Qatar, Dubaï, Abou Dhabi, Hôtellerie Toujours plus haut

Il y eut la toute première fois. C’était en 1982, lorsqu’une pyramide blanche trouée de mille fenêtres s’installa sur la désormais célèbre Corniche. Il s’agissait du Sheraton, premier hôtel international de Doha. 1 Et puis plus rien. Jusqu’en 2000, qui a vu apparaître un InterContinental. Et très vite, comme si les choses s’étaient enfin mises en mouvement, celle d’un Ritz-Carlton, suivie par un Four Seasons. Pas seulement un hôtel, ce Four Seasons, mais un vrai petit musée, avec sa propre collection d’œuvres d’art d’une valeur de 2 millions de dollars.

Une ville dans la ville avec un complexe de bureaux, des résidences, une plage de sable fin, un centre d’hydrothérapie, et la trouée bleue de ses piscines ondulant en plein West Bay, la nouvelle “place to be” de Doha, un quartier d’affaires chic et branché, qui n’était encore qu’un désert il y a quatre ans et est devenu l’organe vital de la capitale du Qatar.

De surprise en surprise

Ellen Boucher, porte-parole du Four Seasons, confirme l’ampleur du boom hôtelier de sa ville d’adoption. “Nous projetons d’ouvrir un nouveau Four Seasons à The Pearl”, se réjouit-elle. The Pearl. Une île artificielle de 400 hectares et 40 km de côtes qui sera bientôt le centre résidentiel et récréatif de Doha, tandis que West Bay restera le quartier d’affaires avançant surtout en hauteur. Tours de bureaux, résidences, mais aussi hôtels s’emparent de ce nouveau paysage urbain qui, lorsque les armées de grues auront disparu, promet d’être classé parmi les plus novateurs du monde. Entre l’automne 2009 et le printemps 2010, trois nouveaux cinq-étoiles devraient monopoliser le ciel : Marriott Renaissance (50 étages), City Center Rotana Hotel (50 étages également), Shangri-La (48 étages), mais aussi un St Regis, prévu pour 2011.

En mars dernier, deux petits nouveaux ont déjà fait parler d’eux. Le W, d’abord, qui situe la destination, puisque cette gamme de “lifestyle design hotels” ne pose jamais le pied ailleurs que dans les endroits les plus trendy de la planète. “À l’heure actuelle, le W est la chaîne de luxe qui se développe le plus rapidement”, explique Marta Andreeva, directrice du marketing. Devant la marquise futuriste du W de West Bay, toute en courbes métalliques recouvertes d’une herbe digne d’un alpage suisse, on subodore de futurs étonnements. Et effectivement. Dès le “living room” (dans le langage W, pas de business center mais un “wired”, pas de concierge mais “whatever whenever”, donc pas de lobby, première surprise, une pluie de fanoos bleu roi, lanternes des palais des sultans, qui tombe de la mezzanine et fait un véritable ciel d’Orient. “Les notes qataries sont omniprésentes, souligne Marta Andreeva, par exemple, le motif de la perle noire que l’on retrouve sur les sols de marbre, les tapis…” Autre surprise, les aquariums suspendus et les “chevaux abat-jour” grandeur nature qui illuminent les suites. Plus audacieux encore, la piscine passant du vert au violet au gré d’une musique sous-marine, pour les amateurs d’apnée.

L’autre hôtel estampillé “mars 2009” : le Grand Hyatt de West Bay Lagoon. Un endroit stratégiquement situé entre les nouvelles villes de Lusail et du Pearl, non loin du futur aéroport. Le luxe y est partout, mais sans ostentation. Tout se joue sur le détail, des lustres en pluie de cristal coloré aux boiseries à motifs étoilés rappelant les mosquées en passant par l’atrium central de 70 mètres et la sublime fontaine du lobby. “Nous voulions évoquer un palais arabe, avec des pierres authentiques, des jardins intérieurs”, explique Andres Corrales, directeur des ventes. Et comme dans un vrai palais de sultan, on n’y sert pas d’alcool. Ou presque.

Car on prétend que les locaux en costume national ne sont pas admis dans les bars d’hôtels. Même s’il n’est pas rare de voir des hommes en dishdasha converser autour d’un verre. C’est qu’à Doha, comme dans beaucoup de villes du Golfe, la vie sociale se concentre dans ces grands hôtels distingués, seuls à détenir le droit au cocktail ou au grand cru. Qataris, expatriés et visiteurs s’y retrouvent donc. Mais cela revient très cher et beaucoup préfèrent déguster leur champagne en découvrant un nouveau lieu à la mode. D’autant que les réjouissances sont loin d’être terminées, puisque la Qatar Tourism Authority annonce l’ouverture de 45 hôtels.

L’hôtel qui a coûté le plus cher au monde

Abou Dhabi annonce également des nouveautés. Ainsi, 30 000 lits supplémentaires devraient y être bordés d’ici à 2015 et 10 milliards de dollars investis dans l’hôtellerie dans les dix prochaines années. Aux Émirats, on ne lésine pas. À voir l’Emirates Palace, “l’hôtel qui a coûté le plus cher au monde”, comme le rappelle Mohammed Alaoui, son directeur du marketing, on comprend. D’abord prévu comme une résidence pour chefs d’État en visite, ce palais ouvert en 2005 s’est finalement transformé en un grand hôtel, géré par le groupe Kempinsky. Dans ce bâtiment d’un kilomètre de long, la liste des extravagances luxueuses n’en finit pas : 40 salles de conférences, du marbre importé de treize pays, 1002 chandeliers, cinq kilos d’or dégustés chaque année sur les desserts,800 arbres… et des expositions. Dont celle des maquettes des futurs musées de Saadiyat Island. Car l’Emirates Palace ne se contente pas d’être un hôtel. “Nous avons organisé l’an dernier la plus grande exposition Picasso tenue hors d’un musée officiel, ainsi que de nombreux concerts”, indique Mohammed Alaoui.

La présence de ce palace a fait des émules. Comme Shangri-La qui s’est installé, en 2007, devant la mosquée Sheikh-Zayed. “Nous avons voulu mettre en avant un tout nouveau concept que nous avons appelé city resort”, explique Céline Doyle, directrice des ventes. Cela donne un établissement de 214 chambres possédant un atout de taille : une vue imprenable sur la troisième plus grande mosquée du monde et, en même temps, sur un bras de mer privé. De sa piscine à débordement, la vue est sublime, un détail balnéaire qui séduit même la clientèle d’affaires. D’où l’ouverture, en juillet prochain, sur le même site, d’un Trader, quatre-étoiles de la marque Shangri-La. “Un quatre-étoiles avec services cinq étoiles, poursuit Céline Doyle, où les clients pourront profiter des restaurants du Shangri- La, de ses cinq piscines, de son spa… à des prix défiant toute concurrence. ” Une concurrence qui sera bientôt rude. En 2010, deux nouveaux Hyatt devraient ouvrir, notamment celui du Capital Gate Tower, une impressionnante tour oblique de 34 étages, inclinée à 33 degrés, qui deviendra sans doute l’icône d’Abou Dhabi. À la rentrée, un hôtel Aloft, nouveau concept Starwood calqué sur le modèle du W, ciblera une clientèle affaires en quête de prix légers, mais habituée au luxe.

Toujours plus de luxe

Lequel luxe on retrouve à Dubaï, toujours et encore. Après The Creek, puis les Palms, c’est au tour du Downtowm Burj Dubai d’épater le monde. Ce nouveau quartier d’affaires, avec en point d’orgue une tour de 818 mètres, est le cœur provisoire de cette cité toujours en devenir. Ici, le décideur, c’est Emaar, à l’origine du Burj Dubai, mais aussi de deux quatre-étoiles de haut standing, le Al-Manzil et le Qamardeen, ainsi que d’un nouveau cinq-étoiles situé face à la tour, The Address, porte-drapeau d’une chaîne tout récemment créée. Dans ce paradis urbain qu’est The Address, aucune des 196 chambres n’est exactement semblable à l’autre ; et pas une seule faute de goût dans ce bain de luxe contemporain. Si la vue directe sur le Burj est déjà impressionnante depuis les chambres (situées entre les 7ème et 12ème étages), c’est surtout depuis Neo, le lounge du 63e et son panorama à 360 degrés qu’on réalise pleinement la hauteur de la “grande” et de ses 162 étages. Le futur Armani Hotel, qui devrait ouvrir dans le Burj Dubai, se contentera d’une modeste élévation, du 6ème au 19ème. En attendant, The Address et Emaar continuent de gagner du terrain, puisque The Address Dubai Mall est sur le point d’ouvrir dans le dernier grand shopping center de la ville, face au Burj Fountain et ses grandes eaux. Versailles dernière version.

Autre quartier montant où pullulent les hôtels : Festival City. Un lieu très en vue qu’a choisi Pierre Gagnaire pour ouvrir son sixième restaurant, dans les murs du nouvel InterContinental et qui vient d’être élu meilleur restaurant de Dubaï. Et c’est encore à Festival City qu’ouvrira, en 2011, un nouveau W – le premier à Dubaï – ainsi qu’un Versace Hotel et un Four Seasons. Quant au groupe Jumeirah, leader hôtelier sur la scène dubaïote et dont on connaît surtout le célèbre Burj Al Arab, il annonce un Jumeirah Business Bay Hotel. Enfin, un Emirates Park Towers Hotel y investira deux immeubles de 77 étages… seulement. Juste pour qui ne serait pas encore prêt à affronter le vertige de la plus haute tour du monde.