Shanghai – Hôtellerie : Check-in à tout-va

Véritablement née il y a douze ans, au moment du réveil économique de Shanghaï, la grande hôtellerie internationale s’empare du devant de la scène.

Àl’origine, il y a eu Robert Kwok, le propriétaire des hôtels Shangri-La, un visionnaire qui décida d’ouvrir le tout premier cinq-étoiles international de Shanghaï, au beau milieu d’une vaste rizière où ne s’élevait alors que l’emblématique TV Tower. À l’époque, on cria à la démence et à la démesure. On oubliait l’essentiel : que le district de Pudong avait déjà été choisi comme siège des affaires de la future capitale économique. C’était en 1998. À peine un an plus tard, le Grand Hyatt ouvrait entre les 53e et 87e étages de la Jin Mao Tower poussée là entre-temps. Entre tant d’autres tours.

Retrouver les fastes des années 30

En 2010, à la veille de l’Exposition universelle, le paysage hôtelier de Shanghaï s’est carrément métamorphosé. Pourtant, il y règne encore un parfum de tradition. Le Shangri-La, passé de 577 chambres à 905 en 2005, est resté monument vénéré, tandis que la marque Hyatt s’est enracinée plus solidement encore dans la terre meuble de l’ancien marécage. En 2007, le Hyatt on the Bund ouvrait au public les 631 chambres de ses deux tours triangulaires faites pour maximiser la vue. “Vue”, justement, c’est ainsi que se nomme son restaurant européen de grande réputation, lieu atypique et fragmenté, fait de petits salons de collectionneurs aux murs parfois couverts de tire-bouchons anciens ou d’assiettes hollandaises, de pipes, voire de livres rares. Pourtant, le summum du raffinement et de la confidentialité est à chercher quelques étages plus haut, au Vue Chinese Private Dining. Le concept : six salles à manger privées au décor traditionnel, chinois ou occidental, le tout tendance japonisante, conçues par les célèbres Tokyoïtes SuperPotato, designers favoris de la marque Hyatt. Fonctionnement : on réserve au moins 24 heures à l’avance, et l’on conçoit un menu au gré de ses envies auprès d’un butler personnel.

Un style exclusif que l’on retrouve dans sa formule la plus concentrée au Park Hyatt, ouvert depuis septembre 2008, entre les 79e et 93e étages du futuriste World Financial Center de 492 mètres. Surnommé Vertical Complex City, ce building de 101 étages accueille aussi bien des bureaux qu’un très vaste centre de conférences, le Forum, des boutiques de luxe et un observatoire. Au Park Hyatt, le sentiment de totale exclusivité est une réalité. Tout y participe ; à commencer par la présence des mystérieuses têtes de céramique blanche, les petites salles de réunion privées ; de même, les tapis vert chlorophylle, façon prairie, où pour un peu, on pourrait disputer une partie de football dans des chambres d’une vastitude surréelle ; ou encore le système de vitres inclinées donnant l’impression d’être suspendu au-dessus du vide. “Notre clientèle est presque exclusivement constituée de décideurs”, explique Johnnie Huang, chargée de la communication. Aussi pourra-t-on y réaliser le fantasme que, pour l’instant, aucun autre hôtel ne propose : réserver la Chairman suite, la plus chère de Shanghaï.

Pourtant, tradition toujours, c’est autour du Bund que germent d’autres prouesses hôtelières. Du coup, ce quartier qui faisait le prestige du Shanghaï des années 30 est sur le point de retrouver toute sa gloire. L’ouverture officielle du Peninsula, le 18 mars dernier, dans un ancien immeuble Art déco du Bund, a fait l’événement. “Les propriétaires du Peninsula ont acquis leur tout premier hôtel, l’Astor, à Shanghaï dans les années 30, raconte Vivi Liu, front-desk manager. Aussi la venue d’un Peninsula n’est-elle qu’un juste retour des choses.” Autre épisode historique, la réouverture du Peace Hotel. Sorti essoufflé et un rien suranné de ses bons et loyaux services, celui qui pendant les décennies les plus strictes du communisme est demeuré le seul palace de la ville, est passé sous la férule du groupe Fairmont. Ses beautés ont seulement été révélées au mois de mai dernier. Revival Art déco et élégance select. Mais pas seulement. Une touche d’extravagance pointe son nez à l’horizon 2014 où un W, dit-on, devrait s’installer à Pudong. Pour une hôtellerie d’affaires de tous les possibles où, c’est certain, Shanghaï chic sera tout sauf corseté.