Un drôle de couple. C’est ainsi que l’Europe, mi-fascinée, mi-angoissée par cet étrange phénomène, regarde évoluer depuis quelques mois le duo gémellaire des Kaczynski, dans une répartition des rôles où s’égare tout lecteur un tant soit peu inattentif entre Lech “le dur”, le président, et Jaroslaw “le doux”, le Premier ministre. Un tandem inédit, donc, qui contribue, à coups de chasse aux sorcières rouges et de déclarations anti-avortement ou anti-gays, à alimenter, encore et toujours, la vision folklorique d’une Pologne frustre, bigote, profondément passéiste. Poussez la conversation un peu plus loin et vous verrez débarquer une paysanne en charrette, fichu sur la tête, portant la croix en levant les yeux au ciel pour célébrer la Vierge Noire…
Indicateurs économiques au beau
Pour quiconque a posé le pied à Varsovie au cours des dix dernières années, cependant, ce cliché n’est plus qu’un pur fantasme. Certes, la capitale polonaise, désastre de la Seconde Guerre mondiale oblige, n’a pas le glamour de ses consœurs européennes. Mais elle n’est pas moins trépidante, au centre d’un pays qui se révèle finalement le plus prometteur parmi les nouveaux entrants de l’Union européenne. C’est ce que relèvent les unes après les autres, les études globales de grands cabinets de conseil comme AT Keaney ou Ernst and Young qui, d’indice de “confiance” en mesure “d’attractivité”, placent désormais régulièrement la Pologne dans le tiercé de tête européen, assez loin en tout cas devant les autres nouveaux pays de l’UE.
Derrière le rideau d’opérette mélo se cache donc le décor plus reluisant d’une économie qui renoue avec la forte croissance : 5,8 % en 2006 et des prévisions plus optimistes encore pour 2007. Mieux : c’est l’ensemble des indicateurs économiques polonais qui sont désormais passés au vert avec, pour l’année 2006, un investissement en hausse de 17 %, une inflation contenue qui contraste avec celle dont pâtit la Hongrie ou les pays baltes, une demande interne qui a retrouvé sa vigueur, mais aussi une chute vertigineuse du chômage, passé sous les 15 % alors qu’il était proche des 20 % avant l’adhésion à l’Union européenne. À Varsovie même, le changement est plus radical encore puisque l’on frise désormais les limites du simple chômage frictionnel, avec un taux contenu en dessous de 5 %.
Autre bonne nouvelle pour l’économie polonaise : le retour des investissements directs étrangers (IDE), qui semblaient marquer le pas depuis deux ans. Avec 11,9 milliards d’euros, le flux d’IDE a inscrit un nouveau record en 2006. Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il intervient après les plans de privatisations massives qui avaient “naturellement” attiré la première vague d’investissements étrangers.
Les secteurs vers lesquels s’orientent les investissements étrangers en Pologne démontrent un changement de braquet, une montée en gamme d’un pays dont les zones de spécialisation sont aujourd’hui bien identifiées et surtout de plus en plus orientées vers la compétence technologique. Bien entendu, l’automobile reste un secteur clé pour les investissements étrangers en Pologne, et les nouveaux engagements annoncés parToyota Motor, AAM,MAN ou Bridgestone comptent pour beaucoup dans l’investissement global record enregistré en 2006. Mais on observe également une percée spectaculaire de l’électronique, particulièrement dans le domaine de la fabrication de téléviseurs. “D’ici à 2010, près de 50 % des écrans plats commercialisés en Europe seront fabriqués dans la seule région de Wroclaw”, relève la mission économique de Varsovie ! Dans cette course vers l’est, les grands acteurs du secteur emboîtent leurs pas depuis deux ans. Ainsi c’est Sharp qui, en mars 2006, annonce la construction d’une usine de téléviseurs LCD dans la zone économique spéciale de Pomorze. Puis c’est Toshiba et Funai qui font de même à Kobierzyce et Nowa Sol. Enfin, c’est Dell qui, six mois plus tard, annonce l’ouverture d’une usine de fabrication de serveurs de pointe à Lodz.
Autre grand secteur en vue pour les investisseurs étrangers en Pologne : celui de l’externalisation. IBM, Microsoft, Accenture, Glaxo Smith Kline, Intel, Motorola, Siemens, Samsung… on ne compte plus les multinationales qui se ruent sur la Pologne pour y implanter un centre d’outsourcing ; qu’il concerne la finance et la comptabilité ou la recherche-développement. Si ses secteurs d’intervention ne collent pas toujours à ce nouveau modèle, la France n’est pourtant pas en reste. Avec 16 milliards d’euros de stock d’IDE, la France reste même le premier investisseur étranger en Pologne, avec une présence symbolisée par le succès de quelques grandes entreprises comme Bouygues – qui vient de racheter, en juin 2007, la société de BTP Karmar – et surtout l’hégémonie de la grande distribution française. Si le groupe Casino s’est retiré du jeu, Leclerc, Décathlon et surtout Carrefour continuent de planter leurs enseignes dans le périurbain polonais.
Incitations à l’investissement étranger
Le succès ne doit évidemment rien au hasard. Dans le cocktail de l’attractivité polonaise, les bons vieux ingrédients – bas salaires et coûts fixes faibles – continuent de tenir une bonne place. Mais le gouvernement polonais est parvenu à ajouter un peu de piment dans la recette en créant les quatorze zones économiques spéciales et autres technoparcs où les investisseurs étrangers bénéficient de conditions privilégiées : exemptions fiscales, prix compétitif sur les terrains, assistance pour les formalités administratives, prime à la création d’emplois…
Pour les investisseurs étrangers, il existe désormais une autre belle promesse, et qui vient de l’Europe. Avec plus de 67 milliards d’euros répartis sur la période 2007-2013, la Pologne sera en effet le premier bénéficiaire des aides communautaires au cours des six prochaines années, ce qui lui offre à l’évidence des facilités de financements pour inciter les investisseurs étrangers à participer à ses grands projets infrastructurels.




















