Ville durable : « green » apple

Activement lancé dans un vaste plan de restructuration verte, New York entend devenir la ville la plus écologiquement correcte aumonde d’ici 2030.

Le New-Yorkais, cet homo ecologicus dont l’empreinte carbone est l’une des plus basses au monde par tête urbaine – à peine un tiers de la moyenne américaine – , a toujours été très fier des presque 350 hectares de son Central Park…Il se targue également de posséder deux fois moins de voitures que ses compatriotes. Une anomalie en Amérique du Nord. Pourtant, si l’on respire plutôt bien dans les rues de sa ville, pour le New-Yorkais, tout n’est pas encore parfaitement vert. Ainsi connaît-il encore les joies d’un métro paralysé lorsque les orages font déborder des canalisations canoniques et se souvient du fameux blackout d’août 2003, qui avait plongé les cinq quartiers de la mégalopole dans le noir total, en raison d’un pic de consommation électrique lié à la climatisation.

Pour ces raisons, en 2007, le maire Michael Bloomberg et les élus ont rassemblé 25 organismes de la ville afin de réfléchir à la vision d’un New York plus global et plus écologique à l’horizon2030. “Le but de notre agenda PlaNYC n’est pas d’obtenir un titre de gloire, mais de partager les bonnes pratiques avec d’autres grandes villes, d’identifier les obstacles et les solutions, d’encourager à plus d’actions à un niveau national et international”, explique David Bragdon, directeur du cabinet municipal pour le développement durable et la planification à long terme.

30% de réduction d’ici 2030

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Si la plupart des objectifs prévus par ce plan ne sera visible que dans plusieurs années, 97 % des 127 initiatives proposées ont déjà été lancées. L’une des plus radicales, une loi très stricte en matière d’habitat “vert”, devrait permettre d’obtenir une efficacité énergétique maximale dans les immeubles anciens, responsables de plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. “1,5 milliard de dollars ont déjà été investis pour améliorer ces infrastructures, mais aussi pour renouveler les canalisations, poursuit David Bragdon. Et le projet “Greater, Greener Buildings” devrait entraîner une baisse des dépenses énergétiques de 750millions de dollars et générer 17 000 emplois. ”Ces investissements portent d’ores et déjà leurs fruits. Ainsi la ville a-t-elle restreint ses émissions de 12 %par rapport à 2005, un pas important vers le but final de 30% de réduction d’ici 2030.

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En attendant, un demi-million d’arbres ont été plantés et 80hectares de parc ont été ajoutés, permettant à 250 000 New Yorkais supplémentaires d’avoir accès à la verdure près de leur domicile. Parmi ces nouveaux espaces verts, la High Line jouit sans aucun doute du succès le plus médiatisé. Construite en 1934 pour fournir en viande les grossistes du Meat packing District, cette voie aérienne de chemin de fer a été abandonnée dans les années 80, lorsque les dernières boucheries ont, alors, fait place aux boîtes de nuit underground et aux boutiques de mode. En 1999, l’association Friends of the High Line, un groupe opposé à la démolition de cet héritage historique, demande le soutien de la mairie de New York et obtient gain de cause. “La High Line est un souvenir de notre passé industriel, mais c’est aussi le symbole d’une collaboration avec la ville et d’un ‘recyclage vert’ réussis”, explique Kate Lindquist, la directrice marketing de l’association.

En 2002, les travaux de réhabilitation commencent, pour un coût final de près de 150 millions de dollars. Le premier tronçon de ces deux kilomètres de parc –deGansevoortStreetàWest20thStreet– tandis que le deuxième – de West 20th Street àWest30th Street–a été inauguré le8juin 2011. “Dès l’été 2010, nous avons reçu des appels des mairies de Detroit, de Chicago ou de Philadelphie, intéressées par la reconversion de leurs anciennes lignes de chemin de fer”, conclut Kate Lindquist.

En plus de développer ses espaces verts, New York investit dans des moyens de transport plus efficaces et plus écologiques. Ainsi, l’extension de la ligne 7 du métro, à l’ouest de Manhattan,devrait être terminée en2013. “Et la phase 1duSecond Avenue Subway devrait s’achever en 2016 et accueillir 213 000passagersdès le premier jour”, reprend David Bragdon. Parallèlement, près de 200 km de pistes cyclables ont été installés, tandis qu’un système similaire à celui du Vélib’ parisien, le New York City Bike Share, devrait voir le jour cet été, proposant 10 000vélos et près de 600  stations à Manhattan et Brooklyn, avant de probables extensions dans le Queens et le Bronx ainsi qu’à Staten Island.

 

Start-up écolos

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“Le PlaNYCfait aussi partie d’une stratégie économique visant à rendre New York plus compétitif et à attirer de nouveaux domaines d’activités, des talents et de nouvelles entreprises”, conclut David Bragdon. Parmi elles, A.D. Energy est l’exemple type de ces récentes startup écologiques qui déferlent sur la Grosse Pomme.En2009,ungroupe de trois amis se lance dans la location de panneaux solaires. Objectif : permettre à des foyers qui n’auraient pas pu investir les 50 000 dollars que coûte ce matériel de s’équiper à moindres frais. “Nous fournissons principalement des résidences du New Jersey, car cetÉtat, situé juste de l’autre côté de la rivière, encourage et subventionne énormément ce genre d’installations”, explique T.R. Ludwig, cofondateur. Dans cette nouvelle Silicon Valley de la côte Est, A.D. Energy se voit déjà comme “vieille” entreprise. “Des agences de domotique durable ou spécialisées dans les logiciels écologiques, qui évaluent l’empreinte carbone d’un individu ou d’un foyer, naissent ici tous les jours”, s’enthousiasme T.R. Ludwig. On est bien loin de l’imaginaire d’une ville en éternelle surchauffe, étouffant le bruit de ses sirènes sous des orages de fumées…