La traduction automatique s’affranchit des barrières de la langue

La traduction automatique s’affranchit des barrières de la langue

En quelques années, la qualité de la traduction automatique s’est considérablement élevée. À côté des services en ligne gratuits tels Google Traduction ou Deepl, des éditeurs proposent aux professionnels des solutions personnalisées.

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Les solutions actuelles de traduction automatique rivalisent aujourd’hui avec les traductions professionnelles (DR metamorworks/shutterstock.com)

Les résultats des outils de traduction automatique pouvaient un temps prêter souvent à sourire. Pour tous ceux qui leur auraient tourné le dos depuis un certain nombre d’années, il est temps de tenter à nouveau l’expérience pour réviser leur jugement. Car les solutions actuelles rivalisent aujourd’hui avec les traductions professionnelles.

Au tournant des années 2000, les éditeurs spécialisés avaient employé une armée de linguistes pour tenter de modéliser les subtilités sémantiques et syntaxiques. Il s’agissait alors de décortiquer la phrase source, puis en tenant compte du contexte et de certains mots, de générer la phrase cible selon des règles propres à chaque langue.

L’approche statistique initiée par Google, et permise par l’essor de l’intelligence artificielle (IA), a bousculé les codes. Pas de règle grammaticale, ni de glossaire, il s’agit cette fois de s’appuyer sur un très grand nombre de traductions validées pour établir des occurrences. L’approche peut s’apparenter à celle de Deep Blue, le super ordinateur d’IBM qui a gagné contre le champion du monde d’échecs Garry Kasparov en 1997 en se référant aux parties des grands maîtres mémorisées. Autre avantage de l’IA : les moteurs de traduction sont autoapprenants. Dans le cas de Google Traduction, le service s’enrichit du feedback de ses utilisateurs qui peuvent lui suggérer une meilleure traduction. Par cette communauté de contributeurs, Google améliore gratuitement son outil de traduction automatique.

Le géant du numérique a fait savoir qu’il allait prochainement s’attaquer à la traduction à la volée d’une source audio, faisant ainsi office d’interprète lors de conférences. L’application Google Traduction sous Android utilisera pour cela le micro du smartphone. Selon Google, elle sera ensuite en mesure d’ajuster le texte traduit en modifiant certains mots en fonction du contexte ou en ajoutant la ponctuation.

Concurrent direct de Google, DeepL a annoncé début février le déploiement d’un nouveau système de traduction tirant parti des dernières avancées en matière de réseaux neuronaux. Il permettrait, selon l’éditeur allemand, de traduire sans faille des textes volumineux et compliqués. Pour convaincre les indécis, il a mis en ligne l’évaluation comparative des résultats de DeepL face à Google Traduction, Bing Traducteur de Microsoft. On peut ajouter Translate une application autonome d’Apple introduite cet été avec la version iOS 14.

Deepl a amélioré son système de traduction et se positionne comme le concurrent direct de Google Traducteur parmi les solutions grand public.
Deepl a amélioré son système de traduction et se positionne comme le concurrent direct de Google Traducteur parmi les solutions grand public.

Peut-on laisser Google traduire des documents professionnels ?

Directrice commerciale et marketing de Systran, éditeur historique de la traduction automatique né il y a plus de 50 ans, Gaelle Bou met en garde contre le recours à ces traducteurs en ligne gratuits dont le modèle économique repose sur l’exploitation des données personnelles. “Que des voyageurs d’affaires utilisent Google Traducteur pour traduire des documents confidentiels pose question”, souligne-t-elle. Promulgué aux États-Unis en 2018, le Cloud Act contraint les fournisseurs américains à divulguer des informations personnelles sur leurs utilisateurs dans le cadre d’enquêtes judiciaires, même si les données ne sont pas stockées sur le territoire américain. À l’inverse, Systran se conforme au RGPD et se défend de toute exploitation des données, y compris pour son traducteur en ligne gratuit, Systran Translate.

Face à Google, émergent des solutions de traduction dédiées aux professionnels.
Face à Google, émergent des solutions de traduction dédiées aux professionnels.

Systran rappelle aussi que “la majorité des services de traduction en ligne utilisent des données qui ne sont pas les leurs, collectées sur le web en alignant les données des sites multilingues. Cela explique pourquoi les résultats de traduction sur ces plates-formes peuvent s’avérer incorrects, voire dans le pire des cas, très controversés…” Comme Reverso ou Prompt, l’éditeur français se positionne, lui, sur le marché de la traduction automatique dédiée aux professionnels. En mode SaaS ou “on-premise” – c’est-à-dire accessible à distance ou installées en interne –, ses solutions peuvent être intégrées à un workflow ou traduire des PDF à la volée. Il s’agit surtout de répondre aux besoins métiers par l’ajout de dictionnaires et de glossaires spécialisés. “Le modèle d’IA est alimenté par les mots utilisés par l’entreprise et non par le tout-venant, explique Gaelle Bou. Pour une société donnée, on va aller chercher les traductions déjà validées en interne par un professionnel.

Pour démultiplier les efforts, Systran a lancé fin 2019 une place de marché depuis laquelle des agences de traduction, des traducteurs indépendants, des linguistes et des universités entraînent des moteurs de traduction spécialisés dans les domaines du juridique, de la santé, de l’informatique ou du tourisme. À condition d’avoir une connexion internet, les voyageurs d’affaires ont accès sur leurs terminaux mobiles à ces moteurs de traduction personnalisés.

Interprète dans la poche

Plutôt que de passer par un smartphone, les voyageurs d’affaires peuvent aussi utiliser un appareil spécifiquement dédié comme Pocketalk. Ce boîtier, qui ressemble à un lecteur MP3 vintage, peut traduire 74 langues dans les deux sens. Très simple d’emploi, il suffit de maintenir appuyé l’unique bouton central et d’énoncer dans le micro la phrase à traduire. Celle-ci s’affiche, puis est traduite dans la langue cible avant d’être prononcée par la voix de synthèse. Pocketalk dispose aussi d’un capteur photo pour traduire du texte, par exemple la carte d’un restaurant. La puissance de calcul étant déportée dans le cloud, le boîtier a besoin d’être connecté au wifi ou à un réseau 3G/4G. Dans ce dernier cas, il intègre une carte SIM internationale embarquée (eSIM) assurant gratuitement deux ans de data en illimité.

Pour Tomoaki Kojima, directeur général de Sourcenext, distributeur japonais de Pocketalk, ce produit répond aux besoins des voyageurs d’affaires en garantissant la confidentialité des échanges. Il offre aussi davantage de sécurité qu’un smartphone utilisant une application dédiée à la traduction automatique. “L’eSIM de Pocketalk est uniquement destinée à la traduction et ne peut pas être utilisée pour la navigation web. Ce qui limite l’exposition aux risques”, décrit-il. Par ailleurs, “un voyageur d’affaires se rend parfois dans différents pays lors d’un seul voyage, poursuit Tomoaki Kojima. Il n’aura pas besoin de modifier les paramètres. La carte SIM intégrée se connecte automatiquement à la ligne locale.” Dans les tests que nous avons effectués, les performances de Pocketalk dépendent cependant de la qualité de ce réseau mobile.

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