
Comment est né puis a évolué Amplitudes ?
José Martinez – J’ai créé Amplitudes en 1991, quasiment sans moyens, dans la banlieue de Toulouse et je me suis rapidement orienté vers la création de voyages sur-mesure, en m’appuyant sur ma propre expérience. Etant donné la clientèle assez haut de gamme intéressée par cette offre, une synergie est née entre nos clients touristes et nos clients affaires. J’ai été amené à scinder les deux activités. Ce qui nous a différencié, c’est que l’on applique aux voyages d’affaires les mêmes process qu’au voyage sur-mesure. On s’adapte aux besoins de nos clients, et pas l’inverse. Entre temps, nous avons traversé les crises que tout le monde connaît : crises sanitaires et politiques, 11 septembre, subprimes, chikungunya… Mais c’est une donnée de base de notre métier : nous sommes aussi des gestionnaires de situation de crise. Et justement, grâce à notre flexibilité, nous sommes très bons dans ce domaine, nous sommes capables de mettre en place rapidement des cellules de crise en cas de problème, comme ce fut le cas pendant l’épisode du volcan islandais. Nous avons cet ADN d’être très centrés sur le client, avec beaucoup de personnalisation. Notre challenge, c’est de continuer à se développer sans perdre notre ADN.
Puis vient le tournant eYoma… Pourquoi avoir lancé votre propre SBT ?
José Martinez – Quand les SBT sont arrivés, nous avons travaillé avec les éditeurs du marché, et nous nous sommes heurtés à des contraintes de gros systèmes trop rigides, des délais, des impossibilités de répondre aux besoins de nos clients. J’ai donc pris cette décision majeure en 2019 : lancer le développement de notre propre SBT. C’était une décision très importante pour nous, car il s’agissait quand même de mettre sur la table plusieurs millions d’euros. Dans la foulée, avec la crise sanitaire, on s’est tous retrouvés à l’arrêt. Et finalement pour nous c’est devenu une opportunité. Pour une petite entreprise de 160 personnes, il n’est pas évident de débloquer du temps et des ressources. Sans cet épisode sanitaire, il nous aurait fallu beaucoup plus de temps pour concevoir notre SBT. Nous avons réussi à avancer très vite, les équipes se sont mobilisées comme jamais. L’autre élément important dans cette nouvelle orientation, c’est Traveldoo, qui était notre outil principal, et qui nous a annoncé son décommissionnement. Cela m’a conforté dans mon choix , car être dépendant d’un outil externe qui du jour au lendemain décide que c’est fini, ce n’est pas simple. Nous avions plus de 150 000 réservations par an sur Traveldoo. C’est donc aussi devenu une opportunité pour nous. Cet alignement des planètes nous a donné une deadline. Nous avons décidé que l’outil devait être en production pour juin 2023, avec la fin de Traveldoo et la possibilité de proposer aux clients de basculer sur ce nouvel outil : eYoma. Et en l’occurrence 100% de nos clients Traveldoo ont choisi eYoma. Nous avons fait la bascule à un rythme effréné. Nous pensions commencer par les petits clients mais nous avons du aussi basculer des grands comptes sur notre nouveau système. Avec un niveau de stress très élevé, vous pouvez me croire ! Ma conviction est qu’une agence de voyages qui veut se développer doit maîtriser sa technologie pour éviter le cas Traveldoo. Nous avons encore certains de nos clients qui fonctionnent avec KDS, qui appartient à l’un de nos principaux concurrents. Si demain Amercian Express GBT décidait que c’est fini pour les tiers, ce serait problématique pour certains…
Vous avez donc pour objectif d’être mono-SBT…
José Martinez – Absolument. Nous restons à l’écoute de nos clients, dont certains utilisent d’autres outils au niveau mondial, ou parce qu’il s’agit du secteur public : on ne va pas les contraindre à en changer. Mais l’essentiel de notre conquête se fait avec notre propre outil, eYoma.
Comment se caractérise eYoma ?
José Martinez – La solution eYoma est cloud native, à la différence de la majorité des autres outils. Cela signifie par exemple que l’on peut installer la base de profils sur les serveurs de nos clients. Aucun outil ne permet de faire ça. Il est aussi facile, dès lors, de le connecter à n’importe quel autre outil, n’importe quelle API. eYoma utilise les dernières technologies en termes de développement, de stockage. Cela signifie plus de sécurité, de rapidité, de connectivité, de flexibilité… La feuille de route initiale de eYoma a été de réunir tous nos account managers pour lister tout ce que nos clients nous demandaient et que nous ne pouvions par leur fournir parce que les outils existants ne le permettaient pas. Nous avons ainsi cassé de nombreux irritants pour les chargés de voyages ou les voyageurs. Le diable se cache dans les détails, dans l’ergonomie, la facilité du paramétrage… Nous avons énormément travaillé pour que notre outil se rapproche des outils grand public. Evidemment, un SBT intègre une politique voyages, des systèmes d’approbation, des workflows… Un outil professionnel est donc nécessairement plus complexe. Mais la preuve de notre réussite, c’est notamment que chez tous nos clients, le taux d’adoption du online a grimpé a minima de 4%, et chez certains encore beaucoup plus. Et le plus étonnant, c’est que cela s’est fait en une quinzaine de jours à peine.
Qui sont vos clients, et comment évolue leur profil notamment grâce à eYoma ?
José Martinez – En 2024, sur la clientèle affaires, on est autour de 165 millions d’euros. On compte à peu près 55% de clients publics. La typologie des clients est assez variée, il y en a de toutes tailles, avec une prédilection pour des clients compris entre 1 et 3 millions d’euros. L’outil eYoma est encore récent, mais il jouit déjà d’une très bonne image, tout comme l’application mobile qui marche très bien. La grande différence avec eYoma, c’est qu’auparavant nous allions en appel d’offre et l’on se trouvait réunis entre plusieurs acteurs proposant le même outil. Dès lors, le choix se fait essentiellement sur le prix, et ça tire tout le monde vers le bas. Notre stratégie consiste donc à dire : notre outil n’est pas le même, donc potentiellement la tarification peut ne pas être la même. Il y a aussi eu la volonté de connecter l’outil aux principaux fournisseurs sans intermédiaire, comme Air France, pour pouvoir fournir l’intégralité du contenu NDC sans aucune surcharge. Notre outil est NDC native. Nous avons été les premiers à proposer OuiGo Plus à nos clients par exemple. Nous sommes connectés à Travel Fusion, ce qui nous permet d’avoir quasiment tout le contenu low-cost mondial, et nous travaillons sur une connexion sur le rail international… Nous continuer à travailler pour multiplier les connexions qui ont du sens. Nous sommes vraiment dans l’idée de maîtriser notre technologie pour garantir notre indépendance. C’est ça l’idée d’eYoma, car maîtriser le produit signifie aussi la capacité de l’adapter aux besoins de nos clients. Ce qui sera beaucoup plus compliqué pour un SBT mondial, qui craindra qu’un ajustement pour tel clients ait un impact sur d’autres. Nous avons par exemple un client qui a d’énormes besoins en matière de sécurité. Il nous a donc demandé d’installer l’application mobile sur son propre store privé. Quel outil tiers l’accepterait ? Nous avons su nous adapter.

Maintenant que vous vous êtes lancés dans le développement – et avez probablement recruté en conséquence – prévoyez vous d’autres outils maison ?
José Martinez – Les pistes sont nombreuses. Nous sommes déjà en test sur un bot connecté à une intelligence artificielle. Nous travaillons aussi pour analyser la data voyages de nos clients pour faire des propositions pertinentes à 100%, par exemple en proposant systématiquement des catégories d’hôtels ou de billets qui correspondent à ses habitudes de déplacement. Nous avons aussi une grosse réflexion sur la partie notes de frais. Ce sera clairement le chantier de 2025 pour nous.
Peut-on imaginer à terme voir une entreprise demander à une autre agence de conserver eYoma en la rejoignant ?
José Martinez – Ce n’est pas la stratégie du moment. C’est un vrai avantage concurrentiel, donc je ne souhaite pas me cannibaliser.
Il s’agira aussi de ne pas se faire cannibaliser et racheter par d’autres agences, comme on a pu le voir ces derniers temps sur le marché…
José Martinez – On ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, mais je défends farouchement notre indépendance. C’est ma vision d’une vraie PME française du voyage : posséder ses propres outils, adaptés au marché, adaptable à l’international. C’est une voie difficile, il fallait avoir le courage de s’y engager. On s’aperçoit que nous avons un taux de satisfaction très élevés, y compris chez des grands comptes à plusieurs dizaines de millions d’euros qui étaient servis auparavant par une méga TMC. Ca montre que l’on a une place, et que les grandes entreprises et les grandes administrations ont aussi envie de nous faire confiance. Nous avons aussi un capital sympathie important, plusieurs acheteurs nous confient qu’ils apprécient travailler avec une entreprise à taille humaine, dont les dirigeants sont accessibles, et avec lesquels on peut co-construire.
- Pour tout renseignement complémentaire, contacter :
José Martinez : jose.martinez@amplitudes.com


















