Geoffrey Carrage, Finnair: « nous avons développé un concept de résilience depuis plusieurs années ».

Geoffrey Carrage, Regional Manager Southern Europe, Finnair explique comment les crises traversées par la compagnie depuis 2020 ont finalement bâti sa résilience dans une série de conjonctures difficiles.
Geoffrey Carrage, Directeur régional Europe du Sud, Finnair

Finnair semble mieux résister que d’autres compagnies aux crises actuelles. Comment expliquez-vous cette résilience ?

Geoffrey Carrage- Nous sommes habitués aux crises chez Finnair. Depuis plusieurs années, et même depuis une décennie, nous avons développé un concept de résilience, peut-être davantage que d’autres compagnies sur le marché, en adaptant immédiatement notre stratégie à l’environnement économique ou géo-politique. Nous avons effectivement réalisé un très bon premier semestre, avec 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 14%. Cette performance s’explique par plusieurs facteurs, notamment une croissance sur l’ensemble de nos réseaux. L’Asie a particulièrement contribué à cette croissance, tout comme l’Europe.

La forte perturbation du trafic dans le Golfe a-t-elle finalement favorisé Finnair, notamment sur l’Asie ?

Geoffrey Carrage- Je ne sais pas si l’on peut parler de gagnants et de perdants. L’histoire nous apprend que rien n’est jamais linéaire. Il y a effectivement eu un report vers certains transporteurs européens. Finnair bénéficie notamment d’une réputation de compagnie sûre exploitant des lignes aériennes sécurisées.

Nous utilisons notamment les routes polaires sur certaines destinations comme les États-Unis et le Japon. Finnair avait déjà été la première compagnie européenne à relier le Japon et l’Europe sans escale dans les années 1980 en utilisant ces routes. L’histoire se répète donc aujourd’hui.

De fait, nous nous adaptons au nouvel environnement géopolitique, en particulier depuis la fermeture de l’espace aérien russe. Finnair a depuis 2022 du repenser son réseau de manière très importante et rééquilibrer ses opérations, avec l’ouverture de nouvelles destinations.

Quel est aujourd’hui le poids de l’Asie, votre atout historique, dans votre activité ?

Geoffrey Carrage- L’Asie se porte très bien. Nous avons constaté de nouveaux flux de voyageurs et nous continuons à enregistrer une forte croissance sur ces marchés. Sur le mois d’août, nous avons transporté environ 146 000 passagers sur l’Asie, sur un total de 1,126 million de passagers. Ce qui représente environ 13% de part de marché. L’Europe reste toutefois notre marché le plus important.

L’Europe du Sud joue-t-elle un rôle croissant dans votre stratégie ?

Geoffrey Carrage- L’Europe du Sud est effectivement l’un de nos axes de développement importants. Nous avons ouvert plusieurs destinations, notamment Valence en Espagne, Catane, Florence et Turin en Italie, ainsi que Thessalonique en Grèce.

Nous évaluons les marchés dans leur ensemble, aussi bien en termes de trafic vers la Finlande qu’en termes de flux vers les autres destinations de notre réseau. Notre approche est assez agile et s’appuie sur une stratégie définie jusqu’en 2029. Elle repose sur une croissance disciplinée et raisonnable, avec un objectif d’environ 4% de croissance annuelle du nombre de passagers.

Cela comprend le développement de notre réseau régional. Elle se traduit par une commande d’Embraer en mars dernier qui permettra d’alimenter de nouveaux points d’entrée en Europe et de renforcer le hub de Helsinki. Nous avons également annoncé une commande de 12 Airbus A320, qui permettront notamment de remplacer progressivement certains A319 et A320 plus anciens.

Comment évolue le trafic entre l’Europe et les États-Unis ?

Geoffrey Carrage- Nous avons constaté une baisse au cours des premiers mois de 2026, mais nous observons depuis une reprise. Le marché du voyage d’affaires se porte notamment bien sur les axes transatlantiques. La baisse concerne davantage le loisir que le voyage d’affaires. Notre trafic est relativement équilibré entre inbound et outbound.

Notre joint business avec British Airways et American Airlines est également un élément important. Il nous permet de multiplier notre réseau aux États-Unis et de partager les coûts et les recettes dans le cadre de cette alliance.

La situation géopolitique dans le nord de l’Europe affecte-t-elle la demande vers la Finlande et les pays baltes ?

Geoffrey Carrage- Nous constatons aujourd’hui un trafic européen très dynamique. La destination Finlande est en progression, aussi bien sur le segment affaires que loisirs.

Il existe une véritable résilience du marché. Les PME et les institutionnels continuent notamment à beaucoup voyager. Le marché s’est aussi adapté à cette nouvelle réalité, que nous avons intégrée dans notre réseau dès 2022.

Les risques liés aux drones et aux cyber-attaques sont-ils désormais intégrés dans votre gestion des opérations ?

Geoffrey Carrage- C’est un risque qui est désormais pris en compte. Finnair et Finavia, l’opérateur aéroportuaire, travaillent ensemble pour limiter les perturbations éventuelles.

Finnair place la sécurité au premier plan et adapte son réseau et ses opérations de manière très agile afin de pouvoir prendre rapidement les décisions nécessaires en cas de situation susceptible de perturber les opérations.

Quelles sont les principales nouveautés de votre programme hiver ?

Geoffrey Carrage- La nouveauté la plus emblématique sera l’ouverture de Melbourne à partir de fin octobre, via Bangkok. Il s’agira d’un vol quotidien, exploité sur une base annuelle.  C’est un véritable défi logistique puisque trois appareils seront mobilisés pour assurer la rotation. Un Airbus A350 doit également rejoindre notre flotte courant novembre et contribuera à soutenir cette nouvelle route.

Nous allons aussi ouvrir Krabi, en Thaïlande, avec deux vols hebdomadaires. Phuket passera jusqu’à cinq fréquences hebdomadaires et Bangkok jusqu’à trois vols quotidiens. Sur l’Amérique du Nord, nous continuerons également à développer Toronto, que nous avons lancé cette année, avec une saisonnalité élargie l’année prochaine.

Quelles nouveautés sur le marché français ?

Geoffrey Carrage- Nous avons augmenté notre offre au départ de la France d’environ 5% cette année. Entre Paris et Helsinki, nous conservons quatre vols quotidiens, répartis sur l’ensemble de la journée. Cette amplitude répond notamment aux besoins du voyage d’affaires, avec la possibilité de partir tôt et de revenir tard.

Nous sommes également présents à Nice quotidiennement pendant la saison estivale et entre deux et trois fois par semaine en hiver. Nous évaluons toujours les possibilités sur d’autres villes françaises, mais je n’ai pas d’annonce à faire aujourd’hui.

Finnair avait réduit son offre de services après la crise financière. Êtes-vous aujourd’hui revenu vers un produit plus traditionnel de compagnie legacy ?

Geoffrey Carrage- Nous sommes revenus vers une offre de services qui correspond davantage à ce que l’on peut attendre d’une compagnie legacy.

Notre taux de satisfaction, mesuré par le Net Promoter Score, est actuellement de 42, ce qui se compare très bien à celui de nos concurrents. Nos équipages de cabine sont également évalués très positivement dans les enquêtes réalisées auprès de nos passagers.

Notre stratégie actuelle repose avant tout sur nos familles tarifaires. Nous voulons proposer différents niveaux de prix afin que chaque catégorie de voyageurs puisse trouver une offre correspondant à ses besoins.

Les familles tarifaires intègrent différentes prestations, comme le bagage en cabine, le bagage en soute ou d’autres services. L’objectif est que le client sache dès le départ quelles prestations sont incluses dans son tarif.

Finnair renforce-t-elle également son identité finlandaise dans l’expérience à bord ?

Geoffrey Carrage- La compagnie se repositionne davantage autour de son identité finlandaise. Nous avions auparavant une approche davantage centrée sur l’identité nordique. Nous allons désormais mettre davantage en avant la « finlandité » de Finnair.

Cela se traduit progressivement dans plusieurs éléments du service. Nous avons notamment travaillé sur la musique, avec une œuvre créée avec l’Orchestre symphonique de Helsinki.

Nous intégrons également davantage de cuisine locale. Le jus de myrtilles est par exemple une signature de Finnair depuis de nombreuses années.

Finnair développe-t-elle également son offre destinée aux entreprises ?

Geoffrey Carrage- Nous avons un produit appelé Finnair for Business, destiné aux entreprises quel que soit leur profil. Il offre notamment des réductions sur les familles tarifaires Flex et PrioFlex. Les entreprises bénéficient également d’une priorisation des passagers en cas de perturbation, ainsi que du Fast Track à l’aéroport, de la priorité à l’enregistrement et à l’embarquement.

Le programme permet également aux entreprises de contribuer à notre programme SAF. Plusieurs grandes entreprises participent déjà au programme et nous sommes très satisfaits des résultats en matière d’adoption en France.

Le produit est disponible via différents canaux de distribution, notamment la plateforme Finnair destinée aux entreprises, les agences de voyages ainsi que les systèmes EDIFACT et NDC.

La saison été 2027 se traduira par une augmentation de la capacité sur le Japon

Forte d’une nouvelle dynamique en Asie, Finnair lancera un troisième vol quotidien sur Tokyo pour la haute saison d’été. Le transporteur proposer ainsi du 12 mai au 14 août une rotation quotidienne supplémentaire vers l’aéroport de Tokyo Narita, en parallèle aux deux vols quotidiens assurés toute l’année sur l’autre aéroport japonais de Tokyo-Haneda. Le vol AY71 quittera Helsinki à 12h20 pour une arrivée à Tokyo-Narita à 7h15 le lendemain ; le retour AY72 décollera de Narita à 8h55 et se posera à Helsinki à 15h35. Avec la possibilité de correspondances facilitées sur toute l’Europe. 

Le programme Finnair sur le Japon comprendra ainsi jusqu’à 32 vols hebdomadaires au coeur de l’été avec des vols quotidiens sur Tokyo Haneda et Narita, Osaka-Kansai ainsi que Nagoya.