmosphère. Maintenant, c’est une ambiance à la fois sélect et décontractée, l’idée du “dîner entre copains”. Et je continue à avoir des idées nouvelles, ce qui est crucial à Tel-Aviv, où tout le monde est en quête de nouveaux lieux, de nouveaux concepts. Ici, rien n’est formel : je sors de la cuisine, je parle aux clients qui deviennent des amis. Je travaille, mais j’ai aussi l’impression de faire la fête avec eux…

L’adresse qu’il aime : Beer Bazaar, un bar à bières vraiment unique, bien dans l’esprit original de Tel-Aviv. 142 avenue Rothschild.

Danna Yekel

Danna-Yekel. © Ludovic MAISANT
© Ludovic MAISANT

39 ans, designer d’intérieur

L’esprit de Tel Aviv : vivre intensément, à toute allure.

J’ai commencé à travailler en tant que designer d’intérieur il y a dix ans, alors que j’étais encore étudiante à la Shenkar, l’école de mode et de design. Quand j’ai fini mes études, je travaillais déjà sur des projets de rénovation et de décoration d’appartements à Tel-Aviv. C’était très motivant, car, comme moi, mes clients étaient jeunes et avaient des budgets serrés. C’était l’époque où on commençait à s’acheter des appartements un peu délabrés au cœur de Tel-Aviv.
Il y avait tout à faire ! Aujourd’hui, la ville continue de se transformer. Il y a plein de vieilles constructions très belles pour lesquelles on peut faire des choses magnifiques. C’est vraiment ça qui est motivant ici : le potentiel énorme. J’ai eu envie de passer à des projets plus ambitieux, impliquant l’architecture autant que la décoration. Alors j’ai repris des études pour être architecte. Je m’intéresse de plus en plus aux maisons, car j’ai envie de suivre un projet
de A à Z. Comme j’ai trois enfants, je dois faire attention à mon rythme de vie. Parfois, je me demande comment j’arrive à mener tout de front. Mais c’est vraiment l’esprit de Tel-Aviv : vivre intensément, à toute allure. Comme je n’ai pas de bureaux, je propose souvent à mes clients de nous retrouver dans des cafés. C’est tout à fait normal ici.

L’adresse qu’elle aime : le quartier de South Tel Aviv et le magasin NUNII, 42 square Ha-Medina.