Niveaux d’avant crise, écoresponsabilité : le voyage d’affaires étudié

Une reprise à rythme soutenu des déplacements, des réunions en grand nombre, mais aussi un accent fort sur l'éco-responsabilité : plusieurs études mettent en lumière les grandes tendances actuelles du voyage d'affaires.
Le Terminal 2 à Nice (Photo: Nice Aéroport JF Romero)

« En mai, la demande de voyages d’affaires a quasiment récupéré son niveau pré-crise de 2019« , souligne l’association Marco Polo, qui publie chaque mois son index sur les déplacements professionnels. Plusieurs études, dévoilées coup sur coup, viennent mettre en lumière à la fois le rythme de plus en plus soutenu des déplacements professionnels, mais aussi les grandes tendances qui sous-tendront les voyages d’affaires ces prochains mois.

Rares, en effet, sont les entreprises ou les collaborateurs à ne pas avoir repris le chemin des gares ou aéroports. Selon le dernier sondage réalisé par la GBTA en juin dernier, 89 % des personnes interrogées indiquent que les voyages d’affaires nationaux sont autorisés dans leur entreprise, tout comme les voyages d’affaires internationaux non essentiels (78 %). Une embellie constatée aussi du côté des fournisseurs qui sont 84 % à enregistrer une croissance des réservations corporate.

De son côté, une étude conduite par Opinion Way pour AXA Partners et Carbookr auprès de 500 voyageurs professionnels en France et à l’étranger, montre une reprise identique. Sur les douze derniers mois, le nombre moyen de déplacements domestiques s’est établi à 8,7 en moyenne, tandis que l’international reprend progressivement, avec un nombre moyen de 3,6 voyages, essentiellement intra-européens.

Si la propagation du virus, particulièrement élevée en France ces derniers jours, et les restrictions des pays à l’entrée aux frontières restent des préoccupations fortes, mais qui vont en s’atténuant, d’autres éléments entrent en ligne de compte et pourraient à l’avenir peser sur l’évolution positive du secteur. « Nous constatons que d’autres facteurs, au-delà du Covid, pourraient affecter la vitesse et la trajectoire de la reprise des voyages d’affaires alors que nous nous dirigeons vers la seconde moitié de 2022« , a déclaré Suzanne Neufang, PDG de la GBTA. Parmi ceux-ci, les travel managers interrogés citent en particulier l’inflation (28 %) et le prix du pétrole (27 %), mais plus encore les goulots d’étranglement chez les fournisseurs (30 %), la pagaille dans les aéroports européens n’étant pas étrangère à cela. A cela s’ajoute, pour les travel managers européens, des préoccupations sur la guerre en Ukraine (33 %).

L’association Marco Polo souligne que, si le secteur du voyage d’affaires a retrouvé en mai 90 % de l’activité de ce qu’elle était 2019, cette performance est « d’autant plus remarquable qu’elle s’est réalisée dans un contexte où l’offre n’a pas toujours été en mesure de satisfaire la demande. » Sans tous les problèmes de personnel que connaît aujourd’hui l’aérien, Marco Polo estime pouvoir « raisonnablement penser que sans ces limites liées à l’offre, le niveau d’activité aurait été globalement comparable à celui de mai 2019.« 

De tous les pans du voyage d’affaires, ce sont les réunions qui tirent vers le haut l’ensemble du secteur. Selon la GBTA, les réunions avec les clients et les prospects (31 %), les participations aux conférences, salons et événements (21 %), mais aussi les réunions internes (17 %) représentent la grande majorité des dépenses de voyage. Un constat corroboré par l’activité de Châteauform’ qui dépasse ses meilleurs mois historiques depuis mars dernier ou par Sophie Hulgard, vice-présidente senior Ventes Europe du Nord de Accor, dans une récente interview accordée à notre site : « En ce qui concerne la demande meetings & events, nous sommes déjà revenu au niveau de 2019 et, depuis quelques semaines, nous voyons arriver des demandes de réservation de séminaires de plus de 200-300 personnes pour 2023.« 

Le recours aux visio-conférences et la banalisation du télétravail n’ont pas brutalement modifié le besoin de voyager pour affaires. « 76 % des voyageurs estiment les déplacements indispensables ou nécessaires et utiles pour réaliser leur mission« , selon la cinquième vague de l’enquête sur les déplacements professionnels en France et à l’étranger réalisée par OpinionWay et Corporate Mobilities pour AXA Partners France et Carbookr. Mais, si les professionnels estiment pour une large part leurs déplacements toujours nécessaires, ces études détaillent le futur de ces voyages, de plus en plus encadrés par la prise de conscience de l’impact environnemental des déplacements et l’aspiration au bien-être des salariés.

Lufthansa vols supprimés
Les queues à l’aéroport de Francfort pour passer les contrôles le 1er juin 2022 (Photo: LC)

Dans son étude réalisée auprès d’un échantillon de 500 voyageurs professionnels du 23 mai au 2 juin dernier, OpinionWay dessine quatre profils types des voyageurs et esquisse les nouvelles attentes des collaborateurs : 33% sont des « impliqués », déjà prêts à réfléchir à des déplacements plus responsables, et 42% des « suiveurs » qui, sans être aussi sensibles à cette problématique, attendent d’être « convaincus par des solutions concrètes pour basculer vers des déplacements plus éco-responsables« , selon Opinion Way. Tandis que 5% ne voyagent que peu ou pas du tout, l’étude ne montre qu’une seule catégorie de professionnels peu sensible au sujet, les distants (20%) , des voyageurs domestiques réguliers qui prennent sans doute le train et se sentent moins concernés par le futur du déplacement.

Face à cette évolution, les collaborateurs seront sans doute plus enclins à l’avenir à faire des arbitrages envers des fournisseurs respectueux de l’environnement ou des déplacements qui préserveront leur équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Des attentes plus qu’émergentes et qui trouvent un écho chez leurs employeurs, 75 % d’entre eux se concentrant davantage sur la sécurité et le bien-être des voyageurs selon la GBTA et 55 % sur la durabilité et la responsabilité sociale. Soit une nette progression par rapport à il y a deux ans. « Au fil de la pandémie, les voyages d’affaires et les voyageurs ont changé et les programmes de voyages d’affaires doivent donc évoluer en conséquence« , a déclaré Suzanne Neufang, PDG de la GBTA.

Ce qui commence à se matérialiser, puisque, selon Opinion Way, 41% des entreprises ont mis en place aujourd’hui une politique de mobilité intégrant les enjeux économiques, d’impacts carbone et de bien-être des collaborateurs. Une progression de 4 points par rapport au précédent sondage, datant de la fin d’année dernière. En parallèle, le nombre de celles qui ne l’ont fait que partiellement est resté stable, à 44%. Incitation à la visioconférence, à l’usage du train, d’hôtels et de loueurs de véhicule éco-responsables : voilà quelques unes des actions déployées au sein des entreprises, de même que l’intégration du covoiturage et des mobilités douces dans leur politique de déplacements. Dans ce cadre, ce sondage note que les politiques de mobilité des entreprises « embarquent également la flotte de véhicules et les déplacements domicile-travail.« 

Une tendance globale, puisque ce point de vue est corroboré par une étude réalisée sur le marché nord-américain par la GBTA et Uber for Business, The Corporate Travel Comeback : The Evolution of Ground Transportation and Other Trending Business Travel Topics. « Alors que de plus en plus d’entreprises se tournent vers des modes de travail en présentiel et en hybride, il est important que les entreprises réimaginent leurs politiques de voyage afin qu’elles soient adaptées à cette nouvelle ère business dans laquelle nous évoluons« , a déclaré Susan Anderson, responsable mondiale d’Uber for Business.

Il ressort de cette étude que 50 % des entreprises outre-Atlantique déclarent que le développement durable est très ou extrêmement important dans la conception du programme de voyages. Quant à mettre la main au portefeuille… Seulement 6 % des personnes interrogées déclarent que leur entreprise permet de dépenser plus pour des options de voyage durables. Un quart supplémentaire (26 %) l’envisage cependant. A voir si tout cela se transcrira dans les faits.