
Annoncée en mars dernier, la volonté d’American Express GBT (Amex GBT) d’acquérir son concurrent CWT pour 570 millions de dollars n’est pas un long fleuve tranquille. La fusion des agences de voyages d’affaires numéro 1 et 3 mondiales ne pouvait, il est vrai, qu’éveiller les craintes des gendarmes de la concurrence, notamment de la Competition and Market Authority (CMA) britannique. Après avoir commencé à se pencher sur cette fusion début juin, l’autorité de la concurrence britannique avait émis de sérieux doutes sur les conséquences de cette future association au milieu de l’été.
Augmentation des prix, réduction des efforts d’innovation, détérioration de la qualité du service : la réduction à un très petit nombre de prestataires capables de répondre aux besoins des multinationales ne saurait être sans conséquences sur le marché selon la CMA. Dans ce cadre, les deux parties ont été invitées à donner des gages pour démontrer l’existence d’une concurrence loyale. « Il appartient maintenant à GBT et à CWT de proposer des solutions pour répondre à nos préoccupations, faute de quoi l’affaire fera l’objet d’une enquête de phase 2 plus approfondie« , avait prévenu Mike Walker, conseiller économique principal à la CMA.
Enquête il y a. Et, dans leur réponse commune à la CMA datant du 23 août mais rendue publique le 4 octobre, Amex GBT et CWT réfutent certaines conclusions de la phase 1 de l’enquête. En particulier un point crucial : celle concernant la réduction substantielle de la concurrence. « L’entité fusionnée restera confrontée à une forte compétition, celle d’au moins quatre concurrents mondiaux (BCD, FCM, CTM et Navan) et de nombreux autres tels Spotnana/Direct Travel, Blockskye/Kayak for Business/Gant Travel, ayant la crédibilité (…) pour remporter des contrats« , souligne la démonstration en 55 pages proposée par Amex GBT et CWT. Soit une concurrence croissante avec des acteurs qui participent à la « nature extrêmement dynamique du marché« , notamment au regard de la demande accrue de solutions technologiques de la part des entreprises clientes.
A travers la mise en avant des contrats et des appels d’offres remportés par les uns et les autres, les deux parties se sont ainsi attelées à démontrer qu’elles n’avaient pas qu’un seul et principal concurrent, BCD. D’où des barrières d’entrée sur le marché moins élevées qu’estimées par la CMA, de nouveaux entrants portés sur la tech ayant pu en peu de temps se lier à de grands comptes mondiaux tels Heineken pour Navan ou Walmart, Meta et Amazon chez Spotnana. En parallèle, elles ont plaidé le fait que des TMC de taille moyenne avaient pu se développer globalement telles les américaines Direct Travel ou Fox World Travel, en partenariat avec BCD.
Autres griefs relevés par Amex GBT et CWT contre la décision de la CMA, le fait qu’elle considère comme deux marchés distincts les multinationales et les ETI/PME ayant des besoins globaux et complexes ou encore la non prise en compte d’un marché des voyages d’affaires très fragmenté et très concurrentiel. Des tailles différentes certes, mais des mêmes besoins : c’est ce que pointent American Express et CWT dans leur réponse à la CMA : « Les entreprises de toutes tailles ont un continuum d’exigences que toutes les TMC sont en mesure de satisfaire« .
Ces arguments sauront-ils entièrement convaincre l’autorité de la concurrence britannique ? La phase 2 de l’enquête est quoiqu’il en soit lancée avec la publication d’un rapport intérimaire attendu fin octobre-début novembre, puis le verdict final, qui sera rendu le 26 janvier 2025. « Nous pensons qu’une analyse complète de la phase 2 démontrera que la transaction proposée entraînerait de nombreux avantages pour les clients et les fournisseurs, et que le secteur des voyages d’affaires resterait très compétitif« , avait déclaré fin juillet Eric J. Bock, directeur juridique d’Amex GBT et responsable mondial des fusions et acquisitions. Alors qu’aux Etats-Unis, la division Antitrust du département à la justice étudie aussi cette fusion, Amex GBT espère toujours conclure cette acquisition majeure au cours du premier trimestre de l’année prochaine.


















