Rencontre avec Simon de Latour, UbiFrance

Simon de Latour est directeur général d’Ubifrance au Nigéria.

La rente pétrolière n’a-t-elle pas eu des effets négatifs sur le pays ?

Simon de Latour – Le pétrole a longtemps masqué un manque de compé-titivité d’autres secteurs. Mais le Nigéria a aujourd’hui une réelle volonté de diversification de son économie. D’un modèle étatique et socialisant à l’époque du régime militaire, le pays est aujourd’hui d’obédience libérale. Après les télécoms, le secteur électrique vient d’être privatisé et vendu à des groupes financiers locaux. Le secteur bancaire a été assaini et la capacité d’investissement est forte. On estime que 600 milliards dorment dans les banques.

Cet investissement profitera-t-il au secteur industriel ?

S. de L. – Sans énergie, pas d’usine. La production effective s’élève à 4 000 mégawatts, alors qu’il en faudrait 45 000 ! Mais le secteur industriel repart progressivement de l’avant. Le gouvernement a pris des mesures protectionnistes pour encourager la production sur place. Il y a également une volonté de relancer le secteur automobile au plan local à travers des avantages fiscaux et des subventions, alors que dans le même temps les frais de douane à l’importation de véhicules neufs ont été relevés de 50% à 70%. Peugeot ne fait pas de secret de ses envies de revenir produire ici.

La France est-elle bien placée pour profiter de cet essor ?

S. de L. – Aujourd’hui, les entreprises comme la diplomatie françaises ont pris conscience que c’est en Afrique anglophone – Nigéria, Ghana, Angola, Kenya – que l’avenir se joue. Les perspectives sont vastes sur le plan industriel comme pour les produits de consommation. Mais, pour les PME, le ticket d’entrée est très élevé. Les Nigérians savent que tout le monde cherche à investir dans le pays et font jouer la concurrence. Le temps des affaires est long, un à deux ans. Il faut donc avoir un projet bien précis.