
L’histoire hôtelière de Miami remonte à aussi loin que la ville elle-même… L’arrivée du chemin de fer en 1896, année où Miami devient municipalité, lance en effet la première vague de touristes attirés par l’attrait des bains de mer. C’est donc logiquement qu’ouvre le premier hôtel de la ville en 1897, le Royal Palm Hotel. Cependant, il faudra attendre 1926 pour que s’impose le plus fastueux, le plus fou d’entre tous, le Biltmore, imaginé par le riche industriel John McEntee Bowman et par l’agent immobilier George Edgar Merrick en plein Coral Gables, quartier dont ce dernier fut également le fondateur.
Avec sa tour iconique, l’établissement était non seulement voué à devenir un hôtel tout en splendeur et magnificence, mais aussi un haut lieu de la mode, du glamour et du sport. Pari réussi puisqu’aujourd’hui ce membre des Leading Hotels of the World se targue encore de posséder la plus grande piscine hôtelière du monde – Johnny Weissmuller, alias Tarzan, en fut le premier maître-nageur – où l’on organisait jadis de grands concours de plongeon. Et son golf, rénové en 2007, attire toujours les passionnés de la planète.

Décors mauresque ou art déco
Véritable palazzo de style mauresque et italianisant, ce 275-chambres a vu passer de bien fameux invités, d’Al Capone au roi d’Espagne, de Franklin D. Roosevelt à Jimmy Carter en passant par Bill Clinton ou la duchesse de Windsor. Il fait encore chavirer les anonymes comme les stars, et même les voyageurs d’affaires en quête de beauté et de sérénité.
Pour autant, le glamour actuel de Miami s’est déplacé vers un tout autre quartier, autrefois brillant, puis tombé dans l’oubli, et enfin revenu sur le devant de la scène : celui de Collins Avenue, au cœur de South Beach. Cette longue artère traversant Miami du nord au sud a connu ses heures de gloire autour des années trente, d’où son surnom de “Art Deco District”, mais la décadence des années seventies l’a plongé dans l’oubli.
Miracle des modes, depuis une décennie il est redevenu le terrain de jeu favori des hôteliers qui rénovent à tour de bras d’anciens hôtels somptueux ou en bâtissent de nouveaux… Le Setai par exemple et ses 130 chambres logées dans une tour flambant neuve qui s’élève derrière la façade de l’ex hôtel Dempsey-Vanderbilt, bâti en 1938 entre piscine et plage, a cette élégance inspirée du style Art Déco. Même chose pour le Como Metropolitan, à la photogénique façade de 1939, époque où il s’appelait le Traymore. Petit par la taille avec ses neuf étages pour 74 chambres – c’est à dire presque rien en comparaison des tours élancées qui se construisent les unes après les autres –, il n’en est pas moins grand par le raffinement et l’atmosphère intimiste qu’il dégage.
On pourrait citer aussi le Miami Beach Edition, un resort urbain entouré d’une luxuriante végétation tropicale et fait de “bungalows” en bois clair d’une pureté sans pareille. Ou encore le Betsy, dernière œuvre de l’architecte Allan Shulman, à l’atmosphère aussi marine et chaleureuse à l’intérieur que futuriste à l’extérieur. Pourquoi ne pas citer également le 1 Hotel South Beach, décontracté, avec son mur végétal, son terrarium et son rooftop au 18e étage, offrant une vue sans entrave sur l’océan ? Sans parler du Nobu Hotel
installé au sein d’un hôtel historique de la ville, l’Eden Roc.

La liste pourrait ainsi se poursuivre presque à l’infini, mais il suffira de dire que tous ces hôtels ont moins d’une décennie, parfois même un ou deux ans à peine, pour que le message soit transmis : l’hôtellerie de la ville fait preuve d’un dynamisme étourdissant. Et les chiffres le démontrent. Le nombre de chambres est passé, avec l’ouverture de 60 hôtels en cinq ans, de 47 642 en 2011 à 54 744 en 2016.
Régénération vintage
Ce véritable boom s’explique en partie par la réhabilitation de quartiers autrefois délaissés, le Design District par exemple ou encore, et depuis peu, MiMo, acronyme de Miami Modern, quartier au style caractéristique des fifties et de l’American Dream. Ainsi revivent les uns après les autres d’anciens motels désormais tendance – et souvent très abordables – comme le New Yorker Boutique Hotel ou l’Hotel MiMo. Mais, entre tous, le joyau est sans conteste le Vagabond Hotel, fermé des décennies durant et rouvert à grand bruit voici trois ans. D’époque, sa piscine affiche tout au fond de l’eau une mosaïque alanguie aux formes de sirène. On se prélasse pour l’admirer sur des transats à l’esprit vintage, cocktail ou laptop en main, en fredonnant un standard de Sinatra ou de Sammy Davis Jr. qui, dit-on, fréquentèrent assidûment les lieux. “Miami revival”… Quand tu nous tiens !


© Ludovic Maisant




















