2020-2021 : voyager dans la tourmente géopolitique

Si la pandémie de covid-19 a sérieusement écorné l'idée d'un monde globalisé, elle a aussi redessiné les courants de trafic à travers la planète. Des changements géopolitiques qui ne manqueront pas de redessiner la carte des voyages d'affaires en 2021.
Ho Chi Minh Ville risque de rester hors limites pour les hommes d'affaires européens au 1er semestre 2021 (Photo: LC)

2020 aura vu la fermeture de la plupart des frontières à travers le monde, redistribuant de fait les courants de trafic. Des pans entiers de la planète se sont ainsi barricadés. En 2020 ont ainsi disparu des radars des voyageurs européens l’Asie-Pacifique ou encore les Amériques.

Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme UNWTO-OMT, l’Asie-Pacifique est le continent qui a, de fait connu, les restrictions les plus fortes. Le tourisme international dans cette région a dégringolé de plus de 82% sur les dix premiers mois de 2020. Un chiffre à comparer avec une baisse plus limitée du nombre d’arrivées en Europe et dans les Amériques. Elle aura atteint 69% pour la première et 68% pour les secondes.

Selon l’organisation onusienne, le tourisme international a retrouvé en 2020 un niveau comparable à 1990. Soit la disparition d’un milliard d’arrivées internationales. Et des pertes de recettes touristiques estimées à 1 100 milliards de dollars !

Liberté de voyage en Europe

Le UNWTO-OMT constate que l’Europe a été la partie du monde où la liberté de circuler a été la plus grande. En particulier au sein de l’espace Schengen, à l’exception de quelques pays. Ainsi le Danemark, la Finlande ou l’Irlande ont effectivement conservé presque tout au long de l’année des protocoles de restriction d’entrées extrêmement stricts. Le UNWTO-OMT constatait néanmoins que 91% des destinations européennes étaient totalement ou partiellement accessibles aux voyageurs étrangers en novembre dernier.

Cette reconfiguration des mouvements des personnes à travers la planète s’accompagne naturellement d’un redécoupage géopolitique. Si la Chine a, par exemple, gagné en influence dans le reste de l’Asie – à l’exception notable de la Corée et du Japon -, l’Europe a en revanche pris ses distances avec le géant asiatique. L’Europe a notamment reproché à la Chine son manque de transparence dans la crise du covid et sa diplomatie très agressive et – de fait – perçue comme dangereuse.

Les échanges transatlantiques ont également battu de l’aile. Non seulement en raison de l’interdiction quasi totale d’entrée des Européens au Canada et aux Etats-Unis, mais aussi en raison d’une administration Trump que les Européens ont jugé irrationnelle. L’administration du président sortant n’aura en effet cessé de souffler le chaud et le froid tout au long de 2020.

Les Européens se sont donc naturellement tournés vers l’Europe. L’Union Européenne a tiré profit de la pandémie pour renforcer son positionnement politique. La réouverture de l’espace Schengen durant l’été 2020, l’aide financière de 100 milliards d’euros pour les membres de l’UE ou encore l’achat en commun des vaccins montre que l’entité économique européenne peut gagner en poids politique. Le départ du Royaume-Uni, s’il marginalise à court terme ce pays en Europe, renforce de fait la cohésion de l’UE.

On peut s’attendre en 2021 à ce que ces événements pèsent toujours sur les relations économiques de la planète. Avec le vaccin, les frontières à l’intérieur de l’UE se rouvriront très vite. Les membres de l’Union Européenne ayant déjà l’expérience d’une première ouverture durant l’été 2020, les échanges intra-européens devraient s’en trouver renforcer.

Des espoirs sur les voyages vers les Amériques et le Moyen-Orient

L’arrivée d’une nouvelle administration aux Etats-Unis avec le président élu Joe Biden va se traduire par plus de sérénité et une reprise progressive des courants de trafic sur l’Atlantique Nord. Les îles des Caraïbes, très dépendantes du tourisme, se sont déjà partiellement rouvertes aux mouvements internationaux de voyageurs.

Les échanges au Moyen-Orient, notamment vers le Golfe, vont rapidement reprendre. Ils sont en effet soutenus par le pragmatisme des dirigeants de la région. Ils savent combien leurs destinations dépendent des échanges commerciaux et économiques avec le reste du monde. Depuis la fin de l’année dernière, Dubaï, Abu Dhabi, Oman et Qatar se sont ainsi progressivement rouverts aux voyageurs internationaux.

En Asie, l’Union Européenne et la Chine ont finalement paraphé fin 2020 un accord commercial d’envergure. Il devrait quelque peu apaiser les tensions nées en 2020. Pourtant les relations Asie-Europe se caractériseront encore par une très grande incertitude en 2021. Les comportements des gouvernements d’Extrême-Orient restent en effet frileux à une rapide réouverture. Certains ont même vu dans la pandémie l’opportunité de casser une influence étrangère jugée néfaste sur leur population.

L’exemple le plus flagrant de ce durcissement a été la mise sous cloche de Hong Kong en 2020. La nouvelle loi sur la sécurité de l’ancien territoire britannique pèsera lourd sur l’attrait international de la ville. Si le lien Europe-Asie retrouvera de la force, il lui faudra probablement du temps.

En général, le UNWTO-OMT table sur une reprise solide à partir du second semestre 2021. Mais la demande internationale pour les voyages prendra du temps à retrouver ses niveaux pré-covid. Le UNWTO-OMT lui donne en effet de deux à trois ans pour se redresser.