Portugal Lisbonne – Porto : Décryptage Business, us et culture

 Si la nostalgie chantée par le fado, l’appel du grand large et l’influence britannique restent encore les symboles du pays de Vasco de Gama, le Portugal d’aujourd’hui est avant tout une contrée ouverte sur le monde…

Pour León Acosta, professeur de lettres à l’université classique de Lisbonne, l’esprit portugais demeure, aujourd’hui encore, empreint de cette fameuse saoudad, un état d’âme intraduisible, se situant entre la nostalgie et le vague à l’âme et tant célébrée par les poètes. “Quand on pense au Portugal, on pense au fado, à cette forme d’expression à la fois déchirante et sensuelle. Il s’agit d’une mélancolie fataliste qui cependant n’a rien de négatif, explique-t-il. Au contraire, puisque c’est peut-être cette fameuse mélancolie qui a toujours poussé les Portugais à regarder le reste du monde avec une certaine envie.” Et c’est de là, sans doute, que leur vient l’appel du large. “Pourtant, continue l’universitaire, les Portugais sont en même temps très fiers de leur identité.”

 Fierté nationale

 Sur ce point, Eugénia Vieira, du groupe Sheraton Porto, tient le même discours. “S’il y a bien un conseil à donner à un étranger en visite au Portugal, c’est de s’informer un minimum sur l’histoire et la culture du pays avant son voyage. Les Portugais sont des gens très fiers de leurs origines, ils aiment qu’on s’y intéresse sincèrement. Dans un dîner d’affaires, il est toujours bienvenu de montrer que l’on connaît certaines dates, certains noms.”
 Pourtant, León Acosta remarque que le Portugal est toujours très marqué par sa culture catholique. “Montrer son savoir, oui, mais avec subtilité, et sans ostentation”, met-il en garde. En effet, rester dans la modération est un code essentiel au Portugal, qu’il s’agisse de savoir ou d’apparence. Être élégant, oui, ostentatoire, non. Cependant, tout le monde s’accorde à dire que les Portugais sont un peuple chaleureux. Encore une fois, “si l’on s’intéresse sincèrement à leur culture, ils feront tout pour faire découvrir à leurs hôtes les beautés de leur pays”, s’enthousiasme Eugénia Vieira. D’ailleurs, celle-ci poursuit par un précieux conseil : “Lorsqu’on dîne avec un Portugais, il est toujours bon de lui demander son avis avant de commander. S’enquérir des spécialités locales est vu comme une marque de respect et d’intérêt.”
 Pourtant, cette fierté nationale n’est en aucun cas le signe d’un repli ou d’un renfermement sur soi. Antonio Tavares da Costa, président de l’Association des entreprises portugaises, est très clair sur ce point. “Nous, Portugais, sommes ouverts sur le monde et surtout très curieux de ce qui vient de l’étranger. De par notre situation géographique un peu en retrait, nous adoptons souvent une position d’observateurs. Nous regardons ce qui se passe dans le reste de l’Europe… et puis nous avisons.” D’ailleurs, contrairement à la France, encore cantonnée à un esprit de supériorité linguistique, le Portugal ne présente plus aucune émission anglophone que sous-titrée. “Nous sommes passés aux sous-titres pour des raisons de facilité technique, ajoute Antonio Tavares da Costa, mais nous avons vite compris que cela profitait aux nouvelles générations qui apprennent ainsi à maîtriser l’anglais très jeunes. D’ailleurs, l’apprentissage des langues étrangères commence très tôt chez nous, dès la maternelle.

Ouverture et curiosité

 Cet intérêt pour l’étranger reflète une ouverture d’esprit, une flexibilité et une grande curiosité. C’est pourquoi les Portugais aiment faire honneur à leurs invités en parlant leur langue. Et il est vrai que le français et l’anglais sont largement maîtrisés dans le pays des grands navigateurs. Et cette ouverture d’esprit, cette chaleur et cet enthousiasme restent présents même quand il est question de gros contrats. “Prendre un rendez-vous de travail à onze heures du matin et ne pas le prolonger en déjeuner serait une insulte, ajoute le président de l’Association des entreprises portugaises. Nous aimons faire des affaires de façon conviviale, et ne pas séparer strictement le business des relations plus sociales. C’est ainsi que nous apprenons à faire confiance à quelqu’un avant de signer un gros contrat.”Quant aux politesses concernant la hiérarchie, Eugénia Vieira pense que le caractère légèrement solennel, qui est de mise entre Portugais, s’assouplit beaucoup face aux étrangers. “Les Portugais aiment utiliser leurs titres lorsqu’ils se parlent, mais cette rigidité tombe facilement lorsqu’ils s’adressent à des étrangers.” Susana Bràs, jeune chef d’entreprise de Porto, le constate elle aussi. “Être respectueux de la hiérarchie et des codes de politesse est important, mais il ne faudrait pas tomber dans l’obséquieux. Sous l’influence de l’espagnol et de l’anglais, le tutoiement et l’usage du prénom dans les rapports entre Portugais et non-Portugais est fréquent. Et comme partout, il faut d’abord laisser faire son hôte avant de se permettre une familiarité !”