Tourisme d’affaires : l’indispensable formation

“Toute entreprise, quelle que soit sa taille, doit participer au financement de la formation professionnelle des salariés : dans le cadre de l’alternance, du plan de formation, des contrats et périodes de professionnalisation, du droit individuel à la formation (DIF) et du congé individuel de formation (CIF)”, dixit le ministère du Travail. Ainsi, toutes les entreprises ont l’obligation de verser une contribution à l’Opca (organisme paritaire collecteur agréé) dont elles dépendent. Participation obligatoire qui varie notamment en fonction de l’effectif : moins de dix salariés, de dix à moins de vingt salariés ou vingt salariés et plus. Dans tous les cas, les employeurs doivent rendre compte à l’administration de leur participation, selon un calendrier bien précis, par le biais d’une déclaration fiscale spéciale.

En contrepartie, les organismes paritaires collecteurs agréés développent des services de proximité au bénéficie des entreprises adhérentes ou des salariés : conseil, aide à l’élaboration des différents projets de formation… et prennent en charge le financement des actions de formation. Pour leur part, les sociétés ont une année pour utiliser les contributions qu’elles ont versées au titre de la formation.

La formation, un investissement

Or, dans la pratique, il apparaît que faute de temps et parfois de moyens, elles préfèrent souvent perdre ces sommes plutôt que de participer à un programme de formation. Notamment dans le secteur du tourisme d’affaires qui compte un grand nombre de PME. Ainsi, selon une étude parue en 2005 et réalisée par l’observatoire du tourisme d’affaires Bedouk Éditions- Coach Omnium, ces dernières années, la formation telle qu’on la voit classiquement est en perte de vitesse : de 35 % des manifestations professionnelles organisées en 1998, elle est passée à 33 % en 2005. Proportions qui peuvent encore être revues à la baisse, selon Mark Watkins, directeur de Coach Omnium. “Car pour des questions de prise en charge des manifestations, il est probable qu’apparaissent sous l’appellation formation, diverses réunions telles qu’un séminaire, un lancement de produit ou une opération incentive.”

Pourtant, paradoxalement, les professionnels du tourisme d’affaires et de l’événementiel ont besoin de se former ! “Le marché arrive à une certaine maturité. Après nous être mis d’accord sur une définition de nos métiers, il faut absolument que nous présentions la même expertise”, indique Olivier Mothes, directeur associé de l’agence Barocco Événement et responsable de la session formation continue au sein de l’Anaé (Association nationale des agences conseil en événement), “par conséquent, nous devons former nos collaborateurs afin d’avoir les mêmes cultures et compétences et cela, que nous œuvrions dans le tourisme d’affaires ou dans l’événementiel. Une fois cette étape franchie, nous parlerons enfin le même langage, d’où une garantie de qualité et une reconnaissance professionnelle. Malheureusement, dans la culture française, la formation est souvent synonyme de perte de temps. Or il devient urgent que les directeurs d’agence ne perçoivent plus les cotisations comme des taxes obligatoires, mais plutôt comme un investissement pouvant très vite se transformer en plus-value !”

Parmi les modules de formation existants, deux d’entre eux touchent particulièrement les sociétés spécialisées en tourisme d’affaires. Le DIF et le plan de formation. Ainsi, depuis le 7 mai 2005, le DIF est entré en application dans les entreprises.

Désormais, tous les salariés ayant un an d’ancienneté dans la société bénéficient d’un capital de 20 heures de formation par an, cumulable pendant six ans, soit un plafond de 120 heures. Formation à l’initiative du salarié, avec l’accord de son employeur. Cette formation se déroule en dehors du temps de travail, sauf accord de branche ou d’entreprise contraire. Concernant la rémunération, si la formation a lieu pendant le temps de travail, elle est maintenue ; en dehors du temps de travail, une allocation égale à 50 % du salaire net du salarié est versée par l’employeur. Quant aux frais de formation, ils sont à la charge de la société et imputables sur la participation à la formation professionnelle continue.

Parallèlement, tous les patrons sont tenus de présenter un plan de formation. Celui-ci regroupe l’ensemble des actions de formation, de bilans de compétences et de validation des acquis de l’expérience retenues par l’employeur à destination de ses salariés. D’après Alain Meignant, consultant et auteur de l’ouvrage “Manager la formation”, paru aux éditions Liaisons, “un plan de formation devrait exprimer les choix qu’une entreprise fait, à un moment donné, sur les ressources qu’elle décide d’affecter au développement des compétences de ses salariés… Ces choix sont ou devraient être liés à des priorités, elles-mêmes définies en fonction de l’importance des enjeux économiques, techniques ou sociaux”. Car, comme le confirme Arnaud Brizé, formateur et juriste, “le plan de formation est l’outil de base de l’employeur !”

En résumé, comme dans un plan marketing, l’entreprise doit, en matière de formation, mener une véritable stratégie en tenant compte d’objectifs bien déterminés. C’est le cas chez CarlsonWagonlit France, où chaque année, Ana Paula Machado, responsable de la formation, définit un plan à plusieurs niveaux. “La formation représente 2,6 % de notre masse salariale, ce qui est énorme ! En parallèle du plan de formation, nous avons un ensemble de dispositifs d’accompagnement des collaborateurs ; par exemple, une validation des acquis de l’expérience. Aussi bien internes qu’externes, nos formations sont dans tous les cas évaluées après chaque session.”

Expertise et compétence

D’autre part, en perpétuelle évolution, les métiers du tourisme d’affaires ont besoin de plus en plus de formations pointues, comme le confirme Jean-Luc Jankowski, responsable conférences et formations à Varenne Entreprise-Voyages d’Affaires. “Notre principale cible sont les chargés de voyages et les responsables achats. Depuis quatre à cinq ans, les demandes sont plus exigeantes : Comment mesurer les retombées d’un événement ? L’importance de l’événementiel dans l’entreprise… Comment mieux gérer son budget voyages ?” Pour mener ces opérations à bien, il fait appel à des formateurs choisis en fonction de leur expertise et de leurs compétences pédagogiques. Parmi eux, Mathieu Gufflet, du cabinet de conseil en achat EPSA, spécialisé dans le voyage et le tourisme d’affaires. “C’est notre expertise du marché qui a engendré des demandes de formateurs : les entreprises nous demandent de transmettre notre savoir-faire. Pour nous, ces journées sont l’occasion d’échanger des expériences et d’avoir un œil sur le marché.”

Partager les expériences

Pour beaucoup de formateurs, il s’agit aussi d’une opportunité de faire indirectement une prospection qualifiée : les participants sont en effet des clients potentiels. Même motivation du côté des intervenants. Souvent non rémunérés, ils interviennent à la demande du formateur pour apporter une expertise sur un sujet pointu, ou témoigner d’une expérience. Leur présence, très appréciée par les participants, permet aussi à ces professionnels de valoriser leur société et de compléter leur carnet d’adresses.

Une grande attention est accordée au choix du lieu du stage. Ainsi, en dehors de critères d’accessibilité routière, aérienne et ferroviaire, le site est aussi sélectionné pour son aspect gratifiant et sympathique : hôtel quatre étoiles, salle d’un musée ou d’un théâtre… “Il est impératif que nos formations se déroulent dans un environnement agréable. En effet, si les stagiaires sont contents d’être là, ils mémorisent automatiquement mieux et plus positivement le cours. C’est humain”, ajoute Olivier Mothes.

Mesurer les retombées

Une fois la formation terminée, les entreprises peuvent mesurer ses retombées : progression des performances collectives ou individuelles – par exemple, augmentation des ventes ou baisse du taux de rebut –, projets ou investissements facilités, étape nouvelle comme une reconversion réussie…

Mais au-delà de ces critères tangibles, les sessions de formation permettent aux participants de se retrouver entre collègues, d’échanger des expériences et de renforcer un sentiment d’appartenance à une corporation. “Ce sont des outils de reconnaissance professionnelle et de motivation irremplaçables”, confirme Mark Watkins. Et cela n’a pas de prix.