Séminaires : retour en grâce

Séminaires – Retour en grâce

La crise passée, réunions et séminaires font leur retour dans les hôtels haut de gamme. Mais, que ce soit en ville, à la campagne ou à la mer, les établissements doivent s’adapter aux besoins d’entreprises attentives à la dépense.

Les visioconférences n’auront finalement pas eu la peau des séminaires et autres conventions, comme on pouvait l’entendre, ici et là, il y a encore quelques temps. Ainsi, l’an dernier, selon les statistiques publiées par l’observatoire du tourisme d’affaires, les sociétés basées en France ont dépensé 8,81 milliards d’euros – en hausse de 4,2 % par rapport à 2009 – , essentiellement concentrés sur les séminaires. Et, de son côté, l’événementiel recommence à gagner du terrain, même s’il n’a pas encore réussi à retrouver son niveau d’avant crise.

Si l’heure n’est plus au noir pessimisme, elle n’est pas non plus à l’euphorie du côté des hôteliers. Car ces mois difficiles ont fait naître de nouvelles habitudes, désormais bien ancrées. Ainsi les dépenses moyennes par participant stagnent, voire diminuent. 55 % des entreprises ont observé une nouvelle baisse de leur budget dédié aux manifestations professionnelles – contre 61 % en 2009 – et 40 % d’entre elles ont été contraintes d’annuler des opérations pour des raisons économiques imposées par la direction générale. Mais, si l’enthousiasme est encore limité, 2011 semble tout de même assez prometteuse. “Les années ‘bling bling’ sont terminées, note Marion Gauthier, directrice des ventes pour le sud de l’Europe et le Benelux chez Rezidor. Et je ne pense pas qu’elles reviennent un jour. Désormais, les entreprises veulent effectuer des dépenses de manière responsable. Les cahiers des charges sont très précis.” Par ailleurs, les demandes arrivent bien souvent en dernière minute, après validation de l’événement en interne. “Et ce n’est pas près de changer”, pense Hassan Adhab, directeur de la zone Afrique et Océan Indien pour Starwood Hotels.

Cependant, les hôteliers s’accordent à reconnaître que les clients qui, pendant un temps, sont descendus en gamme, reviennent aujourd’hui vers le quatre étoiles. “Néanmoins, ils essaient assez souvent de négocier un budget relevant des prestations d’un trois étoiles. Autres constats : nous sommes mis beaucoup plus souvent en concurrence que par le passé, et nous sommes également souvent obligé d’établir plusieurs devis pour un même événement, les demandes arrivant par des canaux différents”, souligne Yves Lacheret, directeur ventes et distribution France du groupe Accor. La durée des manifestations se raccourcit, se limitant à un ou deux jours contre deux et demi, voire trois en 2008. Autre tendance, dernièrement remarquée : avec la flambée des prix du carburant, les entreprises rechignent à s’éloigner de leurs bases. Ainsi, plus de 80 % des manifestations se déroulent en priorité sur le territoire français.

Montée en gamme
Dans ce cadre, Paris reste toujours très demandée, notamment pour sa facilité d’accès. S’ajoutent aussi le prestige d’une ville chère au coeur des Français et une offre conséquente d’établissements d’affaires quatre étoiles de chaînes internationales. Celle-ci s’est d’ailleurs accrue au cours des dernières années avec l’ouverture, notamment, des Radisson Blu Paris-Boulogne et Ambassador du groupe Rezidor, des Renaissance Arc de Triomphe et Le Parc Trocadéro de l’hôtelier Marriott ou encore le changement d’enseigne de l’Holiday Inn de la place de la République, devenu un Crowne Plaza. “Pour notre part, nous avons ouvert fin janvier le Pullman Montparnasse (n.d.l.r. : l’ancien Méridien Montparnasse), avec 963 chambres et 4 000 m2 d’espaces de réunions. Ce qui nous permet d’accueillir des manifestations que nous ne pouvions assumer auparavant”, poursuit Yves Lacheret.

Marques haut de gamme

2 ) Parmi les marques haut de gamme spécialisées dans l’accueil de séminaires, Radisson Blu développe son offre à travers la France avec l’ouverture de nombreux établissements à Paris et en province, à Marseille notamment.
3 ) Les hôtels parisiens restent les plus courus pour l’organisation de séminaires et soignent leurs espaces de réunions, comme ici au très contemporain Renaissance Arc de Triomphe.

Mais, si, pour les Français comme pour les étrangers, Paris reste “la” destination MICE par excellence, les organisateurs émettent de plus en plus le désir, selon l’observatoire du tourisme, de sortir des villes pour réunir leurs équipes dans un cadre agréable. À condition toutefois de ne pas dépasser les 45 minutes de temps de transfert entre l’aéroport ou la gare TGV et l’hôtel. Dans ce domaine, les alentours de la capitale ne manquent pas non plus d’atouts. L’Île-de- France recèle en effet un grand nombre d’établissements où organiser des mises au vert, à Chantilly, Saint-Germain,Versailles ou en forêt de Rambouillet.

Ailleurs en France, des lieux comme Les Jardins de St Benoît, au coeur des Corbières, répondent à ce désir de retour aux sources qui caractérise notre époque. “Nous avons débuté en 2009, en pleine crise donc, et nous avons fait néanmoins une bonne année d’ouverture. Probablement parce que nous proposions un nouveau concept porteur : un village avec 171 maisons, dont 22 avec piscine, au milieu des vignes. Avec des prestations haut de gamme, de nombreuses salles de sous-commissions et, plus récemment, un centre de conférences de 800 m2”, commente Delphine Fabre, responsable groupe et séminaire du groupe Guarrigae. Faute de pouvoir se réunir vraiment “au milieu de nulle part”, les organisateurs sont sensibles à l’impression de nature et de dépaysement que peut par exemple dégager un établissement comme le Dolce Frégate Provence, à St Cyr sur Mer, avec sa bastide à la décoration provençale, ses 133 chambres et suites donnant toutes sur la mer et son golf qui s’étend jusqu’à la falaise, entre garrigue et pinède, embrassant une partie de la côte varoise. Mais surtout, un de ces atouts principaux est d’être très accessible. “Tout en étant à seulement 15 minutes de la gare TGV de Toulon et 45 minutes de l’aéroport de Marseille-Provence, on est loin des tentations du centre-ville. Pas question, donc, de s’éparpiller à l’heure du déjeuner”, souligne Karine Pinson, directrice régionale vente et marketing de Dolce en Europe.

Les grandes villes de province desservies par le TGV sont également très appréciées. Comme Marseille, entre autres, qui a réussi à se refaire une réputation. Les quatre étoiles du groupe Accor ont été rénovés à l’instar du Novotel Vieux-Port qui domine la rade phocéenne. Sur la Corniche, le Sofitel vieillissant est devenu un Pullmann. À côté du groupe français, les ouvertures en 2007 d’un Radisson Blu, sur le Vieux-Port, et du Concorde La Villa Massalia, non loin du parc Borely, préfiguraient l’arrivée de nouvelles marques. Car la ville attend d’autres développements avec la transformation de l’ancien Hôtel Dieu en InterContinental dont l’ouverture est prévue pour 2013, année où Marriott installera son enseigne Courtyard dans le quartier d’EuroMéditerranée.

Hors de France
Lorsque les entreprises décident de passer les frontières de l’Hexagone, c’est pour se rendre le plus souvent dans de grandes métropoles européennes comme Bruxelles, Berlin ou Barcelone. Vienne, qui compte un nouveau Sofitel, est “une destination qui marche, dépourvue de toute connotation ‘bling bling’ ”, souligne aussi Yves Lacheret, du groupe Accor. Avec les mises en garde sur les déplacements vers la Tunisie ou l’Égypte, destinations MICE classiquement très appréciées, de nouveaux pays commencent à sortir du lot.

“Nous observons une montée en puissance de la Croatie, où nous avons ouvert l’année dernière un Radisson Blu à Dubrovnik et un autre à Split”, remarque Marion Gauthier, du groupe Rezidor.

Nouveautés en province
En attendant, Courtyard vient de s’implanter à Montpellier, une métropole en pleine évolution où IHG inaugurera très prochainement un Crowne Plaza. Lille est une autre de ces villes de province qui jouent pleinement la carte “séminaires”. Ce qui stimule l’hôtellerie haut de gamme locale. Face à l’arrivée de l’Hôtel Casino Barrière, adossé à un centre de conférences, le Crowne Plaza de la ville s’est refait une beauté. Et surtout, cherche à innover. “On a lancé, tous les jeudis, les soirées ‘électro-jazz’ dans un lobby repensé comme un salon cosy avec piano à queue et fauteuils en cuir”, souligne Jean-Vianney Palys, directeur général de l’hôtel. Une initiative pour ouvrir l’établissement sur la ville qui a aussi séduit les organisateurs de séminaires.

Les hôtels de province

Strasbourg, Lille, Bordeaux, Toulouse : les hôtels de province profitent de la tendance croissante au sein des entreprises à organiser des réunions principalement en France. La concurrence est forte entre établissements et oblige à proposer une offre sans cesse remise au goût du jour, comme le montre la récente rénovation du Crowne Plaza de Lille.

Ressouder les équipe
Afin de gérer efficacement les demandes des meeting planners, les groupes internationaux affinent leurs outils de réservation en ligne et développent leurs structures d’organisation comme “Séminaires solutions” chez Best Western, “Co-Meeting” chez Pullmann, “Meeting Success” chez IHG, “Passkey” chez Dolce… Une liste loin d’être exhaustive. “On s’est adapté aux besoins des clients qui ne veulent plus s’occuper de l’organisation. De plus en plus de quatre étoiles prennent en charge la totalité du séminaire, renchérit Nabila Djelti, directrice commerciale du Crowne Plaza Lille. Pour un de nos grands comptes, nous avons entièrement monté une convention réunissant 120 personnes. En plus de la partie hôtelière, nous nous sommes occupés de réserver les restaurants, d’organiser les visites d’expositions et de louer les bus”.

Car si les dépenses sont toujours sous haute surveillance, les organisateurs ne bannissent plus des activités jugées trop chères il n’y a pas si longtemps. Avec une nette préférence pour la cohésion d’équipe. “On note un retour en force du team building. La crise s’est accompagnée de restructurations. Il faut donc ressouder les équipes, quand ce n’est pas tout simplement aider les collaborateurs à mieux se connaître”, souligne Camille Drye, directeur des franchises France, Benelux et Turquie de IHG. Cours de cuisine, rallyes et autres activités de groupe : tout est bon pour développer l’esprit d’équipe, tant qu’il y a un challenge à la clé. Idem pour une initiation au golf.

Les séminaires dans un cadre naturel ont le vent en poupe.

Les séminaires dans un cadre naturel ont le vent en poupe. A proximité de Marseille, de son aéroport et de sa gare TGV, l’hôtel Dolce Frégate Provence joue pleinement la carte golf.

“Dans le cadre d’un séminaire, on essaye toujours de sortir du cadre classique de l’initiation en constituant plusieurs équipes qui voyageront sur tout le parcours”, explique Eric Vitelli, responsable de l’académie de golf du Dolce Fregate. Et si le budget n’est pas suffisant ? Aux hôteliers de trouver une solution pour qu’il le devienne en adaptant leurs prestations ! Pour autant, il n’est nulle part question de casser les prix. La période des super promotions est terminée. À moins, à moins qu’une autre crise…

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