Prague : une toute nouvelle partition pour la capitale tchèque

La capitale tchèque n’est pas qu’une “belle endormie”. Pour qui se donne la peine de prendre les chemins de traverse, elle sait se montrer légère et passionnée, gaie et bouillonnante. Une ville à redécouvrir de toute urgence !

Il faut louvoyer entre les artistes de rue, slalomer autour des faiseurs d’aquarelles, jouer des coudes pour fendre la foule… Comme chaque jour, le pont Charles résonne du pas cadencé des touristes. Car ils sont des centaines, des milliers peut-être, à parcourir les 516 mètres du plus célèbre monument de Prague ; trait d’union qui enjambe la Vltava et relie la vieille ville au quartier du château. Une cohue au coude à coude qui vient s’extasier devant les 30 statues noircies qui participent à son mystère. Tourmentées, presque angoissantes, nul ne sait si elles apprécient ou maudissent cet envahissant capharnaüm.

Les images de cartes postales d’une cité noyée dans les brumes, drapée dans la solitude quelquefois hautaine de celles qui sont trop sûres de leur beauté, ne sont guère plus qu’une lointaine chimère. Rares, en effet, sont ceux à ne pas être dans la confidence de ses attraits.

Chaque heure du jour, la célèbre horloge astronomique de la place de la Vieille ville sonne le rassemblement des touristes venus découvrir le Prague historique.

Et pourtant, le charme de Prague opère, toujours et encore ! Encore faut-il oser prendre des chemins de traverse pour profiter pleinement du spectacle. Car aussi magique soitil, le coeur historique de la capitale tchèque, totalement rénové et déserté par ses habitants, ressemble vraiment à un gigantesque décor de théâtre, dont les marionnettes seraient figurées par les touristes venus du monde entier.

 

Une multitude de nouveaux endroits

Les salons du palais Buquoy – l’actuelle ambassade de France – se louent pour des événe - ments haut de gamme, donnant à admirer les riches intérieurs de la haute société du XVIIIe.

Pour lui redonner un petit air inédit, certaines agences réceptives, à la manière du metteur en scène Peter Brook revisitant La flûte enchantée de Mozart, coupent les fils des personnages de fiction pour jouer une toute nouvelle partition. “Nous essayons de pousser les agences à créer de nouveaux produits pour dépasser la sempiternelle chasse au trésor ou la découverte du centre historique en vieille voiture”, confirme Lenka Zlebkova, directrice du Prague Convention Bureau. “Prague a parfois l’image d’une ville figée dans le passé, alors qu’il existe une multitude de nouveaux endroits où réaliser de belles opérations”, ajoute Bertrand Caillard, Français installé sur place et directeur de Meeting Europe Centrale. Après avoir dirigé des hôtels en Europe centrale, il a créé cette société précisément pour apporter du changement dans les programmes, essentiellement à destination du marché français. “C’est une cité qu’il faut redécouvrir sous un angle nouveau ; en combinant, par exemple, deux jours consacrés à la Prague traditionnelle avec une journée passée dans des lieux insolites ou à pratiquer des activités inattendues”, poursuit-il.

La salle théologique du monastère de Strahov, remplie de manuscrits enluminés et de livres précieux, rappelle la place éminente de Prague dans la pensée européenne.

Et c’est vrai que la visite de la Ville dorée devient passionnante, excitante même, dès lors qu’elle s’agrémente de la découverte d’une galerie d’art contemporain, des créations d’un styliste, ou bien encore de l’ouvrage d’un verrier qui réinvente le cristal de Bohème. Si on y ajoute un hébergement dans un de ces boutiques hôtels à la mode qui essaiment un peu partout – les Josef, Moods, Fusion, Icon, Yasmin… – et une sortie dans un bar ou un club branché, Prague prend alors des allures de capitale moderne…

 
 

Souvenirs personnalisés

La ville “aux cent clochers” : ce surnom n’est évidemment pas usurpé pour Prague, où se côtoient des couvents romans, une cathédrale gothique et des églises baroques à foison, autant d’étendards richement décorés de la foi catholique destinés à ramener la Bohème dans le droit chemin après la Réforme.Certes, dans le quartier commerçant de Stare Mesto qui s’étire paresseusement autour de la place de la Vieille ville, il y a belle lurette que les magasins de souvenirs ont remplacé les échoppes et les brasseries populaires du temps jadis. Mais il suffit d’oublier la rue Karlova, empruntée à l’époque par les rois allant se faire couronner à la cathédrale Saint-Guy et dont les pavés sont désormais lustrés par des hordes de touristes, pour dénicher son bonheur… Un bonheur tout simple, le temps par exemple d’une visite d’une boutique de décoration comme Manufaktura. Liberty Incentives & Congresses y organise des team buildings d’un nouveau genre. “Au premier étage, privatisable, une quinzaine de personnes apprennent à faire des casse-têtes en bois, des sels de bain ou des savons à base de produits locaux. Avec le privilège de repartir de la boutique en compagnie du souvenir fabriqué de leurs mains”, raconte Alexandre Gausson, directeur des ventes chez Liberty Incentives & Congresses.
 
 

Derrière les porches secrets

Il suffit de s’avancer plus profondément dans les méandres du vieux Prague pour passer de l’univers du savon à celui du cristal. Un porche secret, une ruelle tranquille… Et au bout du chemin un superbe atelier, la Manto Gallery, abritée dans une vieille maison baroque. Ici, Antonin Manto conjugue le cristal au fer pour créer de sculpturales œuvres d’art, mais aussi des chaises ou des guéridons aux lignes contemporaines. L’artiste, dont la réputation dépasse les frontières de la République tchèque – il a même créé des pièces uniques pour Hillary Clinton ou le pape Benoît XVI – , vient de temps à autre saluer les invités qui défilent dans sa galerie. Si le lieu s’affirme avant tout comme la vitrine d’un savoir-faire perpétué depuis des siècles et mis au service de l’art contemporain, le lieu peut se transformer en atelier pour des petits groupes qui viennent ici réaliser des dessins sur plaque de verre. Une fois cuits à 800°, ces chefs-d’œuvre uniques seront livrés à l’hôtel, 24 heures plus tard ! Artiste dans l’âme, fier d’avoir percé quelques secrets de fabrication, on se surprend alors à découvrir Prague d’un œil nouveau, attentif à la moindre façade baroque, au plus minuscule motif Art déco. Même pour les inconditionnels, il reste toujours à voir en levant la tête. Tours opulentes, coupoles généreuses et forêt de clochers effilés qui transpercent la brume de leur éclat retrouvé… Par-delà les rénovations, Prague n’en a pas moins conservé toute sa patine !
 
2—Céleste, le restaurant situé au dernier étage de La maison qui danse de Frank Gehry, est un des plus courus de Prague. Non seulement pour sa situation, mais aussi pour la qualité de sa cuisine Gwendal Le Ruyet, ancien de chez Ducasse.Pour la (re)découvrir, le rituel est immuable. Toutes les heures, la foule se rassemble sur la place de la Vieille ville, sous l’horloge astronomique et ses douze statues d’apôtres qui, inlassablement, remplissent leurs offices. Puis la troupe repart, s’égaie dans les ruelles alentour et leur foisonnement architectural qui s’étend sur plusieurs siècles. On déambule de maisons gothiques en façades baroques, dans une débauche de murs pastel, jaune, rose ou pistache. Jusqu’à la maison municipale, sublime témoignage de l’Art Nouveau et sa sublime marquise de fer et de verre.
 
À l’image de l’Icon, les boutique hôtels, mais aussi les bars à la mode, fleurissent autour de la place Venceslas, points de rendez-vous de la jeunesse branchée de la ville dorée.Depuis la place de la Vieille ville, on peut aussi rejoindre le quartier juif, sa magnifique synagogue Renaissance et son impressionnant cimetière aux 12 000 stèles enchevêtrées. Il faut pour cela emprunter la rue Parizska, les Champs-Élysées locaux, où les Vuitton et autres Gucci ont pignon sur rue, comme à Paris ou Milan. Pour la tendance locale, on pourra lui préférer la rue Dlouha toute proche, là où le talent de jeunes couturiers tchèques explose en un bouquet d’une dizaine de show-rooms épurés. Pour n’en rater aucun, le Czech Fashion Centre édite une carte recensant les boutiques de ces créateurs, Jozef Sloboda, Hana Havelkova ou bien encore Beata Rajska, la plus célèbre d’entre eux.
 
Si la mode est en effervescence, l’art sait aussi illuminer le quartier… Dans ce “Triangle d’or”, étrange îlot de calme oublié des touristes, plusieurs galeries font le show. On peut les privatiser pour des réceptions de quelques dizaines de personnes. Dvorak Sec est l’une d’entre elles et cultive avec soin son côté exclusif à travers les oeuvres parfois dérangeantes qui s’affichent sur ses murs blancs. Celles de David Cerny par exemple, celui-là même qui fit scandale avec sa sculpture Entropa exposée au Conseil de l’Europe de Bruxelles en 2009 lorsque la République tchèque présidait l’Union européenne. Il y illustrait les travers de chacun des 27 pays ; pour la France, il avait choisi le thème de… la grève ! “Plus accessible, la galerie Dea Orh peut accueillir un cocktail et se combiner avec un dîner dans le restaurant voisin Chagall’s”, explique Alexandre Gausson. Et parce que les nuits praguoises se doivent d’être vécues sans retenue, les Bombay Bar et Harley’s voisins ont tous les atouts pour séduire les 30-50 ans, tandis que le Roxy, une référence chez les noctambules, propose une programmation plus pointue, à base de rap et d’électro. Les groupes pourront même terminer la nuit au Duplex ou mieux, au Sasazu, un lieu qui a investi des anciens abattoirs de la ville et réunit dans un même lieu un restaurant chinois et un club où se bousculent les plus grands DJ européens. Il peut accueillir 2 000 personnes.
 
 

Nouvelles adresses trendy

Le château de Prague et la cathédrale Saint-Guy, vu de la terrasse de La Maison qui danse, immeuble dessiné par Frank Gehry dont l’architecture étonnante évoque les silhouettes de Ginger Rogers et Fred Astaire.Des adresses alternatives susceptibles d’attiser la flamme, Prague n’en manque pas ! Encore faut-il les dénicher. “Je voyage beaucoup en aveugle pour proposer tous les mois de nouvelles expérience, poursuit Bertrand Caillard. Avec pour fil conducteur l’effet “waouh”. Tout dépend bien évidemment du profil et de l’âge du groupe, mais je crois beaucoup à l’Eco-technical Museum, une ancienne usine de traitement des eaux qui, entre ses tunnels souterrains, sa salle des machines et ses vastes espaces, répond parfaitement à ce besoin d’originalité.”

une boîte de jazz réputée comme le Jazz DockCes nouveaux lieux pullulent dans Nove Mesto, la “nouvelle ville”, qui s’étend autour de la place Venceslas. D’appellation trompeuse, cette avenue, longue de 750 mètres bordée d’immeubles art déco et fermée par le musée national, vaut le détour. Ne serait-ce que par devoir de mémoire. Car elle fut le théâtre de tous les événements importants du pays, depuis le Printemps de Prague de 1968 au discours de Vaclav Havel, en 1989. Et puis, on y côtoie la “vraie vie”. Celle des hommes d’affaires pressés qui s’engouffrent dans des tramways bondés ; celle des jeunes Praguois qui s’attardent dans les cafés et cinémas. Comme partout en Europe, magasins de marques internationales et centres commerciaux ont ici aussi redessiné le paysage urbain. En particulier sur Rytirska, une rue trustée par les grandes enseignes et les cafés trendy, le Café Café ou le Ku Bar, pour ne citer que les plus fameux. Les nouveaux cadres qui bénissent l’économie de marché et les jeunes branchés s’y côtoient dans une ambiance toujours enfumée.

les créations de Beata Rajska dans sa boutique de la rue DlouhaDernier né de ces nouveaux palais de la consommation : le Palladium, gigantesque centre commercial qui trône place de la République, et dont l’architecture moderne détonne dans une ville qui s’enorgueillit de son unité plastique. Il suffit en effet de grimper au sommet d’une tour ou d’un clocher pour constater que rien, ou presque, ne dépareille. À part la Maison qui danse dessinée par Franck Gehry. Posée le long du quai Masaryk, son architecture déconstructiviste tranche avec le baroque ambiant et rappelle, sous ses formes ondulées, la silhouette d’un couple de danseurs célèbres, Ginger Rogers et Fred Astaire.

David Cerny et l’avant-garde artististique tchèque à la galerie Dvorak SecLe quartier de Vinohrady n’est qu’à quelques minutes de là. Avec ses pimpantes avenues Vinohradska et Manesova bordées d’immeubles baroques ou Art déco, ses parcs manucurés et sa Maison nationale, un bâtiment néo-Renaissance avec dorures et peintures à tous les étages qui louent ses salles pour divers événements, il a un petit air sage. Presque trop d’ailleurs. Changement d’ambiance en fin de journée : les bobos, qui ont depuis belle lurette délaissé leurs vieilles Skoda pour de clinquantes Audi, s’attardent dans ses cafés chics et ses restaurants branchés ; autant de lieux parfaits pour organiser des soirées chics et cosy. Le choix est vaste, entre le Sahara Café à la décoration ethnochic, le Bar & Books forcément très british pour déguster un vin de Moravie ou fumer le cigare, ou encore l’Aromi, qui sert une cuisine italienne dans une ambiance de briques et de bois. Tous peuvent se privatiser, notamment pour des groupes allant de 30 à 40 personnes…

 
 

Romantique à l’excès

Si l’autre rive de la Vltava est bien plus calme, elle n’en demeure pas moins un théâtre à ciel ouvert qui ferait chavirer le plus insensible des cœurs, le coin préféré des photographes et des poètes. En particulier les quartiers de Mala Strana, romantique à l’excès, avec son dédale de ruelles et de places secrètes plantées de bancs publics, ses moulins à eau et ses volées d’escaliers, ses églises magnifiées et ses édifices baroques alignés comme à la parade. Bordée d’anciennes maisons bourgeoises – des cafés désormais– et de palais flamboyants qui accueillent aujourd’hui les ambassades d’Italie et de Roumanie, la rue Nerudova, la Voie royale, conduit au château, l’incontournable étape pour toute opération incentive organisée à Prague.

Ancien monastère du XIIIe, l’hôtel Augustine de la collection Rocco Forte est un exemple réussi de l’art de faire du neuf très chic aveD’ajouts en reconstruction, il n’a cessé de grossir pendant 800 ans. À tel point qu’il serait le plus grand château du monde selon le Guinness Book. Et il est vrai qu’il faudrait presque un GPS pour explorer son enchevêtrement de bâtiments aux façades rigoureuses, se promener dans ses jardins à l’italienne, s’extasier devant sa cathédrale Saint-Guy et son couvent Saint-Georges. Et dans la gigantesque salle Vladislav aux accents indéniablement gothiques, utilisée pour de somptueuses soirées de gala, on se prend à rêver aux joutes chevaleresques qui se déroulèrent ici, il y a 400 ans… Plus loin, la Ruelle d’Or, dont les seize maisonnettes colorées ont été rénovées l’an dernier, brille comme un sou neuf. Quoi de plus normal après tout, puisque selon la légende, c’est ici que des alchimistes auraient transformé le plomb en métal doré ! C’est ici encore – au n° 22 – que Kafka, qui disait que “Prague ne lâche plus celui qui l’a découverte”, écrivit Un médecin de campagne. Sa maison est assiégée par les visiteurs.

 

Incentive en ambassade

Être une plate forme de l’art contemporain tchèque et international : c’est dans cet esprit que le centre DOX a ouvert en 2008. Il accueille depuis expositions temporaires et manifestations, avec la moitié de sa surface – dont une terrasse sur le toit – dédiée à l’organisation d’événements.Depuis quelques années, on peut aussi se laisser aller à un chauvinisme bien français puisque, dans le quartier, le palais baroque Buquoy, alias l’ambassade de France, loue se murs le temps de manifestations très haut de gamme. Elles ont lieu dans une enfilade de salles et de salons de style néobaroque aux noms évocateurs – Richelieu ou Charles X – et se prêtent à tous les événements jusqu’à 250 personnes : conférences, cocktails, dîners ou concerts. “Avec un coup de cœur pour le salon de musique, dans lequel ont joué Mozart ou Ravel”, explique Patrick Garçon, intendant de l’ambassade. Pour la petite – et la grande – histoire, François Mitterrand y prit son petit déjeuner avec Vaclav Havel, alors dissident, un matin de 1988.

À deux pas du château, perché sur la tranquille colline de Petrin, le monastère de Strahov, l’un des plus grands de Bohême, permet d’allier élévation spirituelle et paradis plus artificiels. Le cloître du monastère est baroque, sa bibliothèque médiévale. Ses salles de lecture aux plafonds richement décorés sont tapissées de 130 000 livres et manuscrits enluminés. Dans l’enceinte même de l’abbaye, une brasserie est installée où l’odeur âcre du houblon prend carrément à la gorge dès ses portes franchies. C’est qu’on y brasse toujours une bière coiffée d’un chapeau de mousse bien ferme et baptisée Saint-Norbert, du nom du fondateur de l’ordre des Prémontrés. Et puisqu’ici, les médecins tchèques affirment que la bière est bonne pour la santé, il n’y a aucune raison de s’en priver. Les agences réceptives proposent d’ailleurs plusieurs haltes dans leurs parcours, histoire de pouvoir se rendre compte, en toute connaissance de cause, des vertus de cette boisson nationale !

Autre attraction qui fait fureur auprès des groupes incentive : l’extravagante soufflerie Skydive Arena, installée dans la banlieue de Prague. Vêtu d’une combinaison saillante, à la manière des parachutistes, on y apprend à “flotter” dans l’air dans un tube en plexiglas de quatre mètres de diamètre, porté par des vents de 160 à 280 km/h ! Sans danger, l’expérience est hilarante. C’est à coup sûr l’assurance de fédérer un groupe, et peut être en clin d’oeil, rappeler que, par-delà les vieilles pierres, Prague sait être dans le vent…