L’accident du Sukhoi n’entame pas la prédominance d’Aeroflot en Russie

L’accident de l’avion Sukhoi ne va pas remettre en cause la croissance d’Aeroflot, qui continue d’ajouter de nouvelles lignes à l’international.

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Flotte de Sukhoi 100 d'Aeroflot à l'aéroport international de Moscou Sheremetyevo. (c) Shutterstock - Skycolors

Le spectaculaire accident du Sukhoi 100 d’Aeroflot, qui s’est écrasé lors d’un atterrissage d’urgence à l’aéroport de Moscou Sheremetyevo, a fait plus de 40 morts. Les circonstances exactes à l’origine de l’accident – on parle d’un éclair ayant touché l’appareil – et des opérations de sauvetage devraient certainement entacher un peu plus la réputation de l’avion Sukhoi 100, seul appareil de fabrication russe, qui est utilisé par Aeroflot sur des liaisons intérieures et régionales.

Le groupe aérien, qui englobe Aeroflot mais aussi les filiales Rossiya, Podoba et Aurora, compte 50 de ces appareils en activité et prévoit d’intégrer dans sa flotte dix Sukhoi 100 cette année. Les autorités de l’aviation civile ont déjà annoncé ne pas clouer au sol la flotte des appareils en service au sein des compagnies russes. S’adressant aux journalistes durant une conférence de presse, Yevgeny Ditrikh, ministre russe des Transports, a déclaré “qu’il n’y avait aucune raison pour une telle action. ”

Si l’accident affecte sur le court terme les opérations aériennes d’Aeroflot, il ne devrait pas y avoir de répercussions sur le devenir de la compagnie. Le groupe Aeroflot est de fait le principal pourvoyeur de vols en Russie et reste un acteur incontournable, bénéficiant de ce fait du soutien plus ou moins tacite du gouvernement.

Dans un marché qui a connu une croissance de 10,7 % en 2018 avec 137 millions de passagers, le groupe Aeroflot en a acheminé près de 56 millions, soit une hausse de 11,1% par rapport à 2017 et une part de marché de 40,6 %. Si l’on ne prend en compte que le trafic international, le groupe Aeroflot avait en 2018 une part de marché de 36,3 %, soit un trafic de 24,7 millions de passagers pour une croissance de 9,7 %.

Le programme de développement du groupe Aeroflot reste donc solide. Début mars, la compagnie avait annoncé l’ouverture de nouvelles lignes et l’ajout de nouveaux avions dans sa flotte. Déjà durant la saison hiver 2018/2019, Aeroflot avait inauguré de nouvelles lignes depuis son hub de Moscou vers Boukhara (Ouzbékistan), Osh (Kirghizstan), Dublin, Göteborg, Ljubljana, Colombo et Bali.

Cet été, le groupe se lance sur Marseille, avec cinq vols hebdomadaires, et Palma. Le transporteur Aeroflot augmente aussi ses fréquences au départ de nombreuses villes européennes telles que Londres, Madrid, Tbilissi ou encore Nice, desservie par 16 vols hebdomadaires au lieu de 9 en 2018. Sur l’Asie et le Moyen-Orient, le groupe renforce également ses liaisons vers Beyrouth (4 vols hebdomadaires au lieu de 3), Téhéran (un vol quotidien au lieu de cinq vols/semaine) et Oulan Bator (un vol quotidien au lieu de trois vols/semaine).

Dans sa stratégie de hisser Moscou Sheremetyevo au rang de hub majeur entre l’Europe et l’Asie, la compagnie membre de SkyTeam augmente également ses fréquences vers Seoul (14 vols hebdomadaires au lieu de 7) et trois vols quotidiens sur Pékin (au lieu de deux précédemment). Au total, Aeroflot propose cet été 159 destinations, dont 101 destinations à l’international. Aeroflot se charge également de la commercialisation de sa filiale Rossiya Airlines. Cette dernière propose notamment des lignes de Saint-Pétersbourg vers Paris et Nice.

Côté flotte, la compagnie compte 366 appareils et dispose d’une flotte plutôt récente qu’elle continue de renouveler. La flotte long-courrier englobe 58 appareils, dont 22 Airbus A330 et 27 Boeing 777. Deux nouveaux B777 rejoignent la flotte cette année. De son côté, la flotte court et moyen-courrier compte 244 appareils, tous de facture occidentale. La plupart sont des Airbus A319/A320 et A321 (157 appareils) et 87 Boeing 737.

Principale angoisse de la compagnie dans un marché en pleine expansion, l’envolée des cours du pétrole, mais aussi la chute du rouble par rapport à l’euro et au dollar plombent les comptes de la compagnie. Aeroflot a enregistré un bénéfice de 78,33 millions d’euros en 2018, une chute vertigineuse de 75,2 % par rapport à 2017. L’année 2019 s’annonce d’ailleurs sous des auspices peu favorables pour les finances de la compagnie. Le groupe a enregistré au premier trimestre une perte de 238 millions d’euros, le double de ses pertes du premier trimestre 2018, et ce, malgré un trafic passagers en hausse de 14,3 %.

Un nouveau hub sur l’Asie en 2020 pour Aeroflot

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Aeroflot vient d’annoncer qu’elle allait mettre en place un second hub international en Asie, plus exactement dans la ville de Krasnoïarsk en Sibérie. Un partenariat a été signé il y a quelques jours entre Andrey Panov, PDG adjoint d’Aeroflot en charge de la stratégie et du marketing, Alexander Uss, gouverneur de la région de Krasnoïarsk, et Andrey Metzler, PDG de l’aéroport international de Krasnoïarsk. Le futur hub devrait être opérationnel en 2020 avec l’objectif d’y voir transiter un million de passagers en 2023. La plate-forme a accueilli en 2018 près de 2,6 millions de passagers, en hausse de 12,7 % par rapport à 2017. Une nouvelle aérogare a ouvert au trafic début 2018 et une ligne de train est en cours de planification.
Les lignes seront particulièrement centrées sur la Russie, les pays de la CEI et l’Asie, notamment la Chine. Mais il est probable qu’une ou deux lignes seront créées avec les partenaires de l’alliance Skyteam. Avec le probable lancement d’une ligne aérienne Paris-Krasnoïarsk.