Séoul : L’âme d’une grande

2010 s’annonce douce pour Séoul : ville d’accueil du sommet du G20 en novembre, elle arborera toute l’année le titre de Capitale mondiale du design. Une capitale où s’invente un nouveau paysage urbain.

La crise ? La Corée du Sud connaît à peine. Ainsi, le 28 novembre dernier, le JoongAng Daily, l’un des trois quotidiens sud-coréens de langue anglaise, rapportait les prévisions du cabinet d’analyse Moody’s Economy.com : +6 % de croissance prévus pour 2010. “À l’exception du dernier trimestre 2008, où une croissance négative de –5,1 % a été enregistrée, la Corée n’a presque pas été touchée”, explique Clément Charles, directeur des publications de la FKCCI, la chambre de commerce et d’industrie franco-coréenne. “Au troisième trimestre 2009, l’aiguille est remontée à 3,2 %, le plus haut score en sept ans et demi”, précise-t-il.

Même le marché du luxe se porte bien au Pays du matin calme. Une vraie prouesse : un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros en 2008 et une croissance de 35 % au premier trimestre. Dans tout cela, les Français se taillent la part belle avec 50 % du marché et une place toute spéciale pour les cosmétiques (1). Car – anecdote qui fera frémir les plus coquettes Occidentales – une Coréenne aisée utilise pas moins de 17 produits de beauté par jour. Dès lors, le marché coréen de la crème de jouvence se situe en troisième position, après les États-Unis et le Japon.

Ce boom du luxe en pleine période de crise, la Corée du Sud le doit en partie à la dévaluation du won face aux devises étrangères. Les touristes japonais et chinois, attirés par la multitude de magasins duty-free qui éclosent dans les grandes rues de la capitale (et pas seulement dans les aéroports), viennent massivement faire leur marché à Séoul. Double effet : le pays est l’un des rares à avoir vu son tourisme augmenter pendant la crise (2). Si les pronostics pour 2010 semblent donc plutôt optimistes, c’est aussi parce que la Corée du Sud a déjà relevé un vrai défi : atteindre un excédent de près de 27 milliards de dollars (3,4 % du PIB), le plus important de son histoire, sur les huit premiers mois de l’année 2009. Et cela, malgré le déficit de 2008. Le tout orchestré par quatre principaux secteurs industriels lui assurant près de 57 % de ses exportations (3).

Libre échange avec l’Europe

“Désormais, on ne peut plus qualifier la Corée du Sud de pays émergent”, martèle Katarzyna Goyon, directrice de la FKCCI, en soulignant qu’il s’agit du seul pays de l’OCDE à avoir connu une croissance en 2009. C’est peut-être aussi l’une des raisons pour lesquelles certains entrepreneurs avertis viennent s’implanter à Séoul plutôt qu’à Pékin ou Shanghai. “Non seulement la Corée du Sud représente une bonne base pour “attaquer” la Chine et le Japon, mais le récent accord de libre échange signé le 15 octobre dernier avec l’Union européenne devrait encore faciliter les choses, notamment grâce à la levée des droits de douane frappant les exportations européennes”, poursuit Katarzyna Goyon (4).

Selon les prévisions, cet accord pourrait générer jusqu’à 19 milliards d’euros de nouveaux échanges côté Union européenne, qui se trouve être la deuxième destination la plus importante pour les exportations sud-coréennes, après la Chine. La Corée, pour sa part, se place au huitième rang des partenaires commerciaux de l’Europe ; la France étant son 18e fournisseur, son 29e client et son quatrième partenaire européen. “Près de 80 % des entreprises étrangères qui réussissent en Corée du Sud ont un partenaire local”, explique Katarzyna Goyon. Autre élément crucial : la Corée est l’un des pays les réer un site web, ajoute-t-elle, mais attention, Facebook ou Google sont marginaux et se refaçonnent en versions locales.” C’est donc vers Naver, le moteur de recherche le plus courant, qu’il faudra se tourner, tout en soignant son image.

Car ce n’est pas pour rien que Séoul a été sélectionnée comme première Capitale mondiale du design en 2010. Les Samsung, LG, Daewoo ou Hyundai raflent désormais tous les grands concours design du monde, tandis que Séoul a déployé de gigantesques efforts pour améliorer son environnement et redessiner son visage. Tout a commencé par la démolition, en 2003, de l’autopont de Cheonggyecheon, symbole du développement coréen des années 1960, et qui a permis de remettre à jour un cours d’eau animant désormais le quartier de la mairie.

Design et croissance verte

Depuis, les aménagements n’ont cessé de s’enchaîner : nouveau mobilier urbain, berges de la rivière Han plus accessibles, plan de croissance verte incluant des parcs et des pistes cyclables… Mais aussi deux gigantesques projets de développement du côté de l’International Business District. Celui de Yongsan et ses trois tours de plus de 100 étages prévues pour 2024. Et celui du Global Business Hub de Songdo, une nouvelle ville écologique construite près de l’aéroport d’Incheon. “Le titre de Design Capital va donner à la ville une nouvelle image, un brandname”, estime Jenny Ryu, porte-parole de la Seoul Design Foundation. Son futur symbole, le Dongdaemun Design Plaza & Park, sera un “hub design”, un lieu d’expositions, de conférences et de détente.

Initialement prévu pour 2010, cet ancien stade de baseball redessiné par la célèbre architecte Zaha Hadid ne sera prêt qu’en 2011. “Le retard a été causé par des découvertes archéologiques, poursuit Jenny Ryu, mais le Seoul Design Capital n’est pas quelque chose qui doit être “accompli” pour 2010. C’est au contraire un parcours à long terme, un processus pour le futur.” Un futur vers lequel les Séoulites se tournent avec confiance, et surtout avec style.

(1) Chiffres communiqués par le service économique de l’ambassade de France à Séoul.

(2) Plus de 7 millions de visiteurs enregistrés au 23 novembre 2009, avec un objectif de 10 millions pour 2012 et de 20 millions pour 2020.

(3) Équipements électriques et électroniques (24,1 %), chantiers navals (13,5 %), réacteurs nucléaires, machines, chaudières (10,3 %), automobile (9,3 %).

(4) Entrée en vigueur prévue pour le deuxième semestre 2010.