
Revolut est aujourd’hui une marque reconnue par le grand public. Mais quelle place occupe son activité Revolut Business ?
Clémence Fredenucci – C’est aujourd’hui une vraie priorité. Pour revenir en arrière, Revolut a été créée en 2015 et Revolut Business en 2017. Ces trois dernières années, nous avons beaucoup accéléré sur le développement de cette partie entreprise, devenue un de nos moteurs très importants. Aujourd’hui, nous sommes présents partout en Europe et au Royaume-Uni, mais aussi aux États-Unis et dans la région APAC, à Singapour, en Australie et depuis peu en Nouvelle-Zélande. Et désormais, dès que Revolut se lance dans un nouveau pays, nous lançons Revolut Business simultanément, non dans un deuxième temps comme auparavant. Nous voulons tout mettre au même niveau.
Revolut dispose désormais d’une licence bancaire française, et plus seulement lituanienne. Par ailleurs, l’ancien patron de Société Générale, Frédéric Oudéa, est devenu président du conseil d’administration de Revolut pour l’Europe de l’Ouest. La France est-elle de ce fait un marché majeur pour Revolut ?
C. F. – Il l’est depuis longtemps, étant notre deuxième marché en Europe après le Royaume-Uni. Même si nous nous développons beaucoup en Allemagne et aux Pays-Bas, et que tous les marchés européens sont importants, la France l’est particulièrement. Nous y connaissons une croissance des plus rapides, ayant récemment annoncé y avoir huit millions de clients, et ce facteur clé en fait un pays central. Nous avons déjà beaucoup investi en France et nous continuerons à le faire.
Quels types d’entreprises sont clientes de Revolut Business, notamment en France ?
C. F. – Notre stratégie étant globale, nous ne communiquons pas de chiffres pays par pays. Mais, pour faire un rapide état des lieux, nous comptons plus de 800 000 clients dans le monde, dont une bonne part en Europe et au Royaume-Uni. Dans ce cadre, nous nous adressons à des entreprises de toutes tailles, allant des professionnels freelance – avec notre produit Revolut Pro – jusqu’aux grandes entreprises en passant par les microentreprises, les PME et les ETI avec Revolut Business. Notre produit et notre offre sont suffisamment larges pour répondre à tous leurs besoins à leurs niveaux.
Dans toute cette palette de sociétés, avez-vous néanmoins des priorités ?
C. F. – Notre cœur de cible, ce sont vraiment les microentreprises, les TPE et les PME. C’est là que se concentre notre volume principal. Nous nous tournons moins vers les freelances, un segment sur lequel Qonto et Shine sont bien positionnés. Et cela, même si nous voulons aussi investir sur la création d’entreprise puisqu’une solution pour le dépôt de capital arrivera dans les prochains mois, nous visons plutôt des entreprises existantes déjà établies.

Justement, comment Revolut se positionne-t-il face à d’autres néobanques ?
C. F. – Comme une solution tout-en-un qui intègre toute la chaîne de valeur du cycle financier, voire du cycle de vie de l’entreprise. Je nous compare moins à Swile, qui est principalement positionné sur les titres-restaurant, qu’à Qonto et Shine, voire Pennylane, même si l’offre d’outils bancaires professionnels de cette dernière reste limitée. La chaîne de valeur de Revolut est complète, avec une force qui s’appuie aussi sur notre base retail. Alors que nous avons 80 millions de consommateurs au total, dont huit millions en France, une entreprise peut vouloir être présente dans l’application Revolut et diffuser ses produits sur notre store, ou leur proposer de régler leurs achats via la solution Revolut Pay.
Vous comptez d’ailleurs des acteurs du voyage parmi les clients de cette solution…
C. F. – En effet, nous avons signé récemment des accords avec les compagnies aériennes Wizz Air et Corsair pour l’intégration de la solution Revolut Pay, qui leur permet de collecter les paiements de leurs clients. Dans ce cadre, un particulier client de Revolut peut payer en un clic, directement avec son compte Revolut. Ainsi, pour une entreprise qui dispose d’un compte Revolut Business lié à Revolut Pay dans son tunnel de paiement, elle peut offrir à ses collaborateurs une meilleure expérience et leur faire accéder à des récompenses. Et cela, en plus de frais moins élevés, puisqu’on contourne certains intermédiaires des réseaux de cartes en passant d’un compte Revolut à un autre compte Revolut.
Comptez-vous nouer d’autres partenariats de ce type ? Pour un voyageur français, on pense par exemple à Air France, Virgin ou easyJet, mais aussi à Accor, IAG ou à la SNCF.
C. F. – Bien sûr. Ce sont de très gros comptes, et la mise en place de solutions, et les discussions qui la précèdent, peuvent prendre beaucoup plus de temps avec ce type d’acteurs. Mais nous travaillons déjà avec Booking et Lastminute par exemple, et nous sommes en discussion avec Trip.com.
Revolut Business vient récemment d’annoncer un partenariat avec Eurostar pour lier vos deux programmes de fidélité. En quoi votre programme est-il attractif ?
C. F. – Si American Express a son programme de miles, nous, nous avons les RevPoints. Concrètement, quand je paie, j’accumule des points que je peux ensuite convertir en miles ou en points auprès de différents acteurs du voyage comme d’autres marques reconnues. La liste n’est pas figée et évolue au fil des années. Mais à la différence d’Amex où les miles peuvent être acquis et dépensés auprès d’une compagnie partenaire, Revolut permet de convertir ses points auprès d’autres acteurs du voyage.

Revenons à vos différentes solutions de paiement. Que proposez-vous aux entreprises ?
C. F. – Nous disposons d’une gamme de produits très variée, adaptée au type d’acteur, à sa taille et au volume de ses paiements. Entre autres des cartes physiques classiques débitées sur le compte de l’entreprise, mais aussi des cartes virtuelles que l’on peut ajouter directement dans l’application. Le tout avec un contrôle sur les dépenses comme des plafonds de paiement, des limitations selon les catégories d’achat ou dans le temps, le week-end par exemple.
L’offre de Revolut Business repose aussi sur son produit multi-devises, sa capacité à gérer des transactions dans plus de 35 devises depuis sa plateforme. Est-ce un argument principal ?
C. F. – C’est vraiment notre point fort. Les fluctuations des taux de change sont importantes, les frais de change appliqués par les banques aussi. Et nous sommes très forts sur le change. La facilité de payer dans différentes devises est notre élément différenciant, notamment vis-à-vis des entreprises de l’univers du voyage, celui des agences de voyages et des tour-opérateurs. Alors que les marges de ce secteur sont assez fines, chaque centime grappillé compte, même sur une seule devise.
Vous citez en exemple les agences de voyages et les tour-opérateurs. L’offre de Revolut Business est-elle particulièrement adaptée à ce type d’entreprises ?
C. F. – Oui, car en plus de l’aspect multi-devises, nous avons d’autres propositions de valeur à leur destination. Par exemple, nous pouvons distribuer à très grande échelle des cartes virtuelles via des API intégrées aux processus des agences de voyages. On peut ainsi créer des cartes pour chaque typologie d’achat : l’aérien, l’hôtel, la voiture… Tout est automatisé et permet de rapprocher précisément chaque paiement. Ces cartes sont en outre à usage unique, ce qui réduit aussi fortement la fraude. Mais Revolut Business ajoute à cela quelque chose que tout le monde ne propose pas et qui peut intéresser les agences : la partie « acquiring ».
Dans les faits, jusqu’où va cette partie « acquiring » ?
C. F. – Une agence de voyages doit potentiellement effectuer des paiements dans plusieurs devises, mais aussi encaisser des règlements dans plusieurs devises. Revolut Business leur offre la capacité à recevoir de l’argent par virement, en ligne ou en physique, avec des terminaux, des paiements par QR code, par lien de paiement ou via des passerelles qui connectent directement le site web au compte bancaire. Au final, nous pouvons effectuer des paiements – par carte, virements SEPA et Swift ou transferts – et recevoir de l’argent de différentes manières, le tout étant automatisé.
Revolut Business permet-il aussi aux entreprises du voyage d’optimiser leur trésorerie ?
C. F. – Quand il y a beaucoup de volume, on peut aller plus loin. La question se pose alors de savoir comment la finance s’intègre aux processus de l’entreprise. Quand le paiement passe par Revolut et arrive sur un compte Revolut Business, l’avantage est qu’il n’y a pas d’intermédiaire, les fonds arrivant en moins de 24 heures. Or, dans le secteur du voyage, on paie les fournisseurs sans forcément être payé tout de suite. Et si l’on doit attendre pour recevoir les fonds, le besoin en fonds de roulement devient très important. Donc plus vite on dispose des fonds, plus vite on peut les placer. Dans ce cadre, selon les pays, nous proposons des comptes de savings ou des money market funds où l’on peut placer de l’argent et le retirer facilement. Ce qui permet de faire travailler sa trésorerie sur de courtes périodes et d’optimiser son cash-flow.





















